14.05.2009

Un conte comme une graine

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Marguerite Taos Amrouche la Kabyle.

Le conte est un don, une richesse que l’on offre à ceux qui l’écoutent.

Il est désormais loin le temps où l’on prenait du plaisir à se parler. Il est désormais loin le temps des veillées.

Encore une fois, triste constat que cette aliénation de l’homme moderne.

Marguerite Taos Amrouche nous donne à voir, à travers le recueil Le grain magique publié en 1966, la majesté des contes, poèmes et proverbes kabyles. Le détail géographique a son importance, car il ne s’agit en aucun cas des contes orientaux du même type que ceux magnifiés par Les mille et une nuits. Le particularisme des berbères d’Algérie est mis en exergue dans cet ouvrage que nous livre en français la sœur de l’écrivain Jean Amrouche. Il fallut bien les coucher sur papier ces histoires qui se perdaient petit à petit. Il fallut bien fixer sur parchemin ces récits de la tradition orale. Il fallut bien utiliser la langue du colonisateur pour donner une chance à ces contes d’être lus par plusieurs.

Entre quelques brèves pages de proverbes, d'expressions populaires, de chants religieux, satiriques, et amoureux se succèdent vingt trois contes classiques de l’est algérien : l’épopée d’Aicha-cendrinette et sa rencontre avec le chat Moche, l’histoire de la princesse Soumicha, celle des chevaux d’éclairs et de vent, le triste récit de celle qui fut égorgée par sa mère, mangée par son père et dont la sœur rassembla les os, et bien sûr les mésaventures de l’ogresse Tseriel, omniprésente, et de sa fille Loundja.

Celle qui initia l’auteur à cette tradition orale, sa mère Fadhma Aït Amrouche, connut une enfance difficile. Fille illégitime d’une mère veuve déshéritée bien plus tôt par sa famille, elle connut la méchanceté et la violence des villageois. Très vite, elle perçut différemment les fables de sa région. Malgré le merveilleux et le fantastique, dans les contes de Marguerite Taos perce encore cette douleur tragique de la mère qui donne une force particulière à ces contes qui nous sont rapportés.

Mon conte est comme un ruisseau, je l’ai confié à des seigneurs.

Voici comment chacune de ces histoires finissent, témoignant que le conte doit passer en nous comme un ruisseau, nous enchantant pour toujours, et poursuivre sa course de bouche en bouche et d’âme en âme, jusqu’à la fin des temps.

Aïn

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