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19.02.2007

Tabia et le raï

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podcast

J'aimais rester dans une petite cabane, à l'écart de la grande maison familiale d'une de mes tantes. C'était à Tabia exactement, un petit bled paumé au sud de Sidi Bel Abbes.

Le sol de cette cabane était recouvert d'un ciment sombre, ainsi que les murs nus. Une petite pièce en fait, où mes cousines préparaient les plats qui nécessitaient de s'éloigner de la maison pour cause de mauvaises odeurs, celles dégagées par les fritures notamment.

Cette tante avait sept filles agées de dix-huit à vingt-six ans, sauf une qui avait douze ans. Elle avait aussi deux fils adolescents. J'étais le petit garçon adoré de mes cousines, le chouchou. Elles ne cessaient de m'embrasser, de me serrer fort dans leurs bras et j'aimais ça.

Chaque midi, elles se rendaient à plusieurs dans cette cabane pour cuisiner, et préparer notamment une entrée indispensable à chaque repas, ce qu'on appelle dans l'ouest algérien El Fifla. Loin des mères qui restaient à deviser dans la grande maison, elles prenaient avec leurs poêles et légumes un petit poste cassette pour écouter celui qu'on appelait encore Cheb Khaled chanter l'amour physique, l'alcool, la tristesse, Oran... Pendant que l'une grillait quatre poivrons verts sur un plaque brûlante posée sur un vieux réchaud, une autre ajustait un torchon autour de ses hanches et se mettait à danser langoureusement sur du raï. Certaines éclataient de rire, chantaient, tapaient des mains. Je m'amusais à retourner les poivrons de tous les côtés jusqu'à ce qu'ils deviennent noirs.

Ensuite, dans une grande bassine d'eau, on nettoyait les poivrons, les libérant de leurs peaux calcinées. On les vidaient aussi de leurs pépins, et les coupaient en lamelles grossières.

Pendant ce temps, une des filles pressaient trois gousses d'ail qu'elles jetaient avec cinq tomates découpées en dés. Elle rajoutait aussi un peu de piment rouge en poudre et laisser cuire à feu doux pendant une dizaine de minute.

J'étais le seul garçon admis dans ce cabanon. Dans ces moments là, je récupérais les mots doux qu'il fallait transmettre en ville aux amoureux de mes cousines.

Lorsque presque tout le jus des tomates s'était évaporé, on jetait les poivrons dans la poêle. Je prenais une fourchette et je mélangeais tranquillement pendant une ou deux minutes jusqu'à ce qu'une cousine arrête le feu et présente l'entrée dans un joli plat. J'adorais manger El Fifla chaud parce que ça accentuait le piquant du piment.

 

Une fois le repas passé, sieste obligatoire pour tout le monde. Au réveil, je prenais un copieux goûter et sortait en ville pieds nus, c'était mon régal. J'allais directement chez le vendeur de crème italienne et je monnayais mes messages secrets contre quelques bonnes glaces au citron. Je rentrais le soir et offrait, comme me le demandait les garçons épris, de tendres baisers à mes cousines.

 

Aïn

Commentaires

Petit messager de l'amour !
Tu les méritais ces baisers et ces étreintes ...
Ce doit être merveilleux pour un petit garçon de baigner dans cette sensualité féminine faite de parfums, de danses, de chuchotements et de billets doux.
Ces missives que tu transportais avec fierté ont-elles fait des couples heureux aujourd'hui ?

Ecrit par : Fiso | 21.02.2007

Messager de l'amour ? Ca me plaît bien.
Il est évident que cette enfance partagée auprés de ces multiples jeunes femmes fut un moment magique.

Mes cousines ne ne se sont pas mariées avec leurs amoureux. Ce n'était, apparement que des amours de jeunesses, des romances pudiques faites de regards timides, de regards secrets... et de messages codés.

Ecrit par : Aïn | 22.02.2007

nostalgie, parce que même quand j'avais encore le droit de manger des poivrons c'était dans le four qu'à Paris je les faisais griller pour les éplucher. Au cabanon c'était sur des branches au dessus du feu. Une odeur ! et le jus qui faisait crépiter

Ecrit par : brigetoun | 26.02.2007

mmmmhh !
un régal Brigetoun.
Si dans la journée je ne mange pas du poivron, il me manque quelque chose.

Ecrit par : Aïn | 26.02.2007

salut
par curieusite je vien de lire votre blog eh puis je suis d origine de tabia et j habite a ce village qui te manque beaucoup mail me aekfree0111@hotmail.com
amicalement

Ecrit par : el makoudi | 06.11.2007

Ok, c'est noté.
Merci pour la visite !

Ecrit par : Aïn | 09.11.2007

areche lakhedere kelaha

Ecrit par : abbes | 26.12.2007

On attend tes prochains coup de cœur musicaux...tu as conservé les vieilles K7 de Khaled ?

Très beau son de derbouka...sur ce morceau ! Je pense m'acheter Arrassiates Vol 2 de Jalal El Hamdaoui

Ecrit par : Mario Scolas | 18.02.2008

Il y en a quelques uns déjà. Mais je suppose que tu n'as pas relevé parce que ce ne sont pas des chansons arabes !
Ne t'inquiètes pas, ça va arriver.

Ecrit par : Aïn | 18.02.2008

Peu importe que ce soit des musiques en arabe, de fusion...à travers les musiques c'est la vie qu'on découvre...

Tiens par exemple, j'ai fait aujourd'hui une analogie entre le terme reggada (style musical marocain) et le terme espagnol regar (arroser) - marrant de s'essayer à trouver des similitudes...le reggada a quelques similitudes chez Jalal El Hamdaoui avec le reggae...

Ecrit par : Mario Scolas | 18.02.2008

Chez nous, je veux dire en Algérie, ce genre de style appartient au sahab el baroud, "les compagnons de la poudre à fou", magnifié en son temps par les plus grands chanteurs de raï et notamment Cheb Khaled. Une chanson éminement populaire : http://www.youtube.com/watch?v=reZrR5gM3xQ&feature=related
(Dans sa version raï !)
L'analogie que tu fais me semble peu pertinente. "Reggada" signifiant en arabe "sieste" et "regar" signifiant en effet "arroser", je ne vois pas le rapprochement. Il faudra éclairer ma lanterne.
Quant à "Reggada" et "reggae"...? Mis à part que le reggae joue un rôle important dans les musiques modernes du Maghreb depuis les années 1980, sinon, je ne vois pas le rapport entre les deux.

Ecrit par : Aïn | 18.02.2008

Je faisais plus d'analogie musicale entre reggada et Aloui algérien. La musique bédouine est plus proche...que le raï moderne...J'ai eu l'occasion d'écouter en France Cheikha Remitti...

Reggada comme "la source d'eau qui dort ou comme tu dis fait une sieste", en raison du caractère capricieux des sources d'eau du village de Aïn Reggada (qui existe au Maroc dans le Rif où est née cette musique...

La musique est fort agitée pour être une "musique de sieste..."

Je viens d'acheter chez Atlas Music...Arrassiates, le chanteur favori qui habite d'après mon disquaire Atlas Music dans le quartier, à moins de 300 mètres...la tête me disait bien quelque chose et je l'ai vu à Tour et Taxi avec cheb Rayan, mais j'ignorais que c'était lui...

J'ai écouté le morceau en mangeant...dans toute son amplication...ce rythme me rappelle la musique de mariage des oujdi...

Pour le raï, l'artiste qui reçoit le plus de visite sur mon blog est le raïman franco-algérien Najim..que je t'invite à (re)découvrir...

Ecrit par : Mario Scolas | 18.02.2008

Là, je suis plus d'accord avec toi en ce qui concerne Reggada et Allaoui. Même si le raï doit tout aux musiques bédouines et que, encore une fois, le Sahab el Baroud en est un symbole.

Jalal el Hamdaoui, le chanteur marocain 100 % mariage. Ces chansons, mélange de reprise tlemcenienne, http://moroccomobile.free.fr/file.php?f=251
et de tradition reggada à la sauce moderne ne m'inspire pas vraiment. Plutôt kitsch, mais tous les goûts sont dans la nature. C'est juste mon avis, mais comme je sais que tu es un amateur de musique arabe, je peux me permettre d'être sincère avec toi.

Ecrit par : Aïn | 18.02.2008

Merci pour ta franchise, j'apprécie beaucoup...

Je suis un grand explorateur de musique arabe, j'en consomme bcp.

Je termine ma soirée avec Wadih el Safi, un chanteur arabe et chrétien...Il est fort âgé...Ses vidéo m'émeuvent aussi...

J'ai pas mal de boulot à entreprendre ces articles...Un ami tunisien bien que violoniste de jazz et classique que j'ai rencontré à une oum kalsoumiate à bruxelles, me fait explorer la musique de son pays...C'est fort captivant !

Préviens moi quand tu participe à une activité musicale au Maghreb...je suis fort tenté par les festival de Baalbek, Oran, Fès, Carthages, Casablanca et sa Nayda...

Les visites commencent à arriver sur mon blog...Tiens, je suis souvent en contact avec Najim...il viendra certainement déposer un message sur ton site...J'ai beaucoup apprécié ton message.

Ecrit par : Mario Scolas | 18.02.2008

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