14.05.2009

Cours,Bong-Gu

57960969eb4eea38ddfd93356e464d44.jpgEn apparence, Cours, Bong-Gu de Byun Byung Jun est un manhwa bien léger. La lenteur et l’absence d’action contribue au manque d’épaisseur de ce one-shot. Un récit manquant de singularité, des personnages manquant de profondeurs et auxquels on ne peut vraiment s’attacher.

Seul le dessin me donnait l’envie de relire ce petit livre : un graphisme étrange, flou et finalement très poétique. Cette première double page surtout est impressionnante, une mégalopole aux traits inégaux, aux contours brumeux. Une ville morte qui ne laisse pas de place à la particularité, au lien.

L’histoire de Cours, Bong-Gu est des plus ordinaires : une jeune mère et son fils quittent la campagne de leur île pour se rendre dans la grande Séoul à la recherche d’un père qui ne donne plus signe de vie. Pendant que sa mère s’isole dans une cabine téléphonique, le petit Bong-Gu s’étonne qu’une fille de son âge fasse les poubelles. Cette dernière est-elle la petite fille d’un vieil homme qui mendiait dans le métro qu’avait pris Bong-Gu et sa mère ? Entre les quatre personnages se nouent un lien fragile mais réel : ainsi partagent-ils des beignets dans la rue, sauvent un oiseau et vont ensemble à la recherche du père perdu.

Comme dans l’œuvre d’Edward Hopper, ce manwha met en exergue l’aliénation de l’homme moderne : individualisme forcené, la perte de repère, l’enfermement volontaire dans un espace clos, l’absence de communication, la peur de l’autre, la routine, le manque d’émotion et de compassion… Lors des six premières pages, Bong-Gu et sa mère se trouve dans le métro et assiste à ce nihilisme brutal et pourtant silencieux. Personne ne parle. Un vieillard mendie, un homme s’écroule en toussant et personne ne réagit. A la sortie du métro, les campagnards médusés évoluent au milieu de personnes marchant à vive allure, identiques, inidentifiables. La première véritable phrase sortira de la bouche d’un Bong-gu abasourdi : C’est là qu’il habite papa ? Sa mère lui indique, quel étonnement pour l’innocence d’un enfant, qu’elle va parler au père de celui-ci par téléphone.

De la même manière que le film Millenium Mambo de Hou Hsian-hsien, les quatre personnages revivent à travers le partage de moments aussi sacrés qu’un repas, de simples paroles, et un retour dans l'île, dans la campagne, près des valeurs sûres et traditionnelles. Le terme est sans cesse galvauder aujourd’hui, mais malgré cela, il faut souligner que Cours, Bong-Gu est une œuvre réactionnaire, une œuvre qui prône au retour des sources humaines. Mais attention, Byun Byung Jun aime profondément ces personnages perdus dans la ville. Aucune accusation n’est portée, aucune militantisme violent et haineux à l’égard du conformisme de ses  contemporains. Mais plutôt de la compassion, tout comme celle que l’auteur porte pour ce père noyé dans les vicissitudes d’un monde moderne impitoyable oubliant inconsciemment sa femme et son fils. Le monde des adultes. Retrouver la fraicheur de notre enfance est une des exhortations de Byun Byung Jun.

Aïn

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