14.05.2009
Seffa et Ramadan

Le mois de Ramadan au cours duquel le Coran a été prodigué comme guide pour les gens, et preuves claires de la bonne direction et du discernement. Donc quiconque d'entre vous est présent en ce mois, qu'il jeûne !
Coran 2:183
J’ai commencé à pratiquer le jeûne du mois de Ramadan très tôt, à peine entré au collège. Dans l’école chrétienne que je fréquentais depuis la maternelle, j’étais le seul musulman. De relever ce défi seul dans l’enceinte scolaire me plaisait bien. Bon, d’accord, je ne jeûnais que les jours où je n’avais pas classe, les mercredi, samedi et dimanche. Mais je me sentais fort tout de même. Je me rappelle avoir vécu un mois de Ramadan l’été. C’était, il faut l’avouer, terrible. Mais pas pour les raisons que vous pouvez imaginer ! Presque tous les jours, je partais de chez mes parents en vélo voir mon meilleur ami à Entraigues, à quatre kilomètres de la maison familiale. Les journées étaient longues, chaudes et pleines d’amusement. Nous jouions au ballon, au tennis, avec le chien, nous nous baladions dans la campagne… rien que de très commun aux enfants de cet âge là. Je ne souffrais ni de la soif, ni de la faim. Mais à vrai dire, à l’heure du goûter, lorsque mes compagnons se régalaient de carrés de chocolat et de bon pain, je salivais. J’avais la permission de dix-neuf heures, et donc, à cette heure-là, je reprenais ma bicyclette et parcourais mes quatre kilomètres pour le retour. J’avais tout le temps de repenser à ce chocolat qui excitait ma gourmandise. J’avais le temps d’y rêver. La route était d’autant plus longue que les montées étaient raides. Arrivé à la maison, il fallait attendre longtemps pour pouvoir croquer dans du chocolat, la nuit survenant tard l’été.
Deux ou trois années plus tard, briser l’interdit me fascinait. Mais je n’osais sauter le pas. Un dimanche, je sortais mon petit frère voir la fête foraine. Le temps était gris et il n’y avait personne. Mais à ce moment précis, je rêvais de m’offrir quelque chose que je n’avais jamais manger, quelque chose de tellement bon et riche, si contraire à l’ascétisme prôné les jours de Ramadan : une gaufre au chocolat. M’approchant d’un vendeur, je lui en commandai une. Mon petit frère me regardait bizarrement. J’avais peur. Le commerçant remarquait-il que j’allais pêcher avec plaisir ? Une fois la gaufre dans la main, je la partageais avec mon frère. Nous la mangeâmes rapidement, effrayés. Une fois ingurgitée la friandise, je ne voulais pas rester plus longuement sur les lieux du crime. Nous rentrâmes au domicile. Et sur le chemin du retour, j’expliquai plusieurs fois à mon jeune frère qu’il ne fallait rien dire à maman de ce que nous avions fait. Arrivé à l’appartement, notre mère fût surprise, car nous n’étions pas sortis longtemps. Elle nous demanda quelles avaient été nos occupations en centre-ville, et bien sûr, mon frère lui dit tranquillement, les mains en l’air : on a rien mangé ! Ce qui, à mon plus grand étonnement, fit rire aux éclats ma mère. Elle nous suggéra alors d’aller manger tout de suite si nous le désirions. Mais nous n’y tenions pas.
Notre mère ne nous avait pas puni. J’étais complètement désorienté. Ainsi, je n’avais de compte à rendre qu’à moi-même. Une véritable révélation.
Lors de la rupture du jeûne, nous mangeons toutes sortes de plats traditionnels : chorba à la semoule et à la menthe poivrée, bourek à la viande et au citron, tajine de veau aux haricots verts, les briouates au saumon... et bien sûr les gâteaux arabes, corne de gazelle, samsa, makrout et autres gréouche. Mais le plat que je préfère est le seffa.
Dans la nuit, vers trois heures du matin, notre mère se lève et va réchauffer la semoule qu’elle a préparé dans la journée. Elle nous réveille en criant : Allez, debout là-dedans. (la douceur n’a jamais été son fort, et rien que d’y penser, ça me donne envie de rire). Mon frère et moi, nous nous levons rapidement. Dans le couloir qui mène à la cuisine, mon père avance en titubant, les cheveux hirsutes. Sur la table nous attends des assiettes remplies de seffa, le couscous sucré à la cannelle. Ce repas partagé dans la nuit, n’est pas gratuit au niveau spirituel. Il s’agit encore d’un effort à faire, se lever et invoquer à cette heure : j’ai l’intention de jeûner le mois de Ramadan par foi en Allah.
Dans ce couscous, en plus de la semoule, du sucre et de la cannelle, notre mère nous rajoute quand elle peut des raisins de Corinthe, des amandes grillées, des dattes. Elle nous prépare soit du bon thé à la menthe, soit du café parfumé ou encore du elben, du petit lait caillé. Un délice dont aujourd’hui encore je ne peux me passer, ma méditerranéene de mère me préparant des plats à emporter.
Aïn
17:42 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : islam, ramadan, spiritualité, enfance, cuisine, couscous, seffa





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