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04.07.2009

Tabia et le raï

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Khaled old style
podcast


J'aimais rester dans une petite cabane, à l'écart de la grande maison familiale d'une de mes tantes. C'était à Tabia exactement, un petit bled paumé au sud de Sidi Bel Abbes.

Le sol de cette cabane était recouvert d'un ciment sombre, ainsi que les murs nus. Une petite pièce en fait, où mes cousines préparaient les plats qui nécessitaient de s'éloigner de la maison pour cause de mauvaises odeurs, celles dégagées par les fritures notamment.

Cette tante avait sept filles agées de dix-huit à vingt-six ans, sauf une qui avait douze ans. Elle avait aussi deux fils adolescents. J'étais le petit garçon adoré de mes cousines, le chouchou. Elles ne cessaient de m'embrasser, de me serrer fort dans leurs bras et j'aimais ça.

Chaque midi, elles se rendaient à plusieurs dans cette cabane pour cuisiner, et préparer notamment une entrée indispensable à chaque repas qu'on appelle dans l'ouest algérien El Fifla. Loin des mères qui restaient à deviser dans la grande maison, elles prenaient avec leurs poêles et légumes un petit poste cassette pour écouter celui qu'on appelait encore Cheb Khaled chanter l'amour physique, l'alcool, la tristesse, Oran... Pendant que l'une grillait quatre poivrons verts sur un plaque brûlante posée sur un vieux réchaud, une autre ajustait un torchon autour de ses hanches et se mettait à danser langoureusement sur du raï. Certaines éclataient de rire, chantaient, tapaient des mains. Je m'amusais à retourner les poivrons de tous les côtés jusqu'à ce qu'ils deviennent noirs.

Ensuite, dans une grande bassine d'eau, on nettoyait les poivrons, les libérant de leurs peaux calcinées. On les vidaient aussi de leurs pépins, et les coupaient en lamelles grossières.

Pendant ce temps, une des filles pressaient trois gousses d'ail qu'elles jetaient avec cinq tomates découpées en dés. Elle rajoutait aussi un peu de piment rouge en poudre et laisser cuire à feu doux pendant une dizaine de minute.

J'étais le seul garçon admis dans ce cabanon. Dans ces moments là, je récupérais les mots doux qu'il fallait transmettre en ville aux amoureux de mes cousines.

Lorsque presque tout le jus des tomates s'était évaporé, on jetait les poivrons dans la poêle. Je prenais une fourchette et je mélangeais tranquillement pendant une ou deux minutes jusqu'à ce qu'une cousine arrête le feu et présente l'entrée dans un joli plat. J'adorais manger El Fifla chaud parce que ça accentuait le piquant du piment.

 

Une fois le repas passé, sieste obligatoire pour tout le monde. Au réveil, je prenais un copieux goûter et sortait en ville pieds nus, c'était mon régal. J'allais directement chez le vendeur de crème italienne et monnayais mes messages secrets contre quelques bonnes glaces au citron. Je rentrais le soir et offrait, comme me le demandait les garçons épris, de tendres baisers à mes cousines.

 

Aïn

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