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29.04.2007

3 - Enta Aref Leih ? : de Hurghada à Avignon, un vent de liberté.

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Rappel de La geste Rubyenne :

1 - Enta Aref Leih ? : de Hurghada à Avignon, un vent de liberté.

2 - Enta Aref Leih ? : de Hurghada à Avignon, un vent de liberté.

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Il faut que j’arrête de me faire des films. Et d’ailleurs, le café turc, enfin servi par un charmant adolescent, contribua à me réveiller totalement. En buvant, je sentis l’épais et sirupeux liquide noir couler doucement le long de mon œsophage. Un délice de cardamome et de fleur d’oranger.

Le soleil était maintenant haut dans le ciel azur, immense. Mes amis décidèrent de profiter de ce merveilleux temps pour aller se mettre en maillot et se baigner, ce que je refusais catégoriquement de faire. Je ne dis pas que l’idée de me rafraîchir dans la Mer Rouge fut déplaisante, mais l’environnement ne m’enchantait guère. Tout près des enfants qui s’amusaient au bord de l’eau, des bateaux de nouveaux riches étaient parqués, en masse, laissant peu d’espace pour les baigneurs et ceux qui désiraient simplement voir l’horizon, et peut-être même, au loin, la péninsule arabique. Je décidais donc de rester dans la buvette. Hugo ne fit pas tant d’histoire. Affublé d’un caleçon rouge ridicule, il couru avec enthousiasme se jeter à la mer. Les autres firent de même. Sauf Marie qui s'allongea sur un transat. Quant à moi, je restais à la buvette avec Jean, le père de famille, qui se régalait à porter, élégamment je dois dire, un magnifique chèche orange. Nous commandâmes un autre café.

- Dis moi Chékib, il faut que nous parlions sérieusement toi et moi. J’ai besoin de tes lumières.

- Et que puis-je faire pour toi, lui répondis-je gêné.

- Voilà, tu sais le travail que je suis en train de faire… A propos de mon livre. Je sais de quelle manière tu vois et tu vis l’Islam. Il faut que tu m’expliques où, dans le Coran, il est dit à la femme de porter le voile.

 

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 Cette question venant d’une autre personne que lui, j’aurais éviter la discussion. Tellement de gens, sous des dehors ouverts, me demandent ce qu’il en est du voile, de la condition féminine, de la polygamie, du porc, de l’alcool, du Ramadan, des terroristes dans l’Islam. A mes tentatives d’explications, ils me sourient et me regardent comme s’ils étaient attentifs, alors que leurs écoutilles sont fermées et leurs jugements déjà arrêtés.

 

- Je vais essayer de te répondre Jean, de manière synthétique. Traduire, c’est trahir disait Platon. Imagines-tu ce que cela représente de traduire alors un texte sacré pour un croyant ?

- Mais je ne veux pas que tu te retrouves en…

- Non, ne t’inquiètes pas, lui dis-je avec un sourire. Je ne refuse pas l’explication. C’est juste qu’elle commence avec cette introduction, vraiment importante. La langue arabe est la langue sacrée du Coran, un livre qui n’a pas été écrit par Mohammed, mais qui vient directement de Dieu. Le Prophète n’en était que le réceptacle et le diffuseur. Ainsi, la langue arabe dite classique, est devenue liturgique et s’est fixée définitivement avec le Coran. Il faut le signaler ça, parce que le mot, la parole, dans les trois religions abrahamiques est sacrée.

- Au commencement était le Verbe.. ?

- Exactement, Jean. Le Verbe, cette Parole que Dieu a insufflé dans l’homme.

- Jésus est la Parole de Dieu sur Terre pour les chrétiens, tu le sais ?

- Oui. Il en est de même pour les musulmans. Le grand maître soufi andalou du XIIème siècle, Ibn al Arabi, disait de Jésus qu’il était Kalimat Allah, la Parole de Dieu, ou encore Ruh Allah, l’Esprit de Dieu. Ainsi le mot, même linguistiquement parlant, tu sais les histoires de signifiant et …

- Signifié ?

- Tout à fait ; le mot est donc sacré.

- Mais où veux-tu en venir ? me demanda Jean impatient.

- J’y viens, j’y viens. Le problème c’est la traduction, et les glissements sémantiques qui s’opèrent. Le voile, ce que l’on porte sur la tête, est le terme en français qui traduit hijab.

- Oui, hijab.

- Et quelle est la différence entre le Hijab et le Tchador ?

- … euh, la burka, c’est sûr la différence est nette, me dit-il en riant.

 

Je ris à mon tour. Les cafés furent servis.

 

- Huit fois le mot hijab est abordé dans le Coran. Jamais pour représenter l’habit dont la femme devrait se couvrir la tête.

- Comment ça ? Me demanda-t-il interloqué.

- De tête, je vais essayer de te citer les versets. Alors attend… Dans la sourate Al-A’raf : " Entre les deux séjours, ciel et enfer, s’étend un voile. Là se dresse Al-A’raf ".

- Là, c’est comme une sorte de rideau, une séparation…

- Peut-être même un intermonde… Ensuite, dans Le voyage nocturne :  " Lorsque tu récites le Coran, nous baissons un rideau invisible entre toi et ceux qui ne croient pas en l’Au-delà ".

- Encore une fois, il y a plus une idée de séparation…

- Le voile est comme une protection divine automatique, pour parler trivialement, qui se met en marche au moment où la Parole re-naît dans la bouche du croyant.

- Très bien.

- Ensuite, nous avons la sourate Marie : " Et fais aussi mention de Marie, quand elle alla s’isoler loin des siens en un lieu situé à l’est de la ville. Elle étendit un voile entre elle et le monde ".

- Euhh … C’est pas d’ordre divin là ?

- Non. C’est tout simplement une image pour souligner l’éloignement géographique. Continuons. Dans la sourate Les Coalisées : " Si vous demandez quelque chose aux épouses du Prophète, faites qu’un voile s’interpose entre vous et elles ".

- Ca veut dire quoi là ?

- En fait, dans cette partie de la sourate, il est expliqué comment se conduire lorsque quelqu’un va chez le Prophète. Le mot hijab a encore le sens de rideau. Ce n’est qu’en s’adressant aux épouses du Prophète que l’on doit le faire derrière un voile. Dans la sourate Cad, hijab signifie crépuscule :  " Quand un soir on lui présenta de nobles cavales, il dit : " j’ai préféré l’amour de ce bien au souvenir de mon seigneur, jusqu’à ce que ces chevaux aient disparu derrière le voile. Ramenez-les-moi. " il se mit alors à leur trancher les jarrets et le cou ".

- Et…

- Attends, il me reste trois versets. Je finis vite, et je te laisse la parole. Dans la sourate Du livre aux versets distincts, un verset évoque ceux qui se détournent de l’appel du Prophète : " Ils disent : " Nos cours sont enveloppés d’un voile épais qui nous cache ce vers quoi tu nous appelles ; nos oreilles sont atteintes de surdité ; un voile est placé entre nous et toi. Agis donc, et nous aussi nous agissons " ". Dans la sourate La libération : " Dieu ne saurait directement parler à un mortel si ce n’est sous forme de révélation, de derrière un voile ou par l’envoi d’un messager qui révèle, avec sa permission, sa volonté à l’homme ". Enfin, dans la sourate Les fraudeurs : " Et certes, au Jour du Jugement, ils seront séparés par un voile de leur Seigneur ".

- C’est très intéressant ce que tu me dis là, du point de vue sémantique. En fait, je remarque qu’on se trompe, qu’on a tout faux.

- C’est sans doute intéressant, mais c’est surtout important, parce que finalement, autour de nous, en France je veux dire, qui le sait ?

- C’est sûr que la médiatisation du... voile... tiens, je ne sais plus comment l’appeler... bref, joue un rôle important dans l'amalgame.

- On nous sert un flan prêt à démouler. Il suffit de tirer sur la languette. Il reste plus qu’à avaler.

 

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podcast
 

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A ce moment là, Hugo, tout trempé, s’assit à coté de moi et me demanda si je n’avais pas envie de me baigner. Je lui répondis que non. J’avais bien raison, paraît-il. L’eau avait un goût de pétrole à cause des bateaux qui mouillaient dans la crique. Jean me fit comprendre que nous reprendrions la discussion plus tard. J’allais rejoindre Marie, la sœur d’Hugo, qui était restée allongée sur un transat. La fin du voyage s’avérait difficile pour elle. Une grosse indigestion à Gourna, à notre séjour au pied de la Vallée des Rois, fut la terrible sanction qui suivit ses excès lors des repas. Elle mangeait alors comme quatre, se régalait de brochettes d’agneau, de poulets, de fèves, de tahina… Et un soir, après une ballade obligatoire à Karnak, visite incontournable malgré un tourisme de masse effrayant, elle passa son temps a essayée de vomir dans les toilettes de sa chambre. Un docteur accouru à deux heures du matin, administra une piqûre, et la fit dormir. La marche dans le désert fut un calvaire pour elle. Pas seulement pour son ventre. Mais aussi parce qu’elle ne voyait vraiment pas l’intérêt de passer trois jours à vadrouiller dans le désert, sous un soleil implacable, avec personne à rencontrer. Les bédouins n’étaient pas trop bavards, ni les chameaux. Qu’est ce qu’elle me faisait rire. Tout le monde la prenait pour une algérienne en Egypte. Elle en profitait pour se faire passer pour ma sœur, était intraitable dans les souks, baragouinait quelques mots d’arabes que je lui avais appris et qu’elle savait parfaitement utiliser. Elle aimait porter un foulard noir, avec d’énormes lunettes de soleil. Sa prestance naturelle, la blancheur de sa peau et son visage la faisait passer pour une star du cinéma arabe, en vacance incognito. A Karnak, je fus stupéfait de voir des tas de jeunes écolières en sortie culturelle se ruer comme des groupies devant Marie, à vouloir prendre des photos avec elle en lui tenant la main à vouloir l’embrasser. Les jeunes hommes étaient pareil. Sous le charme. C’était moi qui prenait les photos. J’en ai une invraisemblable. Marie est au milieu d’une nuée d’enfants et de jeunes hommes égyptiens. On voit les touristes occidentaux , interloqués, se demandant s’ils n’avaient pas tout près, une star égyptienne, et prenant donc eux aussi, on ne sait jamais, des photos. Marie jouait son rôle de starlette. On imaginait ses yeux dans le vague, offrant quelques sourires bien choisis, mais pas plus, donnant l’air d’être inabordable. Mais qu’est que j’ai ri ! Elle m'avait avoué qu'elle avait adorée se prendre pour Ruby.

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Aïn

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