Zulu Warriros Pozing, Zululand: On promise of a drink of pouza
et
Zulu Warriros Get Their Drink . De A Trip to South Africa, Photographies prisent par Benjamin Agnew, 1898
— Tu as peur, petit homme ?... Dis : tu as peur ? Ali ne répondait pas — trop de vipères dans la bouche. — Tu vois ce qui arrive, petit Zoulou ? Tu vois ?! Non, il ne voyait rien. Ils l’avaient saisi par la racine des cheveux et tiré devant l’arbre du jardin pour le forcer à regarder. Ali, buté, rentrait la tête dans les épaules. Les mots du géant cagoulé lui mordaient la nuque. Il ne voulait pas relever les yeux. Ni crier. Le bruit des torches crépitait à ses oreilles. L’homme serra son scalp dans sa main calleuse : — Tu vois, petit Zoulou ? Le corps se balançait, chiffe molle, à la branche du jacaranda. Le torse luisait faiblement sous la lune, mais Ali ne reconnaissait pas le visage : cet homme pendu par les pieds, ce sourire sanglant au-dessus de lui, ce n’était pas celui de son père. Non, ce n’était pas lui. Pas tout à fait. Plus vraiment (…)
C'est ainsi que commence Zulu, roman noir magistral, mené tambour battant par Caryl Férey.
Nous sommes à quelques encablures de la coupe du monde de football 2010 et le gouvernement s'essaie à gommer les problématiques toujours persistantes de la première démocratie africaine. Ali Neuman, noir, est chef de police criminelle à Cape Town, ville vitrine de l'Afrique du Sud post-apartheid. Il a connu le mal, les ténèbres qui habitent l'homme. Alors qu'il n'était qu'un enfant, il a vu son père et son frère mourir de façon infâme, assassiné par d'autres noirs. Epkeen, descendant de boers à la dent dure contre les noirs, homme à la vie incertaine, et Fletcher, gentil flic qui n'aurait jamais du exercer ce métier, sont ses acolytes.
Une jeune femme blanche de la haute bourgeoisie est retrouvée morte dans un jardin public, le crâne défoncé, de multiples lacérations tout au long du corps, jambes écartées, disloquées. Ce meurtre, les suivants, l'enquête, ne sont qu'un prétexte pour dépeindre un pays dont le présent est encore fortement marqué par le passé. La révolution n'a pas eu lieu : township, sida, drogues, gangs et mafias nigeriennes, capitalisme absolu, ethnies, corruption...
Outre cet amoncellement de généralité pourtant incontestable, c'est cette capacité qu'à l'auteur à inscrire la réalité, les faits historiques et géopolitiques, sans que cela ne nuise nullement à la narration. Nous sommes loin des difficultés qu'éprouvent Evangelisti ou encore Dantec, dont la lecture de Babylon Babies m'aura dégoûté.
Avec adresse, Férey évite le manichéisme facile qui consisterait à dire que les noirs sont bons et les blancs mauvais. D'une part, grâce à la complexité des trois personnages principaux, ni vraiment bons, ni vraiment mauvais. D'autres part, grâce à ces indices historiques dont je parlais, et qui n'enfoncent pas le clou sur les blancs colonialistes. Ainsi, les lecteurs seront sans doute surpris de lire qu'un groupe politique de noirs sud-africain, l'Inkhata, s'en est pris violemment à l'ANC, le parti historique de Nelson Mandela. Compléxité et nuances ancrent parfaitement le roman dans sa quête de vraisemblance.
Enfin, l'autre qualité de Zulu, c'est le souffle qui habite ce polar. Ce roman se lit plaisamment, avec gravité cependant. Il est des passages de quatre ou cinq pages que j'ai du lire en retenant ma respiration.
Caryl Férey à travaillé pour le Guide du Routard. Peut-être Zulu est-il le numéro Afrique du Sud 2009 ?
Assis sur un pouf en cuir marron, j'étais tout à ma souffrance, une main sur ma joue douloureuse, lorsque le Cheikh, un sourire en coin m'apostropha :
Un hadith dit que chaque souffrance physique supportée dans la patience et dans la confiance d'Allah sera décompté comme un bienfait, sauf lorsque tu as mal aux dents. Si tu as mal aux dents, c'est que tu n'en a pas pris soin. Et la sunna montre combien le Prophète tenait comme important le soin quotidien de sa bouche.
Avec tout le respect que j'avais pour mon hôte, je me levais et prétextais l'intention de boire de l'eau pour me retrouver en cuisine avec son épouse.
- C'est vrai le hadith sur les dents ?
- Oui, mais ne lui prête pas attention. Il t'aime et c'est pour cela qu'il est taquin avec toi. Je vais te préparer une soupe de lentilles roses qui fera du bien à ton abcès. Et crois-moi, puisque tu m'as dit que tu aimais cuisiné, le jour où tu préparas ce repas pour l'élue de ton cœur, elle ne pourra te résister. C'est avec ce plat que j'ai séduit mon époux.
Je ne sais pas si c'est vérifiable scientifiquement, d'autant plus que cette soupe n'avait pas réussi à calmer mes douleurs, il n'empêche qu'elle est délicieuse. La préparer aujourd'hui me rappelle mon année damascène, le vénérable Cheikh et sa tendre épouse qui fut pour moi une deuxième mère.
Dans une cocotte, je fais fondre un oignon et deux carottes coupés en dés avec un peu de beurre. Puis j'y verse 200 gr. de lentilles roses que je remue légèrement. Je rajoute un peu plus d'un litre d'eau et 125 gr. de yaourt turque. Je mélange le tout, je couvre et je laisse mijoter 15 à 20 minutes, jusqu'à ce que les lentilles soient tendres.
Avec ma girafe, je mixe la soupe, assaisonne de sel, de poivre et de jus de citron.
Je prépare ensuite des tartines qui feront office de croûtons. Je fais dorer de la mie de pain dans une poêle, avec un peu de beurre. Pendant ce temps, dans une petite casserole, je mélange encore un peu de beurre à du paprika jusqu'à ce que la mixture devienne bien rouge.
Je sers la soupe dans des bols, parsemez de croûtons et arrosez de beurre au paprika.
Je verrais bien un jour si je suis si irrésistible avec cette plat. A mon avis, j'en aurais besoin !
Roger Martin : La question classique, qu’exprimez-vous à travers vos romans ?
Elmore Leonard : J’utilise mes romans pour commenter la vie moderne, les habitudes sociales, les traditions, le mode de vie. Mais je ne prêche pas. J’essaie de plaire, de faire sourire en soulignant l’humour et l’ironie que recèle la vie, mais aussi de faire réfléchir devant les mille et un problèmes de nos sociétés modernes.
Il lui suffirait de lire ne serait-ce que le coruscant Les chasseurs de prime, éblouissant aussi bien par le style réaliste et efficace que par la lumière se dégageant physiquement de ce western sombre. Paradoxe me direz-vous ? Le lecteur qui pénètre dans ce roman noir, de cette noirceur d’âme que provoque surtout le mensonge par lâcheté, une étincelle suffit pour l’éblouir aussi intensément qu’une apparition divine : Chasseur de prime est un roman métaphysique et profondément chrétien.
Dave Flynn est éclaireur civil. Il fût un temps où il était Lieutenant de cavalerie. Un temps qu’a révolu la traîtrise d'un confrère qu’il n’a jamais révélé. Sa nouvelle mission, ordonnée par son ancien supérieur, ressemble à un véritable suicide : accompagner un jeune lieutenant, à peine sorti de l'école, au Mexique, et y attraper Soldado Viejo, vieux chef apache qui fait tourner en bourrique américains et mexicains depuis des années. Tâche d’autant plus rude que sur place, les rurales, nouvelle force de police mise en place par le gouvernement mexicain, formée essentiellement de crapules sorties de prison pour l'occasion, et une bande de chasseurs de primes plus teigneux et dangereux qu'un nid de crotales, tous recherchés au Nord du Rio Grande, sont aussi sur la piste de Soldado Viejo.
Au fur et à mesure que l'intrigue progresse, Elmore Leonard, par touche succincte, impressionniste, fais basculer le monde de son roman jusqu'au point nodal se situant lors du dias de la muerte, le jour de la mort.
Elle est calme, se dit Flynn. Même après tout ce qu'elle a enduré, elle se contrôle parfaitement et elle réussit à parler sans que sa voix la trahisse. C'est une femme du Mexique, habituée à voir la mort en face – non, ça, ce sont des foutaises. Non, ce n'est pas de l'indifférence. C'est de la foi. Dieu est Dieu et Il laisse certaines choses arriver, et nul n'y peut rien. Mais Il a Ses raisons, et Ses raisons sont plus importantes que celles qu'un simple mortel peut invoquer pour questionner ce qui arrive. Voilà comment elle a probablement envisagé tout ça et cela a émoussé une partie de sa douleur. Mais une partie seulement.
A partir de cette réflexion se situant au milieu de l'ouvrage, les nœuds se délient, naturellement, et toutes les problématiques trouvent une solution juste jusqu'au point culminant de la rencontre finale entre Flynn, son ancien supérieur, les Apaches... :
A présent, Flynn regardait au-delà de l'arbre mort, ses yeux fouillant l'obscurité et les arbres. Là ! Tu as entendu ? Ils doivent être rudement nombreux s'ils font du bruit. Les Coyoteros seront cloués au sol par leur feu ; ils ne sont pas assez nombreux pour tenter quoique ce soit. A deux reprises, il crut voir un mouvement, mais il se retint de tirer. Attends encore, ça va arriver bien assez vite. Le temps passait et il savait qu'il n'y en avait plus pour très longtemps et il était aussi sûr qu'il pouvait l'être qu'il allait mourir dans l'heure qui suivrait. Tu dois te débrouiller pour trouver le temps de recharger.
Ô mon Dieu, je regrette sincèrement de T'avoir offensé. Je renie tous mes péchés parce que je redoute la perte du paradis et les affres de l'enfer ; mais par-dessus tout parce qu'ils Te font offense, mon Dieu, Toi qui es juste et mérites tout mon amour. Je prends la ferme résolutin avec l'aide de Ta grâce...
C'est ainsi, comme je le souligne au début de ce texte, que Roger Martin, aveuglé par la question sociale, ne voit pas l'essentiel de l'oeuvre d'Elmore Leonard, ne serait-ce qu'à travers Les chasseurs de prime (évidence que l'on retrouve dans Dieu reconnaîtra les siens, Hombre , La Loi à Randado, Bandits...) ce qui lui aurait permis d'éviter un écueil certain en disant que les romans de l'auteur américain sont manichéistes.
Notre caravane poursuit son long périple. La plupart des passagers de notre minibus sont à moitié endormis. Le trajet semble interminable. Les paysages ne changent pas, et le temps passe, inexorablement. J’ai comme le sentiment que nous perdons une après-midi entière.
Et puis finalement, surgissant sans crier gare, la beauté s’invite au milieu de cette monotonie. Alors que le soleil se couche derrière les vallées rocailleuses, le ciel, en plus de prendre les couleurs de la nuit tombante, semble passer au filtre du sépia. Le crépuscule n’est pas la seule raison provoquant ces lumières mordorées. D’imperceptibles grains de sables, par millions, formant un flot orangé, balayent l’air, jusqu’à l’habiter entièrement. Une tempête de sable, un sirocco… Doux, léger et surtout merveilleux.
Le front collé à la vitre, j’observe attentivement cet évènement qui reflète finalement assez bien la nostalgie que j’éprouve souvent lorsqu’un voyage touche à sa fin. Avant d’entrer au Caire, nous traversons plusieurs villages, et le spectacle n’en est à chaque fois que plus surréaliste. Toujours cette même scène : au milieu des palmiers aux branches harmonieusement dissipées par le vent, un minaret long et fin, au dôme en forme de goutte, s’élève, en apparence fragile, et pourtant impassible. Fière même. N’en déplaisent à certains, ces minarets typiquement égyptiens sont d’une sensualité toute féminine. Et le ciel indocile rajoute des voiles safranés à ces mystérieuses Shéhérazade, tenant de leurs mains graciles, le soleil mourant à l’occident, et un croissant de lune ambré à l’orient.
Il serait faux de dire qu’il fait nuit noire, même si il est vingt heures, et que la nuit est bel et bien tombée sur Le Caire. Mais elle n’est pas noire. En sortant du minibus stationné devant l’hôtel, je reçois un souffle chaud sur le visage, agréable. Levant la tête, entre les immeubles se découpe un drap étrange, noir et à la fois arénacé.
Nous prenons nos bagages et investissons l’hôtel, un palace vieillissant. Deux grooms, âgés, cernés, édentés, aux tenues rouge terne et cramoisies, nous accompagnent, Thomas et moi, jusqu’à notre chambre. Après avoir posé nos maigres bagages, l’un d’eux reste à la porte et je mets un laps de temps, comme dans les films, à comprendre qu’il attend un pourboire. Je lui donne quelques pièces et il repart en nous souhaitant une bonne nuit.
Thomas s’allonge sur son lit, et sort de son petit sac une petite bouteille en verre.
- Regarde ce que j’ai trouvé !
- De l’absinthe ?
- Ouais, je vais la ramener.
- Mais tu sais que c’est interdit en France.
- Ouais mais j’ai l’habitude, t’inquiètes. Elle est jolie cette bouteille. Je crois que je vais l’entamer.
Il débouche le flacon. Je le regarde faire, hébété par son absence de crainte. Je lui fais remarquer aussi que ça risque d’être compliqué de passer à la douane, avec son crâne de chameau trouvé dans le désert et bien enfoui dans son sac. J’essaie de lui expliquer que ça serait gênant de mettre tout le monde en danger pour son caprice, surtout en pleine folie médiatique sur la grippe aviaire. Il sourit et porte la bouteille à la bouche. Il s’en moque comme de son dernier falafel englouti. Un court instant, je l’imagine se faire attraper à la douane et avoir un destin à la Midnight express.
C’est vrai qu’il est beau ce crâne.
L’envie me prend de rendre visite à Marie qui avait l’air bien fatigué. Je sors de la chambre et me dirige vers la sienne. Dans le couloir sombre, assises sur des sofas, quatre jeunes japonaises discutent à bâtons rompus. En m’apercevant, elles s’arrêtent de parler. Je passe. Je sens qu’elles me suivent du regard, et je les entend pouffer de ces rires de femmes asiatiques si distinctifs. Apparemment, ma peau bronzée, ma barbe de 3 jours et le sable dans mes cheveux fait de l’effet sur ces demoiselles. A moins, qu’elles se moquent de moi ?
…
Non, pas possible !
Marie est allongée sur son lit, exténuée. Le petit Hugo chante sous la douche.
- Marie, tu viens avec nous faire un tour en ville ? J’ai vu ta mère, elle veut aller au vieux souk , à Khan Al-Khalili.
- Non, franchement, là je suis morte. J’en peux plus. Et demain on se lève tôt pour prendre l’avion. Et j’ai mal aux pieds. Et je me sens sale. Et je suis pas bien…
- Arrête ! Allez viens, je vous invite tous à manger.
- Si tu me prends par les sentiments alors là je vais venir. Parce que j’ai la dalle et j’ai rien mangé depuis deux jours. Et j’espère que je ne vais pas vomir après… Au moins on va pas marcher longtemps hein ? Et qu’…
- Bon, une fois ta douche prise, rejoins-nous au hall d’entrée de l’hôtel.
J’ai bien besoin de me laver aussi. Je vais même me faire un shampoing tiens !
En retournant à la chambre, je ne remarque même pas Thomas, assis sur le sofa au milieu des midinettes japonaises.
Thomas :Hey Chek – Chek. Regarde comment je suis en bonne compagnie ! Et j’ai pensé à toi, je t’en laisserai une sur les quatre.
Une des japonaises :Chek – Chek ? Aaaa ? Hihihihihi !
Moi :Euh… T’es un frère toi, mais je capte Z au japonais et j’ai pas l’impression qu’elles parlent anglais. De toute façon, j’ai très envie d’aller me perdre en ville ce soir. Je file sous la douche. Tu viens ?
Une des japonaises :Chek – Chek ?
Moi :Konbanwa, Hajimemashite ! (Bonsoir, enchanté)
Une des japonaises :Anoo ! Dozou yoroshiku. (hey ! Moi de même.)
Moi :Ogenki desu ka ? (Comment allez vous ?)
Une des japonaises :Genki desu. Ogenki desu ka Chek – Chek san ? (Je vais bien, Comment allez-vous M. Chek – Chek ?)
Moi :Kyou wa konna ni genki desu. Doumo arigatou ! Itte kimasu, odaijini. (Je vais très bien aujourd'hui. Merci beaucoup. A bientôt, je reviendrai, portez-vous bien.)
Une des japonaises :Iie ! Chek – Chek san… ? (Non ! M. Chek – Chek... ?)
Moi :Mata ne ! (A plus tard)
Thomas n'en crois pas ses yeux.
Alors que je prend le chemin de la chambre, il se lève et me hèle.
- Mais je croyais que tu savais pas parler japonais. Attends, reste avec moi, s'il te plaît. Je te dis ce qu'il faut dire, toi tu traduis, et c'est dans la poche.
- Je ne sais pas parler japonais. C'est juste un reste que j'ai gardé de mes années étudiantes, quand je donnais des cours de français à une japonaise.
- Bah ok, mais donne-moi une astuce, un truc, je sais pas moi.
- Ok, juste parce que t'es un frère.
Je me penche à son oreille et lui susurre un mot.
- Bon, ce que je viens de te dire, bah tu le répètes mais pas n'importe comment. Il y a des codes de séduction au Japon, qui ne sont pas les mêmes que chez nous. Alors, ce mot, intraduisible en français, c'est « le » mot des lovers là-bas. Et il faut le dire avec emphase. N'aies pas peur d'exagérer, de le dire fort même. Et je peux t'assurer que si t'avais déjà un ticket avec l'une d'entre elles, alors ce mot, ça fera le reste. Fais-moi confiance.
- Ah ouaiiis, ok ! T'es un frère, vraiment. Bon j'y vais là ok... Mais j'ai compris pourquoi tu restais pas, hein ! Elles sont passez rubyesques, c'est ça ? Malin va.
Je lui souris, lui souhaite bonne chance et fais mine de retourner à la chambre. Lui rejoins les filles et n'attends pas longtemps pour faire sa déclaration :
AKIRAMENAI!
Un grand et beau akiramenai... qui signifie : Je n'abandonnerai jamais !
Il ne fallut pas attendre une seconde pour entendre, alors que j'ouvrais la porte de nos appartements, le rire aigu des filles, ponctué par quelques interjections choquées.
Faten Hamama
L'eau coulait drue sur ma nuque, chaude et revigorante. Entre mes pieds, j'observais les grains de sables qui se déposaient sur le bac à douche. La fenêtre de la salle de bain ouverte, les rumeurs de la ville envahissaient le petit espace où je me trouvais. Passer du silence du désert au bourdonnement de la ville aussi rapidement, ajouter à cela la fatigue... Je me sentais étrange, hors de moi-même. Je repensais à la remarque de Thomas : Elles sont pas assez rubyesques. Ca veut dire quoi ? Rien, parce qu'il n' a pas compris. Il ne peut pas comprendre d'ailleurs parce que tout ça se passe dans ma tête. Cette réflexion bizarre sur le monde égyptien et, par extension, sur lr monde arabe. Mon étonnement sur ce mélange de puritanisme traditionnel et de sensualité communiquée, marketée, commercialisée... Et cette espèce de tradition egyptienne qui fait que depuis longtemps les femmes de ce pays apparaissent occidentalisées dans les vieux films, alors qu'aujourd'hui, dehors elles portent, pour la plupart, le voile. Ce retour à la tradition après la période Nasser...A moins que ce paradoxe aie toujours existé ?
Je me rappelle de ces images lointaines...
1995...
Dans la bande de Gaza, au lendemain d'une fusillade mortelle, entre partisans du Hamas islamiste et partisans du Fatah du millionaire Yasser Arafat, alors encore vivant et tout puissant dans les territoires palestiniens. Un cortège de partisans du mouvement de la résistance islamiste, cagoulés, drapeau vert en tête, sillonne les rues de Gaza city pour exprimer sa colère. Sa colère de quoi ? De s'être battue contre d'autres palestiniens ?
Passant devant le seul cinéma du territoire qui venait de rouvrir ses portes dans la foulée de la mise en œuvre des accords de paix israélo-palestiniens, les militants islamistes n'hésitent pas une seule seconde : ils pénètrent dans le bâtiment rénové et saccagent tout. Un groupe de partisans du Hamas découvre alors le trésor de bobines de vieux films égyptiens achetés par le propriétaire du cinéma, et en fait un gigantesque autodafé dans la rue. Une danse macabre d'hommes armés s'improvise autour des flammes dégageant une odeur acre, tandis que d'autres hommes emportent les fauteuils tout neufs du cinéma.