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14.05.2009
Into the bla bla bla

Toujours pour battre le fer pendant qu'il est encore chaud, je n'aurais pu me priver d'aller voir le dernier film réalisé par Sean Penn, Into the Wild, adaptation du livre du même nom (Voyage au bout de la solitude en français) écrit par Jon Krakauer. L'histoire d'un jeune homme qui décide de chercher sa liberté par le voyage et une immersion dans la nature ne pouvait que me plaire.
Parlons d'emblée de la vie de ce personnage désormais mythique d'une Amérique Bohème. Ainsi faut-il savoir que Krakauer a complètement romantisé, mythisé Christopher McCandless. Le jeune étudiant de l'époque avait bien sûr tout fait pour ne laisser aucune trace derrière lui, mais il n'avait pas cherché à brûler ses papiers d'identité, son argent. Il avait bien pris soin de prendre des cartes. Et enfin, sa mort, comme le souligne le documentaire mené par Ron Lamothe, The call of the wild, est, si l'on puit dire, bien plus stupide qu'il n'y paraît. De ce fameux bus où il décida de se poser pour vivre isolé en plein Alaska, à 30 km se trouvait un abri avec pharmacie et provisions ainsi qu’un pont qui lui aurait permis de passer la fameuse rivière en crue qui, selon la fiction de Krakauer, l’empêcha de passer. Encore que la réalité n’a pas à être soumis à mon jugement, je rappelle tout de même cela pour signaler que le vrai Christopher McCandless est bien éloigné de celui de la fiction. Et cet éloignement me permet de poser un regard bien plus critique sur le film.
Aristote, dans sa Poétique, employait le mot mimesis pour décrire l’imitation, la représentation du réel dans, notamment, le théâtre. Ainsi, moi, spectateur au cinéma, je dois me reconnaître ou reconnaître d’autres personnes dans le film que je regarde. Cette mimesis conduit à la Katharsis, fameuse purgation des passions, qui permet de nous défouler et évincer des sentiments inavouables. C’est le but de l’Art. Chose discutable et discutée à raisons sans doute par de nombreux spécialistes. Le meilleur exemple qu’Aristote est eu à nous proposer est Œdipe Roi de Sophocle, Œdipe étant un personnage ni trop bon, ni trop mauvais, avec lequel nous pouvons parfaitement nous identifier. Et bien moi, toujours en tant que spectateur de Into the wild, je n’ai pas pu m’identifier. La seule chose qui eu pu m’arriver en suivant les pérégrinations de Christopher McCandless, c’était de tomber… amoureux comme une midinette de ce minet si parfait. Mais je ne suis pas comme ça !
Certains diront que c’est de la jalousie de ma part, et ils auraient tort. Mais je ne peux absolument pas m'identifier avec cet homme beau et au sourire bright, pure et candide, si courageux, ayant des super notes à la fac, lisant de sacrés auteurs et retenant un tas de citations pby heart, joli cœur qui ne cède pas devant une belle petite minette, père la morale et ange révélateur pour tous ceux qu’ils croisent sur sa route, même pas un hippie, il défie le canyon en kayak et sans casque, il sait jouer du piano (pas debout, mais quand même), il écrit bien aussi, et si sensible avec ça, pleurant devant des élans en pleine nature…
Un peu too much le héros de Sean Penn. L’idée de la liberté qu’il a est belle bien sûr, mais lui-même est bien trop beau pour être vrai. La manière même dont il quitte ses parents semble, dans le cadre de cette fiction, une preuve de courage. Je ne partage absolument pas cela. Nous avons tous des problèmes à régler avec nos parents, moi d'abord ! Mais partir sans laisser de traces ni de nouvelles pendant deux ans jusqu’à ce qu’ils me retrouvent mort, non merci. Je ne m’aimerais vraiment pas que mes enfants (quand j’en aurais, n’est ce pas) me fassent un coup pareil.
Revenons donc à mon fameux voyage. Bien avant d’aller voir ce film, je savais déjà que je laisserai derrière moi place nette, côté travail et côté vie personnelle. Tout régler et ne rien devoir à personne. Il ne s’agit pas de fuir le monde et les gens, mais de remettre en cause totalement cette vision que l’on m’a donné de la vie et la risquer auprès de parfaits inconnus. Je sais que la bienveillance de ceux qui m’accueilleront dans leur yourte gracieusement ne prendra forme que si moi-même je suis bienveillant. Humilité et pudeur seront donc les maîtres mots. Je me garderais bien d’être moralisateur, surtout si je veux avoir une double ration de tsampa.
Aïn
15:24 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : into the wild, sean penn, christopher mccandless, ron lamothe, aristote, cinema, voyages




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