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13.06.2007
Sacrifice

Au nom de Dieu,
Le Clément,
Le Miséricordieux !
Nous t’accordons le fleuve de l’Abondance.
Prie donc ton maître et sacrifie !
En vérité, c’est celui qui te hait qui restera sans postérité.
Sourate CVIII
L’Abondance
Dans ma petite vie, j’ai rencontré tant de personnes m’ayant affirmé que le sacrifice rituel du mouton qu’impose l’Islam est horrible, immonde, inhumain, inutile. Tuer une pauvre bête qui n’a rien demandé à personne au nom de Dieu. Pire, au nom d’Allah.
Ce sont les mêmes qui vont acheter leur steak haché à l’hypermarché, une viande dans des barquettes en plastique blanc, sous cellophane, sans une goutte de sang. Les mêmes qui se régalent des nuggets au fast-food, ou de poissons panés avec leur purée.
C'est la tradition de notre père Abraham. Hadith
A douze ans, j’ai égorgé mon premier mouton. Ca vous choque ? Tant mieux. C’était l’été, en Algérie, à Tabia. Il faisait chaud. Je m’étais levé à dix heures le matin. Pris un petit déjeuner copieux. Beurre artisanal, pain maison, grand bol de café au lait. Tout en mangeant, je riais à gorge déployée avec mes cousins et cousines. J’avais envie de faire une partie de foot, sous le grand préau à côté de la maison, pieds nus comme un voyou. J’en avertis Mohammed et Ghaouti et nous nous levâmes prestement de table, prêt à en découdre : Algérie – France. L’honneur de ma patrie était en jeu. Moi qui étais loin de ma ville, en exil pour mes vacances, je devais vendre chèrement ma peau contre mes cousins. Qu’un sang impur abreuve nos sillons… Pour aller sous le préau, il fallait traverser un petit terrain vague, fait de terre ocre et de cailloux pointus. Pour mes pieds d’enfant, un sol déjà brûlant si tôt dans la journée. La partie fût engagée. Je me démenais comme un petit diable, imaginant que ce match était filmé et diffusé sur les chaînes nationales. Feintes, dribbles, courses, tirs… France 0, Algérie 4. Quelle honte ! Mes cousins, plus vieux que moi de deux ans – l’ai-je signalé ? – brandissaient la coupe du monde, une couscoussière traditionnelle en terre cuite, et faisaient le tour du stade sous les vivas. La rage au ventre et les pieds endoloris, je les laissais à leur joie puérile et allaient rejoindre mes cousines. Les filles sont tellement plus matures. Je n’avais que faire de rester avec ses gamins qui n’avaient aucun sens de l’hospitalité. Justement, mes cousines ouvraient le lourd portail en fer de la villa. Mon oncle conduisait une camionnette. A l’arrière trois moutons. Avançant son véhicule, mon oncle cria par la fenêtre : Mon fils, va chercher Mohammed et Ghaouti et allez vous ablutionner. Tout de suite. Je ne me le fis pas répéter deux fois et courut avertir mes cousins. Une fois ablutionné, nous rejoignîmes mon oncle qui avait déjà descendu les trois moutons. Nous savions quel était notre devoir. Il nous en avait déjà parlé la semaine précédente. Le coeur battant la chamade, je me portais volontaire pour commencer. Je voulais vite en finir. Mon oncle, boitant de la jambe droite depuis un vieil accident, s'avança vers moi, se pencha et mit sa main gauche sur mon épaule. Dans l'autre main, il tenait un long couteau réfléchissant la lumière du soleil sur mes yeux mouillés. Mon fils, notre religion considère que les êtres humains sont conscients dès lors qu'ils sont pubères. Tu sais ce que tu vas faire, mais en agissant, tu vas connaître. Vérifie bien si la lame du couteau que je te donne n'est pas émoussée. Agis vite et proprement. Coupe l'artère en une fois. Ainsi, la bête souffrira moins si tu ne t'acharnes pas dessus. Vas-y mon fils.
Il me tendit le couteau que je pris d'une main que je voulais sûre. Mes cousines, mes tantes et ma mère étaient près de moi. L'heure n'était plus aux rires. Mes cousins et mon oncle tenaient le mouton à terre. A vrai dire, en m'approchant de celui-ci, je m'aperçus qu'il était calme. Il est dit que les animaux sentent le moment de leur mort arriver, et lui font face calmement. Quant à moi, je débordais d'amour pour cette bête. En avançant vers elle, vingt fois je me suis dit que je ne ferais rien, que je n'immolerais pas. Je ne regardais personne d'autre que la bête. Je m'agenouillais et pris la tête du mouton comme on me l'avait expliqué. Je dis : Mon est intention est de sacrifier ce mouton, les intentions valant plus que les actions comme le dit le hadith. Bismillahi rahmani rahim. Au nom de Dieu clément et miséricordieux. Je n'attendais pas et fit passer d'un coup sec la lame sur la gorge du mouton. Je vis celle-ci s'ouvrir, rouge et liquide. Le sang gicla sur mes mains et mes pieds nus. Je reculais. L'animal s'agitait dans tous les sens, tentait de bêler. Seul un bruit à la fois étouffé et roque sortait de sa gorge, en même tant qu'un liquide gras, épais et sombre. Tiens le mouton avec nous, tiens le. Je m'agrippais à la laine fermement. Les soubresauts ralentissaient. Je sentis la vie quitter l'animal, tout doucement.
Je regardais ma mère. Elle avait les larmes au bord des yeux. Les youyous des femmes retentirent. Mon coeur explosait dans ma poitrine. Je n'avais jamais eu autant conscience de l’existence de ce petit organe.
Il faut manger un tiers, donner un tiers en cadeau et offrir aux pauvres un tiers.Hadith
Le mouton ne bougeait plus. Mon oncle fit une entaille à la base de la patte arrière. Je l'avais déjà vu faire plusieurs fois. Il fallait que j'aille jusqu'au bout. Je mis donc ma bouche contre cette entaille et soufflait dedans aussi fort que je pouvais. Un goût acre de laine et de sang. Le mouton mort se gonflait comme un ballon de baudruche, condition sine qua non pour dépecer proprement l'animal. Une fois l'opération terminée, mon oncle m'aida à porter le mouton pour le suspendre à un crochet prévu à cet effet. Il m'aida à enlever la peau, à nettoyer la carcasse, à assainir la viande. Les viscères furent découpés. Mon oncle m'intima l'ordre d'aller les nettoyer. Je luttais contre mon dégoût profond et l'envie de vomir. Je trempais mes mains dans la merde et le sang. Les effluves nauséabondes montaient des tripes. Plus d'une fois j'ai cru défaillir. Le travail était presque fini. Mon oncle rejoignit mes cousins pour préparer les deux autres sacrifices. Plus tard, les femmes préparaient la viande. Celle qui devait être donner aux voisins, aux pauvres, et celle que l'on allait garder.
Le soir, le méchoui commençait. Les femmes confectionnaient les brochettes. Les enfants se régalaient de bouts de viande dans du pain maison. Moi, je ne pouvais rien ingurgiter.
Avec cette initiation, plus rien ne serait comme avant. Le nécessaire prenait une valeur inestimable. Et comme l’homme est fainéant et oublieux de nature, chaque année, le sacrifice agit comme un rappel, douloureux certes, mais indispensable.
Aïn
21:50 Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : Islam, Sacrifice, religion, Algérie, Tabia





Commentaires
Même pas choquée :)
Merci de rappeler cette hypocrisie.
Il n'y a qu'à voir les reportages sur nos abattoirs français pour comprendre que les bêtes sont tuées sans aucun respect ni compassion et agonisent pendant de longues minutes.
Qu'on le ftue de ses mains ou qu'on l'achète déjà mort, l'animal est un être vivant comme nous.
Ecrit par : Fiso | 16.06.2007
superbe texte !
Ecrit par : brigetoun | 24.06.2007
C'est vraiment gentil de ta part Brigetoun.
Ecrit par : Aïn | 24.06.2007
Perso, cela ne me choque pas vraiment comme la corrida ne m'a jamais dérangée au niveau de la tradition hispanique avec bénédiction des matador (pourtant nombreux sont les antagonistes).
Mais, en tant que citadin, je pense que ce qui me dérangeait un peu, c'était d'observer les abatages dans les appartement de voir des mouton bêler sur les balcon...et surtout l'ignorance par les pouvoirs public qui ne mettait pas en place une politique de mise en place de containers selon les normes d'usage dans une politique de ville cohérente...comme l'enlèvement spécifique des sapins de Noël pour les chrétiens.
Mais les choses ont actuellement HEUREUSEMENT évoluées...Ramassages spéciaux, containers...La solution dans des espaces spécifiques reste plus adéquat, je pense...je pense que la viande est meilleure les jours qui suivent...et on mange les abats au plus frais.
En fait, la coutume est ancestrale et pleine de sens (je pense qu'on peu faire cela avec d'autres animaux...comme un coq...Si on est en petit groupe. (je me trompe ?)
Bref, cette fête soit pour toi pleine de sens...Et ton texte très beau Aïn.
Mario
Ecrit par : Mario Scolas | 28.10.2007
En effet, un sacrifice de mouton dans les appartements, c'est pas très heureux.
Il faut essayer un tant soit peu de s'organiser.
Il faut être conscient de la gêne que l'on peut provoquer dans des espaces restreints, et s'il n'est pas possible de se débrouiller autrement, on peut sacrifier un lapin, une poule... C'est juste une question de bon sens.
Merci pour le compliment sur le texte.
Ecrit par : Aïn | 28.10.2007
Merci de ta réponse,...
Tu sais cette fête, je la connais bien...J'ai en son temps caricaturé cette fête de partage...pour une blague entre amis...Attention c'est une désencyclopédie...
http://desencyclopedie.wikia.com/wiki/A%C3%AFd_el-Kebir
Ecrit par : Mario Scolas | 28.10.2007
Je passer devant le souk de sirocco , je me suis arrêter j'ai regarder j'ai souris les larmes au yeux sans savoir pourquoi mais ensuite je l'ai su, tu n'a pas idée ce que cela me rassure d'entendre une voie qui parle ma langue ; bientôt est mon anniversaire mon voeux et,que mon aînée mon fils et ma douce petite maman, ma fille puissent parler la langue du coeur celle d'être fière de leur foi et des 50% sang Arabe et 50% Quebeco-musulman et ceux en apprenant une arme étrange et invisible celle des mots pour ce défendre et surtout me rassurer que j'aimerais qu'ils soient cultives et parler comme toi avec autant d'aisance de leur foi avec autant d’émotion ;ma meilleur amie et catholique mais préfère prier dans une église protestante mon dernier livre était sur la kabbale qui ma fait découvrir le soufisme parfois je vais a la zawiya de l’ordre Naqshbandi mon cercle sociale ce compte sur le bout des doigts et j’ai du mal a parler de ma foi avec l’émotion que je récents devant mes compatriotes… mais c’est sans importance parles moi de toi, dis moi qui t’as appris … as-tu eu un maître …?
Ecrit par : CoCo | 30.12.2007
Je suis bien content que Sirocco te plaise CoCo.
Mais si tu veux plus me connaître, il faudrait plutôt m'nvoyer un petit mail.
Alors à bientôt j'espère.
Ecrit par : Aïn | 30.12.2007
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