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10.02.2008
Into the bla bla bla

Toujours pour battre le fer pendant qu'il est encore chaud, je n'aurais pu me priver d'aller voir le dernier film réalisé par Sean Penn, Into the Wild, adaptation du livre du même nom écrit par Jon Krakauer. L'histoire d'un jeune homme qui décide de chercher sa liberté par le voyage et une immersion dans la nature ne pouvait que me plaire. Parlons d'emblée de la vie de ce personnage désormais mythique d'une Amérique Bohème. Ainsi faut-il savoir que Krakauer a complètement romantisé Christopher McCandless. Le jeune étudiant de l'époque avait bien sûr tout fait pour ne laisser aucune trace derrière lui, mais il n'avait pas cherché à brûler ses papiers d'identité, son argent. Il avait bien pris soin de prendre des cartes. Et enfin, sa mort, comme le souligne le documentaire mené par Ron Lamothe, The call of the wild, est, si l'on puit dire, bien plus stupide qu'il n'y paraît. De ce fameux bus où il décida de se poser pour vivre isolé en plein Alaska, à 30 km se trouvait un abri avec pharmacie et provisions ainsi qu’un pont qui lui aurait permis de passer la fameuse rivière en crue qui, selon la fiction de Krakauer, l’empêcha de passer. Encore que la réalité n’a pas à être soumis à mon jugement, je rappelle tout de même cela pour signaler que le vrai Christopher McCandless est bien éloigné de celui de la fiction. Et cet éloignement me permet de poser un regard bien plus critique sur le film.
Aristote, dans sa Poétique, employait le mot mimesis pour décrire l’imitation, la représentation du réel dans, notamment, le théâtre. Ainsi, moi, spectateur au cinéma, je dois me reconnaître ou reconnaître d’autres personnes dans le film que je regarde. Cette mimesis conduit à la Katharsis, fameuse purgation des passions, qui permet de nous défouler et évincer des sentiments inavouables. C’est le but de l’Art. Chose discutable et discutée à raisons sans doute par de nombreux spécialistes. Le meilleur exemple qu’Aristote est eu à nous proposer est Œdipe Roi de Sophocle, Œdipe étant un personnage ni trop bon, ni trop mauvais, avec lequel nous pouvons parfaitement nous identifier. Et bien moi, toujours en tant que spectateur de Into the wild, je n’ai pas pu m’identifier. La seule chose qui eu pu m’arriver en suivant les pérégrinations de Christopher McCandless, c’était de tomber… amoureux comme une midinette de ce minet si parfait. Mais je ne suis pas comme ça !
Certains diront que c’est de la jalousie de ma part, et ils auraient tort. Mais je ne peux absolument pas m'identifier avec cet homme beau et au sourire bright, pure et candide, si courageux, ayant des super notes à la fac, lisant de sacrés auteurs et retenant un tas de citations par cœur, joli cœur qui ne cède pas devant une belle petite minette, père la morale et ange révélateur pour tous ceux qu’ils croisent sur sa route, même pas un hippie, il défie le canyon en kayak et sans casque, il sait jouer du piano (pas debout, mais quand même), il écrit bien aussi, et si sensible avec ça, pleurant devant des élans en pleine nature…
Un peu too much le héros de Sean Penn. L’idée de la liberté qu’il a est belle bien sûr, mais lui-même est bien trop beau pour être vrai. La manière même dont il quitte ses parents semble, dans le cadre de cette fiction, une preuve de courage. Je ne partage absolument pas cela. Nous avons tous des problèmes à régler avec nos parents, moi d'abord ! Mais partir sans laisser de traces ni de nouvelles pendant deux ans jusqu’à ce qu’il me retrouve mort, non merci. Je ne m’aimerais vraiment pas que mes enfants (quand j’en aurais, n’est ce pas) me fassent un coup pareil.
Revenons du coup à mon fameux voyage. Bien avant d’aller voir ce film, je savais déjà que je laisserai derrière moi place nette, côté travail et côté vie personnelle. Tout régler et ne rien devoir à personne. Il ne s’agit pas de fuir le monde et les gens, mais de remettre en cause totalement cette vision que l’on m’a donné de la vie et la risquer auprès de parfaits inconnus. Je sais que la bienveillance de ceux qui m’accueilleront dans leur yourte gracieusement ne prendra forme que si moi-même je suis bienveillant. Humilité et pudeur seront donc les maîtres mots. Je me garderais bien d’être moralisateur, surtout si je veux avoir une double ration de tsampa.
Aïn
10:00 Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : Into the wild, Sean Penn, Christopher McCandless, Ron Lamothe, Aristote, cinema, voyages




Commentaires
Bon, je ne partage pas ton avis sur ce film.
Peu importe qu'il ait un sourire ultrabright et qu'il soit minet, on n'est pas obligé de sentir le bouc et d'avoir les cheveux sales pour être un nomade crédible.
Sauf que j'ai eu l'impression qu'il apportait des choses aux gens qu'il croisait mais qu'eux ne lui apportaient rien. Et ce côté "je n'ai besoin de personne" m'a gênée aussi. Car quand on donne, on ne peut que recevoir. Si on ne perçoit pas ce don, c'est qu'on est centré sur soi-même.
Ta conclusion est top ! Humilité et pudeur, je te reconnais bien là.
Ecrit par : Fiso | 11.02.2008
Non, mais Fiso, tu prends seulement une partie de mon discours là, sur le côté beau gosse. C'était juste une introduction pour dire qu'il était trop parfait.
Quant à mon passage sur la "bienveillance", je l'ai écrit en pensant à toi et à une de nos discussions.
Ecrit par : Aïn | 11.02.2008
Moi je pense que c'est l"histoire d'un jeune homme qui a été destabilisé par les remous de son père qu'il voulait fuir d'où la notion de voyage à travers les livres et les régions géographiques pour fuir un passé douloureux trop instable pour rester avec des gens qui auraient pu l'aider. De l'aide il en a eu mais c'est lui qui voulait partir de peur d'être rattrapé par son passé. Il a eu un dégout de l'être humain du coup et s'isoler par des principes philosophiques, du reste du monde lui ont permis d'atteindre. Son narcissisme s'est transformé en philantropie ses derniers mots relataient une vie de bonheur partagée le jour où la notion de partage a disparu à ses yeux christopher mccandless est mort: il était condamné bien avant sa mort. Une leçon de vie émouvante voilà je pense ce qui est la réalité et honnetement je me suis reconnu en lui
Ecrit par : ISIS | 15.02.2008
Merci pour ce commentaire Isis.
Le Christopher de la fiction ne voulait apparement pas seulement fuir son père, mais aussi sa mère. Mais qui n'a pas ressenti cet envie de rebellion entre treize et vingt ans ? Qui ?
De l'aide, il ne va pas en chercher, me semble t-il. Il part juste se perdre dans la nature, et si possible, comme le prouve sa destination finale, loin des hommes. Et en effet, vous avez raison de souligner que le personnage, en manquant finalement d'humanité, c'est à dire en acceptant pas la part négative de l'homme, se condamne bien avant de mourir.
Nombreux sont les films que je n'aime pas. Mais si je décide d'en parler ici même sur ce blog, c'est que ma déception n'est pas totale. Je suis en accord avec le fond de cette histoire, mais la façon dont McCandless est montré comme un héros bien trop romantique, trop beau et trop pur. Même pas une once de ce mal que nous nous cachons tous, par honte. Et c'est là que le film échoue totalement. Un homme sans part de mal n'existe pas, encore moins par rapport au monde qu'il décide de fuir.
Ecrit par : Aïn | 18.02.2008
salut, où peut-on se procurer le documentaire the call of the wild de Ron Lamothe? J'ai lu le livre, vu le film et je désire comparer les différents points de vues des auteurs. merci
Ecrit par : aurel | 26.02.2008
jsuis pas du tout d'accord avec toi,
moi je me suis reconnu en ce personnage,
bien qu'il est idéalisé par cette histoire,
en meme temps.. c'est du cinéma. .
mais après tout, tout le monde ne peut pas se reconnaitre dans ce personnage,
donc si tu ne te reconnait pas dans ce personnage, c'est tout simplement que tu ne lui ressemble pas, meme pas un peu, le monde n'est pas rempli de chris mccandless, la preuve que non, peu de gens comprennent son aventure, son malaise, son besoin de s'isoler, son dégout du genre humain. . .
ce n'est pas parce que quelqu'un est différent de toi qu'il a tord. . .
Ecrit par : cécé | 27.02.2008
Aurel, je vous envoie un mail pour vous répondre.
Cécé, que vous ne puissiez être d'accord avec moi, je peux tout à fait le concevoir.
Je vous ferais la même réponse que celle donnée plus haut à Isis : je peux me reconnaître dans les idéaux et les questionnement du McCandless de la fiction, sa volonté de vouloir s'isoler... mais pas son côté "joli héros" si parfait. Ca "me" semble, pour utiliser un mot plus trivial, complètement nunuche. Une part un peu plus sombre, quelques défauts auraient pu humaniser ce McCandless.
Il n'est pas question de différence, ici. Heureusement pour moi, je peux avoir de l'estime pour ce qui est différent.
Mais de là à laisser passer inepties et mièvreries trop flagrantes, jusque parce que c'est du cinéma et que ça fait du bien d'être une midinette de temps en temps, c'est un peu trop difficile.
Quoique... Je peux accepter d'être une midinette si le film assume ses cibles, ce que "Into the wild" ne fait pas, d'où ma deception.
Ecrit par : Aïn | 27.02.2008
Personnellement, j'ai trouvé le film bien réalisé. Bien sûr, tout le côté américanisant est à prendre avec modération, mais je pense que beaucoup plus de personnes se reconnaissent dans le personnage principal qu'on ne le pense, ne serait-ce par avoir eu envie, un jour, de tout plaquer et de se demander si on en est capable.
J'en ai fais moi-même l'expérience, pendant 5 mois, je suis partie en Guyane française avec quelques francs en poche. Il n'y a pas que des étapes plaisantes, mais en fin de compte, la question est juste de savoir combien de temps on en est capable.
Ecrit par : M | 29.02.2008
Faut-il vraiment faire référence à Aristote pour simplement parler de l'identification au héros ? Sans doute à cause de ton propre voyage tu n'aurais pas compris (à mon sens, qui ne voyage que bien gentiment) que la force de ce film se situe à plusieurs niveaux (ce sont là aussi ses faiblesses).
Il filme quasi subjectivement le personnage, sans que ce soit son propre regard (plusieurs fois il s'adresse à la caméra). Toujours avec lui sans être lui-même, la caméra nous porte auprès de lui et le maintiens toujours autre. Pour ce qui me concerne, je n'ai pas pensé à moi-même (bon, d'accord, un petit peu pour la fille, mais bon en même temps elle me rappelait ma mère, mais en même temps une fille que j'ai aimé), mais à un pote ; il y a une dimension de l'amitié envers ce type super romantique et imbécile à souhait, qui se jette dans l'altérité absolue sans connaissance ni précaution, parfaitement suicidaire comme ne l'étaient pas tous les auteurs de ses lectures (plus pragmatiques, moins romantiques, avec un peu de plomb dans la tête, en plus ils n'avaient pas lu... leurs propres livres, donc bon...).
Il nous le montre bien bête, tous ses traits sont outrés. C'est un héros qui fait partie d'un nous collectif sans être nous-mêmes individuellement. C'est la force du film, de faire un film américain (mythologique et héroïque) sans qu'on s'identifie individuellement au héros, où (parce que je ne suis pas américain ?) le héros demeure différent sans être Autre : l'imaginaire collectif est sur l'écran, pas dans notre tête, et perso je trouve ça beaucoup plus sain que les grosses productions qui nous martèlent le crâne.
C'est aussi le défaut du film. Le vert de la police de caractère c'est lourdingue et puis certains plans aussi (des ralentis, d'autres choses comme ça), mais c'est fait pour se rapprocher à la fois d'une image des années début 90, d'une image amateur amicale et d'une sorte de base populaire fondement d'un rapport familier au film.
Je ne sais pas les résultats en salles au States, mais il me semble que Sean Penn réussit le tour de force d'ajouter au panthéon imaginaire américain un personnage que les américains auraient peut-être eu tendance à oublier. Ce bonhomme trop aimé, trop dans le confort et trop citadin pour survivre dans la nature après le premier pépin ; qui croit pouvoir y vivre, ce qui fonde toute son idéologie et justifie peut-être au yeux américains la ville horrifique comme certains sacrifient volontiers au monde le paradis...
Bon, après, peut-être qu'ils veulent absolument un personnage dans lequel ils puissent s'identifier, qui ne leur ramène pas de mauvais souvenirs ; il peut les amener à se sentir prêts à tuer en sortant de la salle, tant qu'ils n'ont pas de mauvais souvenir.
Et puis ce film est triste. L'ami meurt et on ne peut rien faire.
Ecrit par : S | 11.03.2008
Je suis également à la recherche du fameux documentaire de Ron Lamothe et c'est en le cherchant que je suis tombée sur ce site qui m'a interpellée.
J'en profite donc avant de demander à mon tour l'information concernant le documentaire, pour laisser une synthétique opinion : j'ai apprécié lire vos points de vue et commentaires, qui diffèrent un peu des autres que j'avais eu l'occasion de lire jusqu'à présent.
-Merci d'avance pour le documentaire-
Ecrit par : L | 04.04.2008
Bonjour L.
Je vais être très évasif sur la façon dont je me suis procuré le film. Disons que j'ai utilisé des moyens as très catholiques, enfin... dans mon cas, pas très musulmans ;)
Ecrit par : Aïn | 05.04.2008
Aah tout espoir est alors perdu! =)
....
......
....ah! Il revient tout d'un coup -l'espoir-... je continue donc ma recherche !
Merci beaucoup quand même.
Ecrit par : L | 08.04.2008
Oh oui il est egoiste le gars, tout au long de son périple, mais c'est sa maniere d'etre c'est à la fois ce qui l'anime et ce qui le pousse à sa perte.
Sans cela il ne serait pas arriver à s'extirper de son milieu social conservateur, normé et violemment héréditaire, du moins pas en laissant les membres de sa famille sans nouvelles (entre autre). Mais vous remarquerez que durant tout le long du film il a une idée fixe et précise de ce qu'il veut, cette idée ne changera pas d'un yota; et c'est bien en l'accomplissant sans prendre en compte son entourage qu'il court à sa perte et fini par comprendre que l'on ne peut vivre le bonheur seul (même si j'admet que cette morale sent le ketchup californien) voire même vivre tout court...
Je n'ai pas encore tout lu mais ce site est vraiment interessant pour ceux qui veulent approfondir et s'éloigner du point de vue romantico pathétique du film. Midinette et fans s'abstenir.
http://www.terraincognitafilms.com/cw-sub/debunked.htm
Ecrit par : Lio | 20.04.2008
Merci, Lio, pour ce lien effectivement très interessant, et ce point de vue nuancé.
A la lumière de vos explications, je crois comprendre pourquoi j'ai eu du mal avec ce film : la dernière fois que j'ai mangé du ketchup, j'ai eu une intoxication alimentaire !
Ecrit par : Aïn | 23.04.2008
Bonjour,
J'ai vu le film "Into the wild" qui m'a énormément plu, et je suis très intéressé par le documentaire "The call of the wild" de Ron Lamothe, où pourrais-je le trouver?
Merci d'avance de vos réponses.
Ecrit par : matadonf | 07.05.2008
Si vous lisez les commentaires un peu plus haut, vous trouverez votre réponse, matadonf
Ecrit par : Aïn | 10.05.2008
Bonjour, j'aurais souhaité recevoir le lien pour pouvoir regarder le documentaire de Ron Lamothe, "Call of the wild". Si quelqu'un possède le lien, merci de me le transmettre.
Ecrit par : C@bot | 14.05.2008
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