19.05.2007
La Tour des rêves

Blaine se retrouve sur la rive orientale du Jourdain. Etant américain d’origine arabe, ses employeurs pensent qu’il a les affinités génétiques nécessaires pour prospecter correctement et fournir une excellente Image. Ramsey s’acclimate donc du rythme de vie local et son premier rêve intéressant ne tarde pas à venir.
Il est dans le jardin de sa maison arabe. Lumières et couleurs sont excellentes. Blaine s'approche du muret qui le sépare de son voisinage. Des bruits de pas de l'autre côté. Finalement, une sublime et jeune arabe s'assied sur le parapet et lui fait un grand sourire. Blaine jubile dans son sommeil et sait qu'il tient son Image. Après un court échange, il apprend le prénom de la belle : Buthaina. Excellent. Des pas encore dans le voisinage, des invectives, et la jeune arabe est entraînée hors de vue et brutalisée. Le rêve se transforme en cauchemar. Elle appelle à l'aide dans un cri désespéré. Tout s'effondre autour du psychoformeur. Changement brutal de décor. Le voici dans un lieu urbain grisâtre. La terre tremble, et au son d'un grognement inhumain, des tours s'effondrent.
Blaine se réveille brusquement, attéré par ce songe. Ce mauvais rêve, à sa grande surprise, se répète plusieurs fois. Pourtant, il s'assure toujours de bien respecter le rite adéquat avant de s'endormir. Totalement perdu, il n'arrive pas à contacter son ami pakistanais, celui qui l'a formé dans le métier. Son inquiétude augmente lorsque, traînant sa misère dans les ruelles du bled palestinien, il aperçoit une affiche de cinéma effrayante : là, sur ce bout de papier collé au mur, la fille de son rêve. Il apprend vite qu'il s'agit d'Aida, une célèbre actrice égyptienne de mélo. Un sosie sans doute. Il se débrouille tout de même pour récupérér des vidéos et enfin, le doute n'est plus permis. Pour lui, Buthaina et Aida ne font qu'une. Exténué, et sur les conseils de son contact chez Icon, il décide de prendre des vacances. Il sait que certains psychoformeurs ont perdu les pédales et ont été envoyé ensuite dans des maisons de repos (pour ne pas dire asile psychiatrique) en Autriche par leurs employeurs. Vacances donc. Mais Blaine Ramsey ne peut ignorer tout bonnement ce maudit songe. Il se sert donc de ses congés pour se rendre au Caire, mégalopole égyptienne de 35 millions d'habitants, secouée par de nombreux séismes, au bord d'une catastrophe naturelle hors du commun. Capitale souffreteuse d'un pays délaissé par les grandes nations de ce monde prochain.
Sur le site d’ActuSF, Jérôme Vincent qualifie le livre La tour des rêves de Jamil Nasir de gentillet et moyen, sans aucune autre forme d’argumentation.
Soit. C’est évidemment son droit, mais force est de reconnaître que cette méthode n’est pas très constructive. Quant à moi, j’ai apprécié le roman, et je vais tenter d'en expliquer son originalité.
Tous les personnages miséreux que rencontre Blaine dans les bas-fonds du Caire, et ils sont nombreux, sont définis comme étiques, étiques et puis… étiques. Dominique Haas ne remporte pas, avec ce roman, la palme du traducteur le plus imaginatif. Néanmoins, la force stylistique du texte original l’emporte sur les défauts évidents de la version française.
Trois ambiances dominent ce livre. Trois ambiances caractérisant pragmatiquement le monde arabo-musulman tel qu’il existe aujourd’hui.
Premier lieu : le bled palestinien où prospecte Blaine Ramsey. Lumière rasante, soleil accablant mais chaleur saine, poussière sur la route. Les habitants n’ont certes pas beaucoup de moyens, mais ils ont l’air de vivre heureux. Peut-être la scène la plus paradisiaque du roman. La force de l’auteur réside dans sa faculté à dépeindre cette atmosphère par petites touches à peine perceptibles finalement, tant l’attention se porte rapidement sur le cauchemar du psychoformeur.
Second lieu : Le Caire. Mégalopole oppressante, terrifiante, moite, grise, sale, où couve l’insurrection civile. Climat troublant. A chaque début de chapitre, on se demande s’il s’agit d’un rêve ou de la réalité. Dans un quartier malfamé où survivent des loqueteux, le pouvoir est entre les mains de jeunes inconscients anti-occidentaux armés, fanatisés par un Djihad qui trouve sa source dans l’humiliation causées par les pays riches et le ventre vide. Le Caire est sur la brèche, une ville border-line, prête à être engloutie par une terre qui va s’ouvrir à la fureur. Les séismes sont nombreux, et les pays surdéveloppés ont averti qu’ils n’offriraient aucune aide humanitaire et financière à la capitale égyptienne. Dans le ciel cairote vole les Mercedes des puissants, stars argentées et politiciens corrompus, vivant tout en haut de tours inaccessibles, et se droguant aux soirées de débauches. Entre les bas-fonds et les tours d’ivoire, Blaine Ramsey rencontre les égyptiens moyens, ceux qui tentent de vivre dignement par le travail et qui s’en remettent à Dieu.
Troisième lieu : un village dans le désert égyptien. Le vent, le sable. Le berceau des origines arabes. Une apparente harmonie dans une ambiance de conte des milles et une nuits cache le carcan de traditions séculaires injustes.
Technologies inquiétantes et pas si souvent utiles, tradition sociale aveuglante et cause de marginalisation, syncrétisme religieux déroutant, Jamil Nasir, américain d’origine palestinienne, tout comme le personnage principal de son roman, prône pour une voie du milieu, refusant à la fois réaction et progressisme aveugle. Agréable surprise, un roman d’anticipation, empruntant tour à tour au cyberpunk et au fantastique finit, aussi désuet cela soit-il, par un rêve magnifiant l’amour. Mais je ne vous en dis pas plus.
Aïn
10:00 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, science-fiction, jamil nasir, la tour des rêves, le caire





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