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29.12.2007
Fès l'Andalouse

La pluie fraîche et drue qui s’était abattue sur Séville donnait une couleur éclatante à la flore agencée des jardins de l’Alcazar de los Reyes. Il fallut s’asseoir sur un banc pour ne pas défaillir. Défaillir avec le sourire. Le soleil revenu, l’eau qui désormais s’évaporait, emportait avec elle les fragrances exsudant des citronniers et des orangers en fleur, des jasmins et des roses rouges et jaunes. Un tourbillon d’odeur entêtant. Rajoutant à ce malaise de bienheureux, un ébahissement d’enfant devant la beauté du lieu, et cette reconnaissance éternelle que nous devons aux espagnols d’avoir conserver les vestiges d’un passé arabe.
De ce périple en Andalousie, un mois d’avril d’une année déjà trop lointaine, je garde ce sentiment d’émerveillement continuel. Les andalous ont du rire en me voyant sans cesse bouche bée. Quelle fierté ils doivent tirer d’appartenir à ce peuple riche de son histoire et de sa culture ! Et quel respect j’ai pour ces gens qui assument ce qu’ils sont.
Pèlerinage sacré sur les bords du Guadalquivir, les maisons de Maimon ou d’Ibn Arabi et la Mezquita de Cordoue, ville où Roger Garaudy a laissé, à mon plus grand étonnement, une trace forte. L’Alhambra bien sûr à Grenade, et l’Albaicin blanc et gitan. Les stucs, les arabesques, les calligraphies, les frises et les zelliges. La majesté des paysages de la Sierra Nevada. Cette chance aussi d’avoir vécu ces moments de grande ferveur que représentent dans toute l’Espagne, mais surtout dans ce Sud profond, les processions de la Semana Santa. Rarement je n’ai été autant touché dans ce que j’ai de plus intime, mon cœur, par la foi sincère de chrétiens. Si j’étais catholique, j’aurais aimé vivre sur la terre qui a vu naître Sénèque, Ibn Rushd, Velasquez, Garcia Lorca, Camaron de la Isla, Picasso et Antonio Banderas.
Sans avoir visité la région, j’éprouvais déjà une sorte de nostalgie. Quelque chose comme le bruissement que provoque dans notre for intérieur la pensée d’un rêve impossible. C’est ridicule n’est-ce pas. L’Espagne n’est pas très éloignée de la Provence et s’y rendre est certainement très facile. Je craignais tout simplement d’être déçu par une Andalousie qui, bien sûr, n’existait que grâce à mes lectures et mon imagination. Un simple fantasme dont on se demande s’il faut l'assouvir. Une fois sur place, je ne fus pas déçu. La magie opérait.
Déjà dans le train du retour pour Avignon, je ressentis une véritable mélancolie. Cette fois-ci concrète. Je finissais le livre emporté lors du voyage, et le Don Quichotte de Cervantès prenait tout son ampleur. Je tentais d’apprendre l’espagnol, aventure de courte durée. Hélas, la musique, les films, les bouquins, les photos, internet… Rien n’y fit. Quelque chose me manquait, tout simplement, comme une personne que l’on aime peut nous manquer. Une légère douleur lancinante et si profondément intense, quotidienne. Dès lors s’empare de nous le sentiment que nous ne sommes pas à notre place et que nous perdons notre temps.

Quelques temps passèrent et, un mois de février, sur une felouque zigzagant dans les eaux tranquilles du Nil, je goûtais à la voluptueuse ambiance d’un pays à la fois africain et pourtant si moyen-oriental. Loin de moi la volonté d’ignorer les malheurs de ce pays, la misère, la dictature officieuse, les relents fanatiques. Malgré cela, il m’est impossible de ne pas vous raconter les sourires, les mains serrées chaleureusement, Gurna et la Vallée des Rois, l’inévitable Karnak, Philae bien sûr et autre Kom Ombo. Et puis le karkade, le café à la cardamome, les fruits, les plats de fèves partagés avec Ali et Mohammed, les pains cuits dans le sable, et la vision inouï, dès le lever du soleil, de majestueux bédouins priant dans l’immensité du Désert Blanc. Une grande semaine partagée avec des amis devenus chers à mon cœur. Et un pays, une fois quitté, qui rajoute encore à ce manque d’Orient lorsque je suis de retour chez moi.

Il y a peu, à la mi-novembre exactement, profitant de l’ouverture de l’espace aérien, je m’envolais vers Fès. Satisfait d'avoir dépensé si peu d’argent pour le billet d’avion, je comptais m’offrir, en bon touriste européen, une somptueuse chambre dans un Riyad enchanteur de la fameuse Medina. Malheureusement, c’était toujours trop cher pour moi. Malheureusement ou heureusement, car cela m’obligea à chercher et encore chercher, de France, un logement agréable et traditionnel. Avec un peu de chance et beaucoup d’abnégation, je trouvais mon bonheur dans un petit bled à 30 km de Fès, à Séfrou exactement. Un français, professeur de sport à Mekhnès, nous a accueilli dans son délicieux dar berbéro-juif qu’il finit de retaper, tout doucement. J’étais ravi de me trouver dans un village au pied du Moyen-Atlas, résidant qui plus dans cette petite Medina extrêmement vivante, où les Sefraouis s’activent du lever du jour jusqu’à tard le soir. A 22 heures encore, il m’arrivait de sortir avec l’envie de me perdre dans ces petites rues, au milieu d’étals impressionnants de légumes, de fruits, de viandes...

En Andalousie me manquait juste le style de vie de ce fameux âge d’or, et surtout la langue arabe. Et bien à Séfrou, et encore plus à Fès, je fus servis. Rien d’étonnant à retrouver cette ambiance dans la troisième plus grande ville du Maroc, puisque la plupart des derniers andalous se sont réfugiés dans cette région, et ce jusqu’à Tlemcen.
Quelle Medina ! Quasiment inchangée depuis le XIIème siècle et certes importunée par quelques touristes à grands sabots, mais il est très aisé de se perdre dans les venelles exotiques, une fois les deux artères principales délaissées. Les mosquées bien sûr, les Riyads perdus évidemment, les madrassas, et encore les stucs, les frises, les zelliges, les moucharabiehs, les fondouks, les ânes et les mulets, les gentils commerçants qui ne cessent d’accoster, les petites portes et celles majestueuses, et tous ses artisans qui travaillent d’arrache-pied. A regarder les minarets et les auvents en bois, la Mosquée Quaraouiyine et toutes les autres, je ne cessais de me dire que les anciens étaient tout de même très fort. Quelle ne fut pas ma surprise de voir, dans certains souks, de jeunes apprentis travailler le bois, comme à l’époque.
Encore une fois, il ne s’agit pas d'ignorer la pauvreté des marocains, la corruption ahurissante, l’hypocrisie quant à l’alcool et même au kif dans un pays gouverné par un descendant du Prophète, sans doute l’un des hommes les plus riches au monde. Mais cependant, il y a la douceur, la gentillesse, les sourires, la vie, les odeurs, les lieux, jusqu’à l’air que l'on respire. Et puis les taxis fous à sept dans une Mercédès des années 80, les milwis, les thés à la menthe, le sebsi, les keftas, les 504, les gandouras, les femmes souveraines, les mandarines, les veillées, l’appel à la prière, les balades dans la campagne, dans les souks berbères, à 1000 m d’ altitude…
Naturellement, à l’exception faite des traces de modernité, Fès doit sans doute ressembler à ce qu’était Cordoue à une certaine époque, et rien qu’en écrivant cela, je me sens redevenir nostalgique.
Cependant je le sais, il est certain qu’entre cette ville et moi, il va se passer encore pas mal de choses.

18:40 Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : Maroc, Séfrou, Fés, Egypte, Andalousie, voyages
14.12.2007
Chékib Bidochon
Voilà ça va mieux ! On va reprendre le fil. Donc, le temps d’un paragraphe, j’ai enfilé mon plus beau béret contestataire, une grande tradition française. Je me sens comme un Bidochon. Faut-il vous l’avouer, je n’ai jamais osé lire les bandes dessinées de Christian Binet. J’avais sans doute, jusqu’à présent, une trop haute estime de moi-même. Fluide Glacial, c’était beauf. Il faut croire qu’en prenant de l’âge, je perds un certain idéal, puisqu’il y a peu, j’ai lu la totalité des Bidochon. Dix huit albums. Et je l’avoue honteusement, j’ai ri. J’ai aimé. Certes, les opus sont de qualités inégales, mais le niveau est très bon. C’est du lourd, du gras et tout ça dans la finesse, il faut le faire. Comment ne pas se reconnaître dans ce gars là lorsqu’on est un français moyen.

Je ne m’étais pas autant amusé à lire une BD aux toilettes (je suis un gros beauf et j’assume !) depuis deux albums de Ralf Konig, un auteur légèrement plus branchouille. Comme des lapins m’a fait hurler de rire. Et Djinn Djinn T.1 également. Les personnages de l’auteur allemand ont un cerveau à la place des testicules. Ils passent leurs temps à analyser leurs pulsions, à disserter sur le lien de causalité qui unit sentiment et désir, à peser le pour et le contre de tout événement amoureux. Bref, ils ont l'érection métaphysique ! Associant le sens de l'humour au talent graphique, Ralph König est un auteur de bande dessinée incontournable et talentueux !

Autres tranches de bonheur stupide, Les aventures de Jean-Claude Tergal par Tronchet, un looser sympathique et pathétique, éternel malheureux en amour et surtout en sexe. J’ai su assez tard que l’auteur était un des tauliers de Fluide Glacial. Si j’avais su !

Enfin, dans un tout autre style, j’ai pris du bon temps à lire Rupert K. des frères Laporte. Un gamin du genre de Kid Paddle, mais en plus obscure, amateur de télévision, de Gameboy et de sculpture en os de poulet, meublant sa splendide solitude en s’attaquant à ses propres records mondiaux de jeux vidéo ou en se construisant une chaise électrique.
Alors voilà ! Désormais, vous avez de quoi lutter contre la sinistrose ambiante. Faites comme moi, assumez votre côté vieille France.
Aïn
22:47 Publié dans lecture au jour le jour | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : bande déssinée, Les Bidochon, Jean-Claude Tergal, Rupert K., Ralph Konig
13.12.2007
Résurrection
Entre voyages, rencontres agréables, labeur diurne et nocturne, fatigues récurrentes et fainéantise 100 % provençale, ce blog a délaissé ses quelques lecteurs que je remercie d’ailleurs pour leur fidélité.
Néanmoins quelques textes sont prêts et n’attendent que mon feu vert pour être publiés. Internet étant un média de l’instantané, il me semble nécessaire de prendre mon temps.
Malheureusement, mes dernières lectures ne sont pas des plus heureuses. Après le plaisir que m’a procuré le surprenant Sunny Park, je me suis lancé dans la suite sans cesse repoussée des Dantec. Ayant lu La sirène rouge et Les racines du Mal, j’ai donc attaqué Babylon Babies. Les 300 premières pages passées, je m’accroche tant bien que mal. Rien ne me plaît. Je rame, je galère, bref, je n’adhère ni au fond, ni à la forme. Les paragraphes s’enchaînent sans même que je n’y prête attention. Peut-être ne suis-je pas dans de bonnes dispositions pour lire ce roman si louangé en son temps et aujourd’hui encore. Qu’importe, j’y reviendrais. De toutes manières, trois nouvelles de Dantec sont sorties avant Babylon Babies : Dieu porte t-il des lunettes noires, Là où tombent les anges et Quand clignote la mort électrique. Je vais tenter de me les procurer, les lire et ensuite je reviendrais sur BB.
Entre temps, je n’ai pas pu me consoler avec le dernier essai d’Albert Memmi, Portrait du décolonisé arabo-musulman et de quelques autres, paru en 2004. Quelques vérités bien placées et pourtant redondantes parce que tellement évidentes n’ont réussi à sauver les platitudes, les syllogismes et les simplifications qu’exposent l’auteur.
Ces derniers jours, il n’y eut que quelques bandes dessinées pour remonter finalement le niveau. De celles-ci, je vous en parlerais bientôt j’espère.
Enfin, j’allais oublier, je me suis plongé avec grand plaisir dans la relecture des trois Evangiles synoptiques du Nouveau Testament (Matthieu, Marc et Luc), et l’Evangile de Jean. J’aurais pu les lire avec l’œil avisé du fouineur/contempteur, celui qui s’horripile devant des phrases tel que :
- Qui n’est pas avec moi est contre moi.
- Croyez-vous que je sois venu apporter la paix en ce monde ? Non. Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le poignard ? Je suis venu diviser « le fils et le père, la fille et la mère, la bru et la belle-mère.
- Un homme qui répudie sa femme et en épouse une autre trahit sa première femme. Et une femme qui répudie son mari et épouse un autre homme commet aussi une trahison.
- Etc.…
Mais de guerre las et surtout parce que je ne suis pas dans cet état d’esprit, je ne peux me résoudre à rester dans la lecture littérale de textes qui ne sont que des symboles. Et je sais que face aux traditionnalistes forcenés, aux lefebvristes illuminés, aux partisans du prêtre médium de Charleroi existe la sagesse des Taizé, la volonté d’un protestant mystique tel que Henry Corbin, et ces amis chrétiens qui sont autour de moi et dont je tairais le nom par politesse.
J’encourage donc ceux qui le désirent à lire la Bible, nouvelle traduction, parue chez Fayard en 2001. L’aventure de cette nouvelle traduction de la Bible a réuni pour la première fois les meilleurs spécialistes des textes et des langues bibliques et des écrivains, tous reconnu pour l’originalité et l’exigence de leur création littéraire, leur approche résolument moderne de la langue française. Qu’ils soient juifs, catholiques, protestants, croyants ou athées, tous ont accepté de travailler à ce projet unique, fondamentalement différent de toutes les grandes traductions existantes. Bible d’une nouvelle génération, cette tradition renoue avec l’histoire de notre culture. Elle affirme que cette histoire n’est pas close, que la Bible a l’étonnante capacité de solliciter, provoquer, accueillir les langues et les littératures contemporaines. Cette nouvelle traduction est réalisée à partir d’un état critique exégétique et scientifique des textes qui intègrent les dernières connaissances et prend en compte la dimension proprement littéraire des textes sacrés.
21:50 Publié dans lecture au jour le jour | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : lecture, littérature, religion, Bible, Dantec, Babylon Babies, Albert Memmi
01.12.2007
We and dem
02:50 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : Enfants soldats, guerre, coup de gueule, reggae, musique, Bob Marley, We and dem














