13.04.2010

Une moussaka pour Nhélène.

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Alors comme ça Nhélène, tu passes alors qu’il n'y a personne à la maison. Mais t’es bête ou quoi ! Et en plus avec Tahar Trek ! Non mais c’est pas vrai ça. Tu le sais que si tu étais restée, je t’aurais fait ton plat préféré.

Ah, Nhélène ! Tes petites lunettes, tes joues rouges, ton beau sourire, tes p….. de magazines people débiles, ton tatouage sur l’omoplate. C’était drôle quand tu venais à la maison. C’est loin cette époque, hein ? C’était quand on était jeune. Les folles soirées à Bagatelle, dans la caravane d’Anna et Maxou, les repas partagés ensemble, et puis ton mariage. Il était sympa ton mariage, très émouvant. Il faisait beau. La balade au Rocher des Doms, l’apéritif préparé de l’autre côté, sur l’Île de la Barthelasse, par Tahar (à cette époque déjà !) et moi-même. Bon, on ne parlera pas de la suite. Quoique, on ne peut que se rappeler avec tendresse tout ce temps où tu as logé à l’appart, entre rires et pleurs, parties de fléchettes endiablées et visionnage intensif de Kho Lanta (qu’est ce que ça m’énervait ça !). C’était bien aussi le soir de ton anniversaire. Je t’avais invité au sushi, en tête à tête. Et puis Roquefort-les-Pins… Ah, Roquefort-les-Pins. J’avais même pas pu vous filmer, sous prétexte que le matin, au réveil, vous aviez une sale tête et pas assez de fond de teint. Bon, je sais, c’est lourd d’avoir l’œil d’une caméra fixé sur soi alors qu’on vient à peine d'émerger d'une nuit courte. Mais t’imagines les souvenirs enregistrés qu’on aurait eu. Pas grave. J’ai encore un tas d’images dans la tête. Et le sentiment qui me revient à propos de toi, c’est que t’es une fille bien, une fille super bien, qui mérite le mieux. En fait, ça me ferait vachement plaisir de te la faire cette satanée moussaka, juste pour entendre tes soupirs de plaisir quand tu l’engloutis.

Et puis tu es partie dans ta Bretagne. C’est loin bon sang ! Moi, je dis que maintenant que tu vas mieux, faudrait revenir. Pourtant, sans la connaître, je l’aime la Bretagne. Mais ici, on a du soleil. Et puis, ça me ferait une bonne excuse pour la faire ta moussaka. Tellement j’en ai envie, je pourrais même te laisser la manger devant la Nouvelle Star, et tu sais que c’est un sacré effort que je fais là.

Comme t’es une fille bien, et que tu me manques, que tu nous manques, et bien je vais la faire, là, maintenant, pour toi, cette moussaka.

J’ai fait mes courses à Europrix, tu sais le supermarché pour arabe tenu par des juifs. J’adore. J'y dégote les épices et les condiments, les sucreries et mon yaourt Baktat que je ne trouve nulle part ailleurs. Et là, dans ma cuisine, je ronronne de plaisir. J’ai prévu pour six personnes, parce qu’on est des gros mangeurs, et s’il en reste pour demain, c’est encore meilleur. Je lave mon kilo d’aubergines, ôte les pédoncules avec mon couteau préféré. Je coupe ces aubergines en rondelles, les sale et les laisse dégorger une heure dans ma passoire rouge, toute cabossée. Déjà Manouche miaule entre mes jambes. Je les connais ces miaulements. Tu sais qu’il raffole du concombre ? Et je te raconte pas le melon ! Il est dingue ce chat. Qui a dit comme son père ? Miaou !

Bon, j’ai encore du boulot. J’aime ça. Mon gros oignon (hum !), je le pèle et l’émince sur ma planche en bois. Dans ma sauteuse, je fais chauffer un peu d’huile d’olive et j’y fais revenir l’oignon. Sans doute le moment que je préfère. C’est la Provence pour moi cette odeur qui se dégage de la poêle. J’en salive d’envie. Je sors ma viande du frigidaire et le chat redouble de miaulement. Bien sûr que je vais craquer ! Il le sait ce c.. !

500 grammes de bœuf haché. Mais pas n’importe quelle viande, celle du boucher de la rue des Lices, celui qui restera à jamais mon oncle. Je t’ai jamais raconté l’histoire ? Bah en mangeant, si tu veux bien baisser le son de la télé…

Donc, la viande que mon boucher a déjà parfumé avec quelques épices, je la jette dans la sauteuse, et ça fait un joli bruit. Un peu de fumée aussi. Vite, du sel, du poivre du moulin et, avec une de mes spatules en bois, j’émiette la viande un maximum. C’est beau. Toi tu ne mangeras le plat que présenté sous sa forme finale. Mais moi, je le vois évoluer, changer.

L’oignon est entrain de blondir magnifiquement. Ca crépite. Hop ! feu doux. Dans une casserole remplie d’eau bouillante, je plonge quatre belles tomates et je laisse chauffer pendant une minute. Je le retire. J’enlève la peau. Je concasse. Enfin je me débrouille pour le faire. J’ai pété ma machine manuelle à concasser. Elle était parfaite pour ça. Mais j’en récupérerai une. Tu sais que j’adore toutes ces choses. Une vraie ménagère.

Les tomates, une fois transformées en purée, je les verse dans la sauteuse.

Pschhhitt !!!

Il était temps. Ca commençait à griller. Un peu de muscade râpé (j’ai un super gadget pour ça !) et, mon secret qui donne tout le goût au plat : une cuillère à café de cannelle en poudre. Je mélange. Ca embaume la maison.

Enfant, quand j’allais en vélo chez mon ami, vers treize heures le dimanche, je sentais dans la propriété les odeurs du repas. Et même après avoir mangé chez mes parents et en étant bien repu, j’en salivais. C’est bon d’avoir envie de manger.

Là, je m’éclate. La mixture prends une belle couleur. Et puis je danse sur du Bob. Le paradis quoi ! Je couvre la sauteuse d’un couvercle, feux doux pendant quarante minutes, et je viens grignoter la tapenade sur le pain grillé, tapenade que j’ai préparé la veille pour l’apéro. Mais j’ai à peine cinq minutes. Je retourne dans ma grotte. Je nettoie les aubergines et je les compresse une à une pour bien en expurger l’eau. Je les fais frire dans un peu d’huile et les laisse ensuite reposer sur du papier sopalin posé dans un plat creux. Je peux mettre en marche le four à gaz, thermostat 5. J’aime le bruit du four quand il tourne. Un vrombissemnet silencieux et lancinant, sensuel même. Mais non je délire pas ! Je te prépare tout ça avec amour Nhélène. Et quand il y a de l’amour, il y a toujours du charnel. Enfin presque. Dans ma cuisine en tout cas, ça sent aussi les draps froissés. D’ailleurs, quand je m’y affaire, y a que Manouche qui à le droit d’y entrer. C’est trop intime. Et gare à ceux qui changent de place mes objets sacrés ! Je peux ruer dans les brancards et passer pour un colérique dérisoire. M’en fous ! C’est MA grotte.

Quel plat je vais prendre ? Celui à gratin, pas trop grand. Il commence à avoir quelques kilomètres dans les dents mais il tient bien la route. Comme dit ma collègue de travail préférée, Do, c’est dans les vieilles marmites qu’on fait les meilleurs soupes. Evidemment, il y a un sous entendu ! Sacrées femmes. Tu vois que la cuisine et l'amour...

Bon, les plats à gratin, c’est pareil que les marmites. J’huile un peu le fond et j’y parsème de la chapelure que j’ai préparé en cassant et en émiettant au maximum quelques biscottes. Puis j’y dispose délicatement la moitié des aubergines. Ca va être bon ! Je recouvre avec la sauce et la viande. Je nappe bien, je racle la sauteuse. J’ai acheté du kefalotyri rapé, deux cents grammes. Mais quand j’en trouve pas je peux utiliser de la mozzarella. Ca marche pareil. Je mets la moitié du fromage que j’étale bien, histoire que ça fonde partout, et je dispose les dernières aubergines proprement, en rang. La classe. Ca se fait tout seul. Il suffit juste d’un coup de pouce. Je mets le reste de fromage, je saupoudre finement de chapelure. Les effluves chaudes sentent bon la cannelle. Et j’enfourne. Ah, le bruit du four ! Par contre je baisse le thermostat à 130, et je laisse cuire une heure. Je sors le houmous et les beurres à tartiner. Ce soir, c’est fête, on peut se laisser aller.

Au bout d’une demi-heure, je vais quand même vérifier. Ca bout. Bon signe : c’est l’eau qui s’évapore.

Ca se voit sûrement un peu, je suis tendu. Surtout les dernières minutes. Je fais absolument ce qu’il ne faut pas faire : j’ouvre sans arrêt le four. Heureusement que ce n'est pas un soufflé ! En même temps, je voudrais pas que ça crame trop, surtout si ça doit cuire demain à nouveau… Bon, j’y tiens plus. Je sors le plat. Mon Dieu que c’est beau. Ca fait un joli bruit. Ce n’est plus moi qui ronronne mais elle, la moussaka. Elle a hâte d’être dégusté. Elle n’attend que ça la coquine. Et puis elle sait que Nhélène va fondre. La moussaka ne m’appartient plus, elle va se donner à quelqu’un d’autre.

Allez, mangeons !

Mais garde un peu de place Nhélène, j’ai préparé un truc sympa pour le dessert, tu sais le gratin léger de fruits.

 

L'Enchanté, Bar à Thé, Rennes

 

 

Aïn

Commentaires

Mince alors...
La moussaka, le cuisinier (jolie photo), le texte...

Écrit par : Saphia | 14.01.2010

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Hey, beau gosse ! Y a moyen de se voir demain pour vérifier si ton tablier te vas aussi bien que sur la photo ?
Je t'appelle dans la matinée.
Bisous

Écrit par : Sandr | 16.04.2010

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Génial ce yexte, je me régale, mes papilles apprécient. Je ne viens pas souvent mais quand je le fais c'est toujours avec autant de plaisir.

Écrit par : Mère mi | 28.04.2010

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