10.05.2008
Morts-nés

Puis il avait retenu un cri alors qu'un rameau de piqûres d'épingle s'était vicieusement concentré autour de son anus déclenchant un anneau de douleur-plaisir dur et concret comme une bague d'acier cerclant le tube chaud d'une grosse bite de footballeur.
Il ne s'agit pas, avec cet extrait, de montrer une photo d'un singe lorsqu'il grimace. Tout au long du roman, une redondance de métaphores, comparaisons et autres figures de style tapent souvent à côté, ce qui a tendance à alourdir considérablement le texte. On retrouve, et c’est typique chez Dantec dans ses trois premiers romans, quelques fulgurances stylistiques d’une incroyable beauté, il faut le dire pour être tout à fait sincère. Mais ces perles rares ne suffisent pas. BB est, à mes yeux, très moyens.
Je suis sévère ? Non, qui aime bien châtie bien. A trop vouloir étreindre, Dantec embrasse mal. Il gagnerait à dépouiller son écriture, ce qui lui permettrait de mieux insérer ses spéculations philosophiques dans la trame romanesque. Y est-il arrivé avec Villa Vortex ? Je verrais bien.
17:46 Publié dans lecture au jour le jour | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : babylone babies, litterature, science-fiction, dantec
22.04.2008
Le McDo de Fès
Il y a bien longtemps que je n’étais pas parti en voyage avec la famille.
Une quinzaine d’années ?
Un peu plus peut-être, mais sûrement pas moins.
Je suis bien allé en Algérie avec ma mère et Samir, mon frère. Souvent même. Mais on ne peut pas appeler ça un voyage, tout au plus des vacances.
J’ai donc emmener mes parents et mon frangin visiter la ville magique de Fès.
Une semaine.
C’était largement suffisant.
C’est qu’entre la Reine-Mère et moi, il suffit d’une étincelle, comme dirait l’autre, pour mettre le feu. Résultat, au bout de deux jours, nous étions plus ou moins séparés, nous réunissant seulement pour partager le repas du soir. D’un côté, les parents écumant avec abnégation les boutiques à la recherche de sublimes gandouras pour pas cher. De l’autre, Samir et moi flânant dans la medina, visitant tranquillement les lieux historiques et marchandant âprement entre deux cafés sirotés à l'ombre de caravansérails.
A Séfrou où j’ai désormais l’habitude de prendre mes quartiers, nous avons fait connaissance avec S., jeune guide, homme à tout faire, sorte de go between bavard très serviable et généreux. Il n’avait de cesse, comme tous les jeunes, de me parler de filles et d’affaires.
Tu connais pas les signes d’ici, me disaient-ils, qui montrent qu’une demoiselle s’intéresse à toi.
Il entama dès lors un long monologue fort intéressant sur la sociologie du dragueur marocain.
Il faisait beau, grand ciel bleu, et soleil immense.
A la lumière de ses explications, je remarquais, en traversant les différents jardins du village, un tas de jeunes hommes attentistes et désoeuvrés assis sur les bancs et les filles habillées à l’occidentale, cheveux aux vents, maquillages peu discrets sur le visage.
Observant cela, S. murmura qu’une gazelle nous suivait. Samir, pas malin, se retourna immédiatement, ce qui déclencha notre à rire à tous, même à celui de la demoiselle. S. en profita pour entamer la discussion.
Tu as un sourire d’ange. Ton sourire a la forme de mon cœur qui bat dans ma poitrine. Et tes yeux, mon Dieu, tes yeux sont si bleus. Heureux l’homme qui y verra sans cesse son reflet, il baignera alors dans le bonheur.
Je n’en croyais pas mes oreilles. Non seulement, c’était d’un kitsch grotesque, mais en plus, ça marchait. La fille était tout sourire.
Nous nous arrêtâmes et, après avoir échangé poignée de main et prénoms, S. emballa l’affaire en cinq minutes chronos : numéro de téléphone portable et rendez-vous le lendemain soir pour boire un café. J’en restais les bras ballants. Samir, lui, annonçait qu’il commençait à adorer le Maroc.
S. nous expliqua que ça se passait souvent comme ça. Je n’en croyais pas mes oreilles.
Et bien, tu as trouvé ta future femme, lui dis-je.
Il me regarda l'air étonné.
Je ne vais pas me marier avec une fille qui se laisse draguer dans la rue, quand même. C’est pas sérieux.
Je ne comprenais plus rien à rien. Enfin, quand je dis ça, je mens. Les garçons réagissent exactement de la même façon en Algérie.
Quand je me déciderai, je demanderai à ma mère de trouver ma future épouse. Elle sait exactement ce qu’il me faut. Il faut pas rigoler avec ça, le mariage, c’est pas un jeu, et ça peut pas seulement tenir avec la passion des premiers jours. Ca dure toute la vie. Je veux pas d’une fille MacDo.
Une fille quoi ? lui demandais-je.
Une fille MacDo, me dit-il. Vas à celui de Fès, tu verras ce que c’est.
Le soir, dans la nuit fraîche du Moyen-Atlas, fumant une cigarette sur la terrasse du Dar Attamani, je savais bien sûr que je n’irais pas au MacDo de Fès. Je préfère largement manger quelques brochettes au cumin accompagnées d'un verre de thé à la menthe dans un des bouis-bouis de la medina.
C’est ainsi que le lendemain, mon frère et moi allions baruler à Fès, comme aimait à dire mon père (Sa grande blague était de dire sans cesse Rabat et Fès ! Il a le comique lourd et je dois tenir ça de lui, mais quand je repense à cette phrase, j’ai toujours un petit sourire).
Après une journée passée à boire des cafés et du thé, déguster des keftas dans du bon pain (le meilleur du Maghreb, c’est un algérien qui l’affirme !), s’asperger d’eau de rose, éviter les ânes et les mulets, discuter les prix, et méditer une paire d’heure dans la grande mosquée Karaouine, il était temps de rentrer.
Sur la route qui mène à la place aux taxis, le fameux snack mondialement connu affichait son arrogance occidentale. Voyant quelques jeunes garçons s'y rendre, je proposais à Samir un Coca qu’il accepta volontiers tant la chaleur était forte.
Ouvrant la porte, j’eu le sentiment de passer d’un pays à un autre sans avoir besoin de passeport. La salle était climatisée. Un luxe auquel je n'étais plus habitué.
Les tarifs affichés étaient les mêmes que ceux appliqués en France, soit 7 euros en moyenne pour un menu indigeste. A ce prix là, au Maroc, quatre personnes peuvent se rassasier de produits frais, ragoûts et viandes grillés au bon vieux chaouar. J'en déduisais qu'il fallait être aisé socialement pour venir s'empiffrer au fast-food.
Deux gars devant nous étaient habillées à la mode, cheveux plaqués par une tartine de gel, lunettes de soleil à la Chips , vestes noires en sky, tee-shirts bariolés bien moulants, jeans délavés industriellement et bottines noires brillantes. Sont-ils de la haute où jouent-ils à l'être ? Les gars friment : ils prennent un menu !
C'est à notre tour.
Une demoiselle en costume d'entreprise nous accueille par un bonjour en français. Je lui réponds et lui commande deux sodas en arabe. Elle continue à me parler en français. Décidément, j'ai beau me délester de tout l'attirail du touriste, je n'abuserai personne malgré ma peau marron et ma langue arabe.
Alors qu'elle nous servait tranquillement, je l'observais en train d'évoluer. Ce poste qu'elle occupait, son uniforme et son français lui conférait une dignité enviable par les autres. Quelque chose comme une bonne place.
Je pris le plateau et, en me dégageant de la file, je compris qu'il était de mise de s'exprimer en langue française, même avec les marocains.
Professionnalisme snob ? En tout cas, j'eu le sentiment bizarre que nous avions la chance d'être dans un milieu de grand standing.
Nous sortîmes nous installer sur la terrasse, à l'ombre d'un parasol.
Il était 17 heures.
A chaque table, des bruns et des brunettes, tous vêtus à l'occidentale. Des fils et des filles à papa ? J'en ai l'impression.
Alors que nous nous asseyons, des yeux se tournent vers nous. Des sourires et des regards discrets de charmeuses nous rappellent encore une fois qu'être français, ça se voit terriblement. Juste pour cela, on plaît.
Deux demoiselles assises à la table d'à côté nous dévisagent sans pudeur, cigarettes à la main. C'est tellement imprévu de voir des filles fumer dans un pays arabe. Surtout de manière si ostentatoire.
De-ci de-là, quelques européens croquent à pleine dents dans des McArabias si exotiques pour eux, appareil photo cadenassé autour du cou, lbob collé à la tête. Beaucoup d'espagnols, plutôt jeunes.
Je commence à regretter l'ambiance des casse-croûtes de la médina.
Un salarié passe son temps à ramasser les papiers parterre.
Nous avons vue sur une jolie colline où passe un vieux train.
Silence inquiétant quand on connaît le bruit de la ville.
Samir ne sait plus où donner de la tête. J'adore le Maroc, j'adore ! me disait-il.
Je ne voulais pas briser son innocence et lui dire qu'elles voyaient à la place de sa tête une belle carte d'identité française. Je le laissais se remplir de fierté. Le voilà qu'il commençait à me donner des coups de pieds.
Parle leur, mais parle leur. Elles attendent que ça.
C'est ton problème, mon frère. C'est toi le beau gosse qu'elles reluquent, pas moi.
T'as raison. Mais je sais pas quoi dire. Et si je leur sortais cette histoire de sourire et de beaux yeux...
Ecoute Samir, on va partir demain, et la seule chose que tu vas faire, c'est briser un cœur. Attends de revenir à Fès et d'avoir une semaine devant toi.
Il acquiesça, sûr de sa force et de son charme. Ca faisait plaisir à voir.
Nous partîmes rejoindre nos parents à Séfrou.
Sur le chemin du retour, je trouvais totalement séduisant ses filles portant une djellaba et un foulard, ses filles détournant le regard avec force, ses filles mystérieuses et qui n'offraient rien, surtout pas au premier français venu.
Aïn
20:36 Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : fès, mcdonald, voyage, andalousie
18.04.2008
96 °
01:23 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : 96 ° degrees in the shade, third world, reggae, musique, esclavage, noirs
14.04.2008
Le codex du Sinaï

Le codex d’Alep, 929 ap. J. - C., Israel Museum
Le codex du Sinaï, première partie de la tétralogie Le quatuor de Jerusalem, gagnerait à être plus connue. Enfin, c'est surtout les lecteurs qui y gagneraient.
L'auteur, Edward Whittemore, fut un agent de la CIA avant d’avoir commencé à écrire. Ou bien en même temps. A vrai-dire on sait peu de choses de l’homme. Mais en tant qu'ex-Marines, c’est peu dire s’il connaissait la géopolitique, notamment les conflits qui agitent le Moyen-Orient.
Hélas, il quitta ce monde beaucoup trop tôt, en 1993, et ses quelques ouvrages, à savoir sa tétralogie parut récemment chez R. Laffont, et Quin’s Shangaï circus, jamais traduit en français, n’ont pas rencontré un grand succès. C’est que Le quatuor… est difficilement classable, et s’il s’adressait à un public jeunesse, nous pourrions le définir come un conte.
Dans son introduction, Gérard Klein le situe dans une suite de textes tout aussi inclassable : l’Histoire véridique de Lucien de Samosate, les Cinq livres de Rabelais, La tempête de Shakespeare, Alice au pays des merveilles de Carroll, Fictions de Borges, V de Pynchon… Sur ce point là, je suis totalement d’accord. Je rajouterai même dans cette liste le Don Quichotte de Cervantès, Les aventures du Baron de Munchausen par Raspe, Le vicomte pourfendu de Calvino ou encore le Tartarin de Tarascon de Daudet. Là où, me semble-t'il, Klein se trompe, c’est en voulant classer la tétralogie dans le genre de l’uchronie. Encore faudrait-il que je lise les quatre tomes pour assurer cela. Mais qu’importe les catégories. Il s’agit de ma part d’une déformation professionnelle. Ce qui compte, c’est Le codex du Sinaï, livre bien trop difficile à raconter, tant les personnages nombreux, plus ubuesques et incroyables les uns que les autres, se rencontrent, se perdent et se croisent à nouveau. Cependant, il ne me faut point vous effrayer, les qualités d’écriture de Whittemore, aussi flagrantes que celles des auteurs cités précédemment, transforment cette histoire complexe et echevelée en ballade dans le temps et les lieux. On suit tour à tour un lord anglais du 19ème siècle mesurant deux mètres trente, un albanais rendu fou par sa découverte de la Bible originale, un jeune irlandais luttant pour sa patrie et devenanttrafiqaunt d'armes à Jérusalem, un mystérieux arabe âgé de trois mille ans…
A la fin du livre se trouve une chronologie de l’histoire, avec dates de naissance et grandes lignes, rappelant au lecteur passage drôle ou émouvant. C’est que derrière le burlesque se cache une tristesse profonde. Sans doute, l’auteur était-il tombé amoureux de cette partie trouble du monde, jusqu’à faire de Jerusalem le personnage principal de son œuvre. Le moment le plus touchant est celui où nous est narré le génocide des arméniens et où Whittemore nous convainc de l’hypocrisie des grandes nations de ce monde. L'ex-agent de la CIA a du avoir les mêmes idéaux que Stern, un des protagonistes du roman, à savoir le désir d’une nation unifiant les habitants immémoriaux de Jérusalem, malgré leurs différentes religions. Peine perdue, dans sa mystification littéraire, il tente justement de démystifier la Bible, le livre fondateur des trois religions, en nous expliquant que ce fameux Codex fut écrit par un aveugle et un idiot, désacralisant ainsi les raisons de tensions absurdes.
Il paraîtrait que le jeune irlandais, avant de partir en Amérique pour devenir un medecine-man chez les indiens, a perdu Jerusalem au poker. C'est ce que le second tome est censé nous raconter. J'ai hâte de lire ça. Quant à vous, ne vous fiez pas à l'horrible couverture du roman signé Paternoster. Cet illustrateur sévit dans la collection Ailleurs & Demain, et participe aux faibles ventes des livres qu'il gratifie de ses gribouillages.
Aïn
16:59 Publié dans lecture au jour le jour | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : le codex du sinaï, le quatuor de jerusalem, edward whittemore, science-fiction, litterature
08.04.2008
El ghorba wel hem, l'exil et la tristesse

Mera nebki ala bladi
Mera nebki ala el ghorba
Je me suis dit qu'il y avait peut-être un ordre logique à cette petite série d'histoires qui raconte une partie bénie de mon enfance. Tout cela doit encore se décanter, mais pour comprendre le récit qui va bientôt suivre, peut-être vous faut-il lire avant, si ce n'est déjà fait, Tous les jours l'Aïd et Les filles d'Ephraïm.
Ces textes gravitent comme des électrons autour de celui-ci, s'inscrivant pleinement dans cette thématique de la Nostalgia Andalousia qui m’est chère et qui, d’après les quelques commentaires et les messages électroniques des timides, est partagée par certains. Il n’est pas seulement question de l’enfance perdue, universelle. Il s’agit aussi de ce souffle qui court dans l'air algérien, ce sirocco de gaieté et d'insouciance collective que même la sombre époque n'a pas réussi à ternir. Et puis il y a ce phénomène très fort qui lie les séfarades, les européens ayant quittés l’Algérie subitement à la suite de la décolonisation, et les algériens de l’immigration : ce que l’on appelle El ghorba wel hem, l’exil et la tristesse. C’est ce sentiment qui rend les complaintes et les qassidats de la musique arabo-andalouse si poignantes.
Véritable fils rebelle de ce genre noble, le raï des voyous d'Oran a puisé son histoire dans ce creuset artistique, libérant les forces folles que s'efforcent de contenir l'andaloussiate. Autant, celle-ci préfère la retenue, l'élevation, la mélopée, la majesté et la douce mélancolie abritée dans le méchouar (les remparts historiques) de Tlemcen, autant le raï déchaîne les passions dans les rues grouillantes d'Oran, parle d'amour crûment, d'alcool, de femme, de drogue...
Le style musical préféré de la jeunesse algérienne s'est fait connaître en France par Cheb Khaled, celui que l'on surnomme encore The King. Un autre a profité du sillon creusé par son prédecesseur pour s'engouffrer dans le vide béant que la musique arabe n'occupait pas dans les oreilles françaises : Cheb Mami. Qu'advient-il aujourd'hui de ces deux stars qui l'étaient déjà dans leurs pays avant de conquérir celui de l'ex-colonisateur ? Pas grand chose à vrai-dire. Juste une tristesse et un sentiment de gâchis. Les deux Icares se sont brûlés les ailes sur le tard, et leur chute n'en ai que plus vertigineuse. A trop vouloir mélanger les styles, européaniser un genre alors qu'il l'était juste suffisament, ils ont tués leur carrière.
Ne parlons pas de Rachid Taha, puisqu'il n'est pas chanteur de raï. Les quelques affligeantes tentatives ont heureusement tournées court.
Il y eu Faudel... Une, deux... Trois chansons ? Et un succès uniquement en France, son raï étant bien trop éloigné de celui d'Oran.
Pour savoir où cette musique continuait à vivre, il fallait regarder de l'autre côté de la mer, là-bas, dans ce port tantôt espagnol, français, turc, arabe : Wahran. Là, au coeur de la cité, Cheb Hasni, le Prince, enflammait les coeurs des filles et des garçons avec ses chansons sentimentales et sa voix à pleurer. Il devint un mythe, une légende, après avoir été assassiné par le G.I.A..
Puis, le trou. Cheb Anouar, l'enfant prodige, le Jordy algérien, a grandi sans le raï, trop gentil, trop mignon. Il faut être un écorché vif pour au moins tenter d'investir ce mouvement musical. Les stars ne viennent plus au pays. Elles ont peur où préfèrent rester en Europe, à remettre sur CD de vieux titres arrangés par Goldman, s'essayer au français, où avoir soif de reconnaissance mondiale en chantant avec Sting. Heureusement, les cassettes de Hasni circulent en masse, clandestinement. Le chant du cygne du raï ?
Bien sûr que non. Les années noires auront créer des fêlures, lacérés des coeurs, mouillés des yeux beaucoup trop jeunes pour voir tant d'horreurs. La nouvelle génération ne se cache pas. Elle apprend. Elle est dans les boîtes privées d'Oran, entrain d'amuser les nantis et les fils des généraux qui viennent s'encanailler alors que dehors il fait du sang et que des mères pleurent leur fils.
Et de toute cette nouvelle génération éclôt au grand jour désormais, les Houari Dauphin, Reda Taliani, Cheb Abdou, celui qui en est sans doute la figure de proue se nomme Cheb Bilal.
Vous ne le connaissez sûrement pas. Pourtant, en France, il est déjà une idole. Si si ! Il a même fait l'Olympia. Baladez vous sur dailymotion, et vous trouverez.
Etrangement, il ne perce pas encore médiatiquement dans l'Hexagone. Sans doute ses chansons ne sont pas assez sexy, pas assez Didi, un peu trop Dylan pour l'instant, quoique pour ceux qui le suivent, le changement se fait déjà sentir, imperceptiblement. Il bénéficie cependant d'un bouche à oreille qui ajoute à un engouement que lui porte depuis quelques années la jeunesse algérienne. Des textes tranchés dans le vif du quotidien, un timbre de voix particulier qui, avec la musique de circonstance, déclenche cette Nostalgia, les portugais diraient la Saudade, et qui nous rappellent la source de ce mouvement populaire, celle des Hawzi, Chaabi et autre Aroubi de la musique arabo-andalouse.
De Bilal, El ghorba wel hem, titre de circonstance me direz-vous, est celui que je préfère. Sans doute parce que mon meilleur ami, depuis que je le connais, ne cesse de la fredonner. Sans doute aussi parce que j'ai vu des gens danser et pleurer sur les paroles d'El ghorba... Et puis aussi ces silences partagés autour du son émis par une chaîne-hifi, dans une pièce noire, seulement éclairé par les gadgets eléctroniques du poste. Nous étions quatre, frères et cousins, la vingtaine, nous cachant dans l'obscurité pour verser quelques larmes, dans les hauteurs d'un immeuble délabré, rue Saint-Pierre, pas loin de la Bastille, en plein centre d'Oran. Bilal chantait :
Aïn
00:37 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cheb bilal, el ghorba wel hem, raï, musique, algérie, nostalagia, andalousie
07.04.2008
Partir
Il fallait gagner sa place, travailler, étudier, mériter ses galons. Toujours poussé par des nécessités bouffonnes dans le flot de la foule, sans cesse aller, cavaler, vite, plus vite. La société tout entière accélère encore cette galopade insensée. Dans notre folie de bruit et d'urgence, qui trouve encore le temps de descendre de sa machine pour saluer l'étranger ? J'ai faim, dans cette troisième vie, de lenteurs et de silences. De m'arrêter pour un regard border de khôl, un mollet de femme qui se dévoile, une plaine brumeuse noyée de songes. Pour manger un bout de pain et de fromage, le cul dans l'herbe, le nez au vent.
Extrait de Longue Marche par Bernard Ollivier, T.1 : Traverser l'Anatolie.
Aïn
19:01 Publié dans lecture au jour le jour | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : longue marche, bernard ollivier, récit de voyage, voyage, orient
26.03.2008
Be Kind rewind !
En ces temps de Mistral, un peu de baume au coeur ne peut pas faire de mal.
Il m'aura suffit de voir un film délicieusement déjanté pour retrouver le sourire, et retourner enfin à mes saines occupations, après une période de flottement plus ou moins longue, et prendre à nouveau comme credo la fameuse phrase d'Henry James : Il est temps de vivre la vie que tu t'es imaginée.
Non, je mens, le film n'a pas suffit. Il y a d'autres raisons que je garderais secrète.
Néanmoins, retourner en enfance avec Be kind, Rewind ou, en français, Soyez sympa, rembobinez ne peut pas faire de mal.
Je me souviens d'une époque lointaine où je passais tout mon temps avec mon frère, dans notre petite chambre, à trouver divers amusement pour tromper l'ennui. Nous enregistrions sur notre vieux magnétophone les grandes séquences des films que nous aimions, modifiant les voix, jouant chacun jusqu'à trois personnages différents, sans oublier les bruitages astucieux et faisant écouter le résultat à nos parents avec fierté. La folie gagna nos jeunes amis à l'école, et nous allions jusqu'à nous échanger les cassettes dans les cours de récréation. Certaines tombèrent entre les mains d'instituteurs qui s'étonnaient de notre ingéniosité. C'est qu'une émulation nous obligeait à être inventif. Deux furent exclus temporairement et revinrent au bout d'une semaine en cours : ils avaient fait le remake d'Emmanuelle.
Bien plus tard, lorsque j'ai acheté ma première caméra, avec François et MagFlag, nous avons passé deux journées stupides et drôles à tourner Le meurtre au croissant, film à grand succès auprès de nos proches, que je m'étais appliqué à bien monter avec mon logiciel spécialisé.
Autant de reliques gardées précieusement, témoignages de rêves et d'innocence enfantine assumées un court instant.
Voici ce qui se dégage de ce film réalisé par Michel Gondry et porté à bout de bras par un Jack Black plus louftingue que jamais et un Mos Def bête et attendrissant : la possibilité de rire, rêver, créer, partager ! La possibilté de vivre dans une insouciance juvénile.
15:12 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : be kind rewind, soyez sympas rembobinez, cinema, black jack, mos def, michel gondry























