14.05.2009

Tous ne sont pas des monstres

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Souvent, c’est sous forme de roman qu’il faut exprimer la réalité car, parfois, ce n’est qu’en empruntant la passerelle de la fiction que la réalité peut pénétrer dans le monde tangible.
Tout évènement peut-être à la fois un évènement de roman et un évènement de la réalité.
Servir le peuple de Yan Lianke.

Edité chez Baleine, la collection Club Van Helsing crée par Guillaume Lebeau et Xavier Mauméjean reprend la charte qui fit le succès du Poulpe : un auteur différent par volume, mais un univers cohérent imposé. Dans un monde contemporain, les monstres des mythes et légendes prennent chair, et une organisation secrète, Le Club Van Helsing, lutte contre eux.
Quatre textes sont déjà parus. Quatre romans qui définissent les particularités formelles de cette collection. Deux cents pages maximum, des chapitres courts et tendus, de l’action, du roman populaire remis au goût du jour.
Je ne m’attarderai pas sur les Cold Gotha de Guillaume Lebeau et Mastication de Jean-Luc Bizie. Ni sur Question de mort de Johan Heliot, même si des trois, il est celui qui s’en sort le mieux. En revanche j’aimerai attirer votre attention sur le texte fourni par Maud Tabachnik, puisqu’il s’agit sans doute d’une commande, et qui a pour titre Tous ne sont pas des monstres.
Les trois ouvrages premièrement cités s’avéraient être de piètres lectures estivales, quoiqu’il s’agisse assurément de livres à emporter à la plage sans craindre de les salir, à moins d’être comme moi, regardant sur les prix des romans lorsque ceux-ci sont mauvais (10 €, bon sang). Bref, après avoir plus que soupé des textes de série z, croisement terrible entre un feuilleton de Buffy et les vampires et un autre de Charmed, je m’efforçais de lire le quatrième des derniers ouvrages parus, pensant à raison que l’auteur, plutôt habitué à écrire du polar, s’éloignerait du style initié par Lebeau, Bizie et Heliot.

- Qu'ont-ils de plus ?
- L'espoir, répondit l'autre, la jeunesse, l'acculturation, la haine.
- Deux qualités, deux défauts ! En quoi cela leur donne-t-il l'avantage ?
- Nous avons la routine, le confort, l'apathie, la peur. Que des défauts.

Ce n’est pas les émeutes de 2005, mais ça y ressemble terriblement. Les banlieusards font la loi. Ils se révoltent dans leur cité et ébranlent la France dans ses fondements même. C’est l’Islam des caves, celui propagé par les groupuscules fondamentalistes et terroristes infiltrés dans ces zones de non-droit, qui est à la cause de cette rébellion. Le mouvement (des fanatiques menant un flot de jeunes en survêtement de sport, barbes et couvre-chefs islamique) s’étend et les barricades encerclent les grandes villes. L’Etat hésite entre répression et dialogue, et finalement se conforte dans un mutisme démocratique, celui que Dantec aime à fustiger. Mais le pire est à venir, puisque les imams projettent de libérer un djinn maléfique qui les aidera à mener à bien le Djihad contre l’Occident.

Deux mondes s’opposent. Celui des islamistes prônant violences, mariages arrangés, crimes d’honneur, polygamie et conversion des mécréants, et celui de notre France, république laïque ayant perdu le goût du combat au profit du confort ouaté. La difficulté pour Tabachnik réside à éviter le manichéisme facile, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’à la lecture des premiers chapitres rapides, tendus et haletants, la romancière ne s’en préoccupe guère. Ferait-elle son coming-out de combattante dans la troisième guerre mondiale contre l’Islam avouant sa passion pour la lecture des Fallaci, Bat Ye’or et consorts ? Le Coran serait-il le cœur violent d’une religion totalitariste ? Heureusement pour mes nerfs, l’auteur se détourne de cette position par une simple phrase qui, je l’espère, n’est pas seulement une simple soupape de sécurité demandée par l’éditeur, histoire de prévenir d’éventuelles fatwas. Une entrevue avec la romancière à la journée du livre de Sablet a malheureusement contredit cette dernière supposition.

 

Il était temps que les Français de toutes origines reprennent le chemin de la confiance. Les immigrés vivant dans les pays européens craignirent l'amalgame entre eux et les fanatiques venus de l'extérieur et réclamèrent haut et fort que l'on combatte le terrorisme. Sentant une nouvelle détermination des pays confrontés à la terreur dans les instances internationales, ils osèrent prendre la parole pour la première fois et se désolidariser de leurs coreligionnaires qui détournaient le sens du Coran.

Le juif Nathan, intellectuel aimé par sa communauté, voit avec inquiétude la montée de la violence. Un peu contre son gré, il se rend dans le cimetière juif de Prague, et devant une ancienne sépulture, débute une rencontre surnaturelle avec le Rabbi Low, le créateur du premier Golem, être artificiel fait d’argile, animé momentanément de vie par l’inscription sur son front du terme emeth, signifiant en hébreu vie. Ce Golem, comme le raconte la légende, fut donc conçu à l’époque pour sauver la communauté juive du ghetto contre les trop nombreux pogroms du XVIIème s. Selon le roman, les juifs n’auraient pas voulu l’invoquer lors des crimes de la seconde guerre mondiale. Mais devant l’intraitable fanatisme des musulmans des banlieues aussi dangereux que le nazisme, Nathan se devait de posséder un Golem, une force de vie capable de s’opposer au Djinn maléfique. Le roman laisse apparaître que l’appel aux forces des légendes hébraïques est la seule issue pour sauver le peuple, la France, le monde. Ce Golem est sensé être docile, mais dispose d’un inconvénient, il grandit bien trop vite, jusqu’à atteindre une taille qui le rend incontrôlable. La seule façon de le neutraliser consiste à effacer une lettre de l’inscription sur son front, le mot formé serait ainsi meth, soit la mort.

 

En résumé, des hordes de jeunes fils d’immigrés arabes des banlieues sont fanatisés, font vaciller les bases de notre pays, et la sagesse juive est la seule solution permettant de neutraliser et dissoudre le nihilisme islamiste. La valise est pleine. Malgré la sympathie que j’éprouve pour la religion de Moïse, et même pour Israël (étonnant pour une personne de confession musulmane, n’est ce pas ?), il semble que Maud Tabachnik jette inutilement beaucoup trop d’huile sur le feu et n’évite finalement pas un manichéisme qui rend cet ouvrage caricatural. Ceci est d’autant plus dommageable que la forme est disgracieuse. Les prologues et épilogues sont de vaines tentatives pour encrer bien maladroitement le roman dans la charte du Club Van Helsing. Enfin l’auteur a du mal a maîtriser le style fantastique. Elle se perd complètement, et nous avec, dans les épisodes pourtant charnières sensés contenir du surnaturel.

La collection Club Van Helsing démarre sa carrière de manière bien médiocre. Il faut tout de même lui souhaiter un meilleur avenir. Philip Le Roy, Pierre Pelot, Pierre Grimbert et Catherine Dufour seront les prochains auteurs du CVH. Espérons qu’ils relèveront le niveau.


Aïn

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