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15.10.2007
1- Vie et mort du Roots Rock Reggae : une biographie de Jacob Miller
Les nuages sont lourds et le ciel vire au mauve. Le vent des océans souffle sur la multitude verte des calebassiers, bananiers sauvages, cacaoyers, campêchers et toute cette flore aux couleurs vives qui fait de ce lieu un paradis perdu.
Un éclair zèbre l'horizon menaçant et le tonnerre ne tarde pas à gronder, tremblement caverneux dont les vallons répercutent l'écho. Dans les collines luxuriantes de Mandeville, en plein coeur de la Jamaïque, se dresse un hameau de frêles cahutes en bois et tôles de fer ondulées. Le 4 mai 1955, dans une de ces petites cabanes, Joan Hashman donne naissance aux forceps à un bébé de cinq kilos, un garçon et déjà, une force de la nature. Sa mère, sa soeur et une de ses nièces prêtent mains fortes au Docteur Marshall pendant l'accouchement terrible. Joan prit son fils dans ses bras et pleura de tristesse, en même temps que la pluie frappait violemment la modeste demeure. Elle sera seule à élever son fils Jacob, le père de celui-ci, Desmond Elliott, étant parti peu de temps avant la naissance de son rejeton tenter une carrière de chanteur en Angleterre, sous le pseudonyme de Sidney Elliott. Il ne reviendra jamais dans son pays. Joan était une jeune fille frêle. Comment-a t'elle pu donner naissance à un enfant aussi fort et gras ? D'aucuns disent qu'il se serait nourri de toute la douleur de sa mère.
Jacob connaîtra l'insouciance de l'enfance dans les vallées fertiles de la Xamaica, aux côtés de ses amis nombreux. Il jouira de la richesse de ces terres, et apprendra le bénéfice que l'on peut en tirer à force de patience et de travail. Il n'était pas très grand, mais en imposait par son poids, sa puissance et son caractère de voyou. Il était déjà un meneur. Il aimait par dessus tout profiter de la vie. S'amuser, manger et surtout rire. L'école ne l'intéressait pas. De cette époque lui vient les deux surnoms qui le suivront toute sa vie : The killer, le tueur, et The jester, le plaisantin.
Malheureusement, Joan, femme seule et montrée du doigt par les autres parce que mère d'un garçon illégitime, ne pourra subvenir à l'éducation de son fils. Et comme ça se faisait souvent à l'époque, Jacob sera envoyé chez ses grands-parents, à Kingston. Il avait huit ans. Il traîne alors sa douleur d'être loin de sa mère à Rousseau Road, dans les quartiers de classes moyennes. Il fréquente avec ennui l'école Melrose et s'immerge souvent dans le monde de la cité voisine, l'une des plus pauvres de la capitale : Trenchtown.
L'année précédente, en 1962, l'île connut son indépendance. Et ce qui rassemblait par dessus tout le peuple était la musique. Jacob Miller était de ceux là. Le ska le faisait vibrer, et dès qu'il le pouvait, il écourtait ses cours pour errer dans les studios de la ville et écouter ses idoles Bob Andy, Ken Boothe, Alton Ellis...
Avec ses amis d'alors et surtout Al Campbell, il vivait de riddim, uniquement, mortifiant d'inquiétude ses grands parents. Dans les rues malfamées de Trenchtown, sa bande se rassemblait dans un gully, et avec des insruments de fortune audacieux, ils chantaient à tue-tête les morceaux fameux de l'époque.
You’re no good par Ken Boothe
L'Afrique, l'influence des Eglises, des USA et la misère s'accentuant, la Jamaïque ne vit que de musique. De partout à Kingston, des vans peinturlurés, garés au bord des routes, crachent au travers de vieux hauts-parleurs un ska sautillant. Nombreux sont les personnes qui s'arrêtent devant en plein jour pour danser.
Aïn

Alton Ellis, Ken Boothe and the Soul Vendors, Circa 1967.
12:25 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Reggae, musique, Jacob Miller, Jamaïque, Ken Boothe, You're no good, ska






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