14.05.2009

Un monde formidable

Nous avons beau jeu de nous plaindre de la vie folle que nous menons ici : metro-boulot-dodo, le stress dû au travail, la course à la réussite, l’éviction du rêve au profit d'un réalisme mercantile… Mais comparé au Japon, nous faisons figure de petits joueurs. Les habitants de cet archipel volcanique ne ménagent pas leur peine pour faire de leur pays la seconde puissance mondiale. En raison de l’article 9 de sa Constitution, issue de la défaite dans la guerre du Pacifique face aux Etats-Unis et autres Alliés qui a conduit la suppression de l’armée impériale japonaise, le Japon renonce à jamais à la guerre en tant que droit souverain de la nation.

Qu’à cela ne tienne, si Nippon ne peut devenir un grand pays grâce à ses armées, elle le sera grâce à ses ouvriers et ses cadres. Dans le pays de l’excellence et du pragmatisme, le travail est roi. Les heures passées au labeur ne sont pas comptées, les sacrifices vont au-delà de ce qui est humainement possible. Les étudiants s’octroient des heures de cours particuliers jusqu’à 22 heures, les cadres sortant tard du bureau vont noyer leur chagrin dans l’alcool et les plaisirs du karaoké. Fin mai 2007, Toshikatsu Matsuoka, 62 ans, ministre de l’Agriculture, s’est pendu dans son appartement avant une audition au Parlement, mettant la lumière, encore une fois, sur la maladie de ce pays. Selon les chiffres de l’OMS, 32 500 japonais ont mis fin à leur jour en 2005, soit le deuxième taux de suicide le plus élevé des pays industrialisés. Yasuyuki Shimizu, spécialiste et représentant de l’association Life Link, définit le suicide au Japon comme un acte auquel une personne est contrainte par des pressions économiques ou sociales, plus qu'une décision personnelle prise par un sujet psychologiquement faible.

73ae5266ef145e7f0c0fba8af4ded28f.jpg8cdc6ef660bfcf1e2cf7d4b41431b249.jpgLe one-shot Un monde formidable, publié en deux parties par l’éditeur Kana, met en scène le quotidien de gens ordinaires à travers de courtes scénettes liées les unes aux autres par des personnages tenant des rôles tantôt principaux, tantôt secondaires voire simple figurants. Réussir ses examens ou entamer une carrière musicale, fuir les yakuzas de son propre clan après les avoir volés, vivre de ses photos ou reprendre la poissonnerie de son père : Inio Asano nous montre dans son manga des hommes et des femmes, jeunes ou vieux, en rupture avec la société, en proie au doute : doivent-ils suivrent la voie imposée par la société, où celle de leurs rêves ? Derrière cette question, encore une fois se pose le problème de l’aliénation de l’homme moderne. 

 

 

 

 

 

Aïn

Ecrire un commentaire