14.05.2009
Palestine par Hubert Haddad

Certains de mes coreligionnaires me reprochent ma sympathie pour le peuple juif ou pour le judaïsme en tant que Tradition. Ils n'hésitent pas à me toiser lorsque je leur confie que j'exècre les manigances politiques du Hamas, du Fatah (à l'époque, celles de Yasser Arafat), du Hezbollah... tout autant que les excès des tenants d'un sionisme radical. Ils me détestent même lorsque j'oppose à leur anti-judéité les versets du Coran qui attestent la valeur des religions du Livre.
Sans doute, une grande partie de ceux qui ont lu Palestine d'Hubert Haddad doivent blâmer l'auteur pour les mêmes raisons. Il est fort possible qu’il soit accuser de cette forfaiture moderne qu’est la haine de soi, une condamnation unilatérale faite par les juifs envers l’un des leurs, pour peu que ce dernier émette un doute, soulève des questions sur le judaïsme, le sionisme, Israël (Avraham Burg, Edgar Morin, Théo Klein, Levy-Leblond, Jonathan Littell, Esther Benbassa, Rony Brauman, Etienne Balibar, Alain Badiou, Amos Ghitai…). Ainsi vont les raidissements communautaires. Impossible de soumettre à débat les composantes identitaires, les idéologies sacrés ou profanes, tant l’époque se refuse à la nuance et au respect de l’autre dans sa différence ou même, et c’est bien plus terrible, dans sa ressemblance.
Hubert Haddad, qui se définit lui-même comme juif arabe – et qu’en est-il de son identité française ? – prend donc ce risque de se retrouver marginalisé par les siens. Et comment pourrait-il en être autrement lorsque nous lisons son roman ? Cham, un jeune soldat de Tsahal, se fait kidnapper par un groupe de palestinien maladroit non affilié au Hamas ou au Fatah, puis est accueilli par une mère aveugle, veuve, et soigné par sa jeune fille, Falastin. Etrangement, cet homme dont on se demande si elles savent qu’il est israélien, ressemble fortement au frère disparu de Falastin. Voici donc que pour sa sécurité, Cham est appelé Nessim. A-il lui-même vraiment oublié qui il était, ou prend-il fait et cause pour ce peuple d’adoption ? Cham/Nessim finira, triste et fataliste, par se retrouver en Israël, une bombe prête à exploser sous le manteau.
Lorsque l’on connaît ses origines, on ne peut que rester pantois devant l’audace, le courage d’ Hubert Haddad. Etonnante aussi cette volonté de mettre en avant la douleur des peuples, tout en stigmatisant les factions politiques des deux pays et l’aliénation que cause depuis si longtemps cette opposition fratricide. Au-delà encore, donnant de la force au sujet plus que tout autre niveau de compréhension cependant déjà fort subtil, le style de l’auteur illumine le roman. Dans une écriture habitée, poésie et sens du tragique se mêlent pour évoquer des personnes, des lieues, des sentiments, provoquant je l’avoue, une émotion que je n’ai que très rarement éprouvé. Immanquablement, je pense à cette (tentative de) définition du style donnée par Bruno Gaultier : pas une qualité qui ne serait que de l’auteur, ni du texte et de rien d’autre, mais bien ce jeu, ce tissu de relations multiples entre mots du texte, corps et esprit du lecteur. (Je vous recommande d'ailleurs de lire attentivement l'excellente note du Systar, sans doute le meilleur texte que j'ai lu à propos de La Horde du Contrevent)
Oserais-je penser que Palestine serait susceptible de toucher d’autres lecteurs ? Et comment vous prouver cette universalité que je sens sous-jacente ?
Je pourrais dire que c’est à la fois LE roman de la rentrée littéraire, un livre époustouflant à ne rater sous aucun prétexte, ce qui se fait certainement de mieux en littérature française aujourd'hui... Je pourrais vous rabattre toutes ces sottises bavardes des chroniques journalistiques et vous auriez bien tort de me croire sur parole. C'est pour cela que je vais tenter, si le temps me le permet, de vous proposer une analyse linéaire, ou tout du moins une suite de notes et d'observations suivant l'ordre chronologique de ce roman, et montrer (de manière pertinente je l'espère) en quoi le roman d'Hubert Haddad est admirable plutôt que de me contenter de le proclamer.
Aïn
15:09 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : palestine, hubert haddad, littérature, style, israel, islam, judaisme




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