14.05.2009
Halter la colère

Je me suis levé énervé ce matin. Je déteste me faire avoir. Surtout par un bouquin.
Avec un titre comme Je me suis réveillé en colère, j'espérais du subversif, du polémique voire du pamphlet. Si j'avais su que le dernier ouvrage de Marek Halter fut présenté début novembre 2007 à l'Assemblée nationale, je n'aurais pas nourri autant d'espoir. Ce genre d'adoubement institutionnel n'est administré qu'aux textes consensuels, babils dans lesquels les politiciens se reconnaissent puisque eux mêmes sont producteurs de grande parlouze organisée dont sincèrement, personne n'en a rien à faire. ( Nombre de livres publiés sur les cinq dernières années : Jack Lang (7), Nicolas Sarkozy (5), Ségolène Royale (2), François Fillon (1), Bernard Kouchner (2), Lionel Jospin (2), François Hollande (2), Jacques Chirac (1), Jean-Louis Borloo (2) Michèle Alliot-Marie (1), Rachida Dati (1), Brice Hortefeux (1) Valérie Pécresse (1), Roselyne Bachelot (1), Christine Boutin (1), Laurent Fabius (1) Dominique Strauss-Kahn (2), Arnaud Montebourg (1), Marine Le Pen (1), Philippe de Villiers (6), Olivier Besancenot (2)...)
Point d'esprit de révolte donc, pas non plus d'exagérations géniales, ni de caricatures astucieuses, d'accusations lumineuses. Juste l'avis, un de plus, d'une personne sur à peu près tout et n'importe quoi. Comme nous autre, il aurait du utiliser un blog pour support. Quoique non, il est des blogueurs, et évidemment je ne me compte pas parmi eux, bien plus pertinent, pour le coup, que Marek Halter.
Je me suis réveillé en colère n'est pas un pamphlet. Pour que ce livre en soit un, encore eût il fallu une qualité littéraire nettement supérieure à ce qui nous est proposé, et pas seulement cette bouillie prémâchée lisse et désincarnée digne du Marc Levy ou du Werber le plus vendu sur le marché. Mais sans doute l'auteur n'avait-il pas l'intention d'écrire un pamphlet. Dans ce cas-là, nous pourrions peut-être nous contenter du fond et y déceler quelques acérées et vénéneuses flèches ayant pour cible injustices et frustrations. Malheureusement, point de trait de génie, mais une grande majorité d'opinion difficilement partageable. J'en veux pour preuve le chapitre sur l'écologie, seul exemple que j’utiliserais ici.
Même s'il est bien normal de se soucier de l'avenir de la planète, je partage avec Marek Halter une méfiance envers cette dictature verte que nous impose la bien-pensance actuelle : Moi je mange bio... Je gare ma voiture à l'ombre... Je ne pète plus, ceci afin d’éviter un rejet de dioxyde de carbone nocif pour la couche d’ozone… Je suis pour la réintroduction des ours dans les Pyrénées (4 millions d’euros !) même s’ils ne risquent pas de survivre et même s’il faut indemniser les dégâts subis par la prédation (6.3 millions d’euros en 2006 !).
Jusque là, je suis d’accord. Mais affirmer par la suite que les OGM, c’est bien parce que ça peut permettre d’annihiler la faim dans le monde provoque chez moi un fou-rire nerveux. Pourtant, cet homme si bien documenté doit bien savoir que, d’ores et déjà, la production mondiale agricole suffirait largement à nourrir la totalité des terriens. Autant de (fausse) naïveté pourrait émouvoir, mais les répétitions de telles absurdités finissent par agacer.
Toutes les tartes à la crème du moment y passent et n’évitent pas les contradictions : anti-communiste et pro-soviet, pro-démocrate et pro-Poutine, la mondialisation, les banlieues, l'intégrisme, le racisme, l'antisémitisme, les femmes, le conflit israélo-arabe, l’Europe, l’anti-américanisme, la Russie, l’action humanitaire…
Et puis, autre source de crispation, il y a cette obsédante manie du name-dropping : un café partagé avec Hannah Arendt, un repas avec BHL, une discussion avec Kouchner, une dispute avec Golda Meir, une bénédiction de Ben Gourion, une mésentente avec Sartre, un dialogue avec Yasser Arafat, une partie de carte avec Glucksmann…
Il y a quelque chose de très… bobo parisien. L’éditeur ne s’y est pas trompé puisqu’il a obtenu, selon un article du capital.fr datant du 24 octobre, la contribution de trois grands afficheurs à la promotion du livre : D’immenses panneaux publicitaires exposeront le visage et le regard talentueux de Marek Halter, y compris dans le métro parisien. Heureusement, la province fut épargnée.
Oui, très bobo disais-je, mais moderne. Cette gauche d’aujourd’hui aux grandes idées et aux comptes en banque bien garnis qui vote Sarkozy sans l’assumer. Au moins Marek, ancien gauchiste, assume avoir voté pour l’ancien ministre de l’Intérieur lors des dernières présidentielles.
Aïn
18:14 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : marek halter, je me suis réveillé en colère, bla-bla |
|
del.icio.us
|
|
Digg |
Facebook





Écrire un commentaire