« 2008-01 | Page d'accueil
| 2008-03 »
23.02.2008
Tramp or drifter ?
En tout cas, aujourd'hui, je le suis dans ma tête et dans les faits.
23:07 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Coup de gueule, The drifter, reggae, Dennis Brown, voyage, musique
21.02.2008
Echappée belle

J'ai une réelle affection pour le voyage entrepris par Dominique Vérot et Damien Mignot. Leur périple, ils le racontent dans Echappée belle, paru chez Glénat en 2000. Certes ce récit de voyage n'a pas la même intensité littéraire que ceux de Nicolas Bouvier, mais il raconte avec une sincérité touchante une aventure de treize mois autour du monde. L'histoire d'un jeune couple de presque trente ans qui, après avoir réussi leur vie sociale, se lance un défi après une journée banale pour un citadin : boulot - ciné - resto.
C'est de cela que je me sens proche, ce besoin urgent d'exposer une apparente réussite sociale et somme toute casanière à la réalité d'un voyage qui sera sans doute formateur. Avoir vingt et quelques années et rester tous les jours enfermés dans ma petite bibliothèque en attendant les vacances n'est plus envisageable. C'est être prétentieux que de dire cela, sans doute. Je vous l'accorde. Je ne suis peut-être qu'un homme qui ne connaît pas sa chance, mais que faire quand on a le sentiment que la Vérité est ailleurs. Mieux vaut aller vérifier, et revenir alors quand il sera encore temps. Ces questions, Dominique Vérot et Damien Mignot se les sont posés. Et prononçant, à la face de leur monde intime, leur départ, ils brisent de même un cycle infernal, celui du monde des impossibles. Et de quelle manière ! Alors qu'ils avaient prévu de partir vers l'Orient par terre, ils se retrouvent faisant le chemin inverse, traversant l'Atlantique par convoyage. Dans mon esprit, et même si je sais qu'une amie d'amie a fait ainsi, ce mode de transport me semblait drôlement inconcevable. Comme quoi la normalité fixe tellement de barrières ! Que j'envie ces moments de solitude face à la mer calme, et ces temps de solidarité face à l'océan en colère. Que je convoite les longues périodes de silence lors des marches qu'ils partagèrent dans les contrées du Tibet et du nord de l'Inde jusqu'au Kailash, la sainte montagne interdite. Quel courage de se séparer quelques mois pour vivre chacun son aventure et aller au bout de soi-même, seul. Damien trouvant sa spiritualité dans les temples bouddhistes, et Dominique affirmant sa féminité dans les steppes arides des pays d' Asie centrale. Juste une odyssée authentique narrée avec des mots d'une simplicité attendrissante. A lire leur retour au pays, le je d'aujourd'hui ne ressortira pas indemne et je sais déjà qu'il me sera difficile de reprendre la même vie. J'aurai tout le temps d'y penser, quand j'aurai appris à apprivoiser le temps.
17:17 Publié dans lecture au jour le jour | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : voyage, Echapée belle, livre, récit de voyage, Dominique Vérot, Damien Mignot
18.02.2008
Nouri Koufi, le jasmin, et Mouima
Publié pour la première fois le 4 février 2007, ce texte inaugura le chapitre de ma nostalgie d'un espace arabo-andalou qui m'est cher. Un monde qui coule dans mes veines, autant que le sang de cette grand-mère adoptive, que je trouvais si difforme à l'époque et qui est aujourd'hui ce que seule une princesse peut être. Une princesse de cette ville merveilleuse qu'est Tlemcen.
Un peu plus d'une année est passée, et j'ai désiré remettre en une cette note, parce que c'est la plus visitée de ce blog, jusqu'à aujourd'hui encore ; parce que j'ai eu de nombreux et agréables témoignages par mail ; parce que j'aime ma Mouima et Nouri Koufi plus que jamais alors que d'anciennes douleurs viennent de se réveiller ; parce que je pense à des proches qui peuvent compter sur moi et à qui je donnerai tout ce que ma Mouima m'a laissé en héritage et qui se contient dans mon prénom.

A chaque fois que j'entends Nouri Koufi, je chantonne en essayant de suivre le rythme, avec toujours des trémolos dans la voix. Le coeur n'est plus à sa place. Il a remonté jusqu'à la pomme d'Adam. Forcément, la gorge se serre et la respiration devient difficile. On va dire que si les larmes veulent couler des yeux, c'est parce que je m'étouffe. Je les retiens.
La question n'est pas de savoir si j'aime ou je n'aime pas Nouri Koufi... C'est juste la voix de l'insouciance de mon enfance à Tlemcen. C'est une musique qui sent fort et bon le jasmin planté dans des pots de terre cuite, posés sur les dalles blanches et noires du patio, devant les murs jaunes pâles ouvert sur un ciel d'un bleu toujours provocant. C'est la maison de ma grand-mère, ma regrettée Mouima. Celle qui n'a jamais eu d'enfants et qui a élevé une de ses nièces, ma mère, comme sa propre fille. Que tu me manques Mouima, mère de ma mère.
Tu me donnais tous les jours deux dinars que je te réclamais comme un enfant pourri gâté. Moi qui te raillais toujours, moi qui te trouvais vieille et désagréable avec ta mâchoire sans dents.
A dix heures, tous les enfants sortaient dans la rue pour dépenser comme moi ce dinar, lorsque le vendeur avec sa brouette aménagée criait comme un sourd : CARENTICA - CARENTICA. Il nous servait ces quiches aux pois-chiches dans du pain, avec une pointe de harissa liquide. Et on mangeait ça comme des damnés dans ce quartier qui sentait la rose et la menthe âpre. Tout tourbillonnait dehors, dans ma tête. Et les odeurs, et les murs crépis rouges, marrons, verts, oranges, roses, et les rires aigus, et les courses effrénées. Je dépensais le second dinar que je t'arrachais des mains pour m'acheter une crème italienne au citron, le fameux crepone qui se vendait tout en bas de la rue, devant cette grande route que tu craignais.
Et puis les grands repas sur la maida, la table basse. Ma mère coupait le paind rond qu'elle faisait le matin et qu'on trempait tous avec les doigts dans un plat de ragoût unique que l'on partageait solidairement. Je me régalais des effluves de cumin, de coriandre et de persil. Pas de verres non plus, seulement un pot à eau que l'on se passait avec respect, comme si justement l'on passait un pacte. Ces tablées étaient sacrées.
Nouri Koufi, c'est aussi les heures où l'on me forçait à faire la sieste à l'étage, ce que je détestais. J'en profitais, une fois tout le monde endormi, pour jouer avec ton antique machine à coudre, ma mouima. Les pieds posés sur cette sorte de plateau en fer joliment forgé, qui basculait d'avant en arrière... En fin d'après-midi, je jouais dehors au ballon, à cache-cache, au mariage. On désignait une épouse et un époux. Tous les garçons prenaient un bout de carton décoré de fleurs en guise de volant pour préparer un cortège. On partait loin en courant dans l'Antique Tlemcen, au moins jusqu'à la grande mosquée, en imitant les klaxons des voitures, tous en ligne. Les filles, elles, préparaient la mariée avec quelques bouts de tissus multicolores, et des crayons de maquillage.
Enfant, l'appel à la prière me faisait peur. Qui pouvait crier aussi fort dans toute la ville, si ce n'est le roul, un ogre des contes pour enfants. De peur, je courrais vers ma mère, mais celle-ci me repoussait exprès pour que je me jette sur toi. Tu en profitais pour me serrer dans tes bras, et m'embrassais comme si c'était la dernière fois que tu le faisais. Sur la joue, les yeux, le cou, les lèvres... Tu me mordais les pommettes avec ta bouche sans dents, dans ce moment si sacré de l'Adan.
Alors ensuite, toi qui était handicapée, plutôt que de t'ablutionner avec de l'eau, tu te purifiais avec tes trois douces pierres qui se trouvaient toujours sous ton coussin. Et tu priais.
Ma Mouima. Ô tendre enfance. Qui pleure sur ta tombe aujourd'hui ? Je ne sais pas où elle est. Ce n'est pas dans l'habitude des musulmans d'aller visiter les morts, ce serait les embêter. Ainsi est la tradition. Mais c'est pas grave. Je te trouverai. Je le promets. Tout en chantant Nouri Koufi, je noierai ta tombe de ces larmes que je retiens doulourousement depuis si longtemps. A force, j'y ferai repousser le jasmin.

21:05 Lien permanent | Commentaires (29) | Envoyer cette note | Tags : Famille, Nouri Koufi, Tlemcen, Musique, Algérie, Hawzi, Andalousie
Rythm is Keziah
Une StratoCaster, un ampli Vox et un Keziah Jones avec un chapeau...
Bon sang ! Un solo acoustique avec une StratoCaster, c'est pas rien quand même.
Je peux pas être jaloux d'un mec comme ça.
13:56 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Rythm is love, Keziah Jones, Musique, Beau gosse
12.02.2008
Une moussaka pour Nhélène.

Alors comme ça Nhélène, tu passes alors qu’il n'y a personne à la maison. Mais t’es bête ou quoi ! Et en plus avec Tahar Trek ! Non mais c’est pas vrai ça. Tu le sais que si tu étais resté, je t’aurais fait ton plat préféré.
Ah, Nhélène ! Tes petites lunettes, tes joues rouges, ton beau sourire, tes p….. de magazines people débiles, ton tatouage sur l’omoplate. C’était drôle quand tu venais à la maison. C’est loin cette époque, hein ? C’était quand on était jeune. Les folles soirées à Bagatelle, dans la caravane d’Anna et Maxou, les repas partagés ensemble, et puis ton mariage. Il était sympa ton mariage, très émouvant. Il faisait beau. La balade au Rocher des Doms, l’apéritif préparé de l’autre côté, sur l’Île de la Barthelasse par Tahar (à cette époque déjà !) et moi-même. Bon, on ne parlera pas de la suite. Quoique, on ne peut que se rappeler avec tendresse tout ce temps où tu as logé à l’appart, entre rires et pleurs, parties de fléchettes endiablées et visionnage intensif de Kho Lanta (Qu’est ce que ça m’énervait ça !). C’était bien aussi le soir de ton anniversaire. Je t’avais invité au sushi, en tête à tête. Et puis Roquefort-les-Pins… Ah, Roquefort-les-Pins. J’avais même pas pu vous filmer, sous prétexte que le matin, au réveil, vous aviez une sale tête et pas assez de fond de teint. Bon, je sais, c’est lourd d’avoir l’œil d’une caméra fixé sur soi alors qu’on vient à peine d'émerger d'une nuit courte. Mais t’imagines les souvenirs enregistrés qu’on aurait eu. Pas grave. J’ai encore un tas d’images dans la tête. Et le sentiment qui me revient à propos de toi, c’est que t’es une fille bien, une fille super bien, qui mérite le mieux. En fait, ça me ferait vachement plaisir de te la faire cette satanée moussaka, juste pour entendre tes soupirs de plaisir quand tu l’engloutis.
Et puis tu es partie dans ta Bretagne. C’est loin bon sang ! Moi, je dis que maintenant que tu vas mieux, faudrait que tu reviennes. Pourtant, sans la connaître, je l’aime la Bretagne. Mais ici, on a du soleil. Et puis, ça me ferait une bonne excuse pour la faire ta moussaka. Tellement j’en ai envie, je pourrais même te laisser la manger devant la Nouvelle Star , et tu sais que c’est un sacré effort que je fais là.
Comme t’es une fille bien, et que tu me manques, que tu nous manques, et bien je vais la faire, là, maintenant, pour toi, cette moussaka.
J’ai fait mes courses à Europrix, tu sais le supermarché pour arabe tenu par des juifs. J’adore. J'y dégote les épices et les condiments, les sucreries et mon yaourt Baktat que je ne trouve nulle part ailleurs. Et là, dans ma cuisine, je ronronne de plaisir. J’ai prévu pour six personnes, parce qu’on est des gros mangeurs, et s’il en reste pour demain, c’est encore meilleur. Je lave mon kilo d’aubergines, ôte les pédoncules avec mon couteau préféré. Je coupe ces aubergines en rondelles, les sale et les laisse dégorger une heure dans ma passoire rouge, toute cabossée, pendant une heure. Déjà Manouche miaule entre mes jambes. Je les connais ces miaulements. Tu sais qu’il raffole du concombre ? Et je te raconte pas le melon ! Il est dingue ce chat. Qui a dit comme son père ? Miaou !
Bon, j’ai encore du boulot. J’aime ça. Mon gros oignon, je le pèle et l’émince sur ma planche en bois. Dans ma sauteuse, je fais chauffer un peu d’huile d’olive et j’y fais revenir l’oignon. Sans doute le moment que je préfère. C’est la Provence pour moi cette odeur qui se dégage de la poêle. J’en salive d’envie. Je sors ma viande du frigidaire et le chat redouble de miaulement. Bien sûr que je vais craquer ! Il le sait ce c.. !
500 grammes de bœuf haché. Mais pas n’importe quelle viande, celle du boucher de la rue des Lices, celui qui restera à jamais mon oncle. Je t’ai jamais raconté l’histoire ? Bah en mangeant, si tu veux bien baisser le son de la télé…
Donc la viande que mon boucher a déjà parfumé avec quelques épices, je la jette dans la sauteuse, et ça fait un joli bruit, un peu de fumée aussi. Vite, un peu de sel, du poivre du moulin et, avec une de mes spatules en bois, j’émiette la viande un maximum. C’est beau. Toi tu ne mangeras le plat que présenté sous sa forme finale. Mais moi, je le vois évoluer, changer. L’oignon est entrain de blondir magnifiquement. Ca crépite. Hop ! feu doux. Dans une casserole remplie d’eau bouillante, je plonge quatre belles tomates et je laisse chauffer pendant une minute. J’enlève ensuite la peau. Je concasse. Enfin je me débrouille pour le faire. J’ai pété ma machine manuelle à concasser. Elle était parfaite pour ça. Mais j’en récupérerais une. Tu sais que j’adore toutes ces choses. Une vraie ménagère.
Les tomates, une fois transformées en purée, je les verse dans la sauteuse. Pschhhitt !!! Il était temps. Ca commençait à griller. Un peu de muscade râpé (j’ai un super gadget pour ça !) et, mon secret qui donne tout le goût au plat : une cuillère à café de cannelle en poudre. Je mélange. Ca embaume la maison. Enfant, quand j’allais en vélo chez mon ami, vers treize heures le dimanche, je sentais dans la propriété les odeurs du repas. Et même après avoir mangé chez mes parents et en étant bien repu, j’en salivais. C’est bon d’avoir envie de manger.
Là, je m’éclate. La mixture prends une belle couleur. Et puis je danse sur du Bob. Le paradis quoi ! Je couvre la sauteuse d’un couvercle, feux doux pendant quarante minutes, et je viens grignoter la tapenade sur le pain grillé, tapenade que j’ai préparé la veille pour l’apéro. Mais j’ai à peine cinq minutes. Je retourne dans ma grotte. Je passe les aubergines sous l’eau et je les compresse une à une pour bien en expurger l’eau. Je les fais frire dans un peu d’huile et les laisse ensuite reposer sur un papier sopalin posé dans un plat creux. Je peux faire chauffer le four à gaz, thermostat 5. J’aime le bruit du four quand il tourne. Un vrombissemnet silencieux et lancinant, sensuel même. Mais non je délire pas ! Je te prépare tout ça avec amour Nhélène. Et quand il y a de l’amour, il y a toujours du charnel. Enfin presque. Dans ma cuisine en tout cas, ça sent aussi les draps froissés. D’ailleurs, quand je m’y affaire, y a que Manouche qui à le droit d’y entrer. C’est trop intime. Et gare à ceux qui changent de place mes objets sacrés ! Je peux ruer dans les brancards et passer pour un colérique dérisoire. M’en fous ! C’est MA grotte.
Quel plat je vais prendre ? Celui à gratin, pas trop grand. Il commence à avoir quelques kilomètres dans les dents mais il tient bien la route. Comme dit ma collègue de travail préférée, Do, c’est dans les vieilles marmites qu’on fait les meilleurs soupes. Evidemment, il y a un sous entendu ! Sacrées femmes. Tu vois que la cuisine et l'amour...
Bon, les plats à gratin, c’est pareil que les marmites. J’huile un peu le fond et j’y parsème de la chapelure que j’ai préparé en cassant et en émiettant au maximum quelques biscottes. Puis j’y dispose délicatement la moitié des aubergines. Ca va être bon ! Je recouvre avec la sauce et la viande. Je nappe bien, je racle la sauteuse. J’ai acheté du kefalotyri rapé, deux cents grammes. Mais quand j’en trouve pas je peux utiliser de la mozzarella. Ca marche pareil. Je mets la moitié du fromage que j’étale bien, histoire que ça fonde partout, et je dispose les dernières aubergines proprement, en rang. La classe. Ca se fait tout seul. Il suffit juste d’un coup de pouce. Je mets le reste de fromage, je saupoudre finement de chapelure. Les effluves chaudes sentent bon la cannelle. Et j’enfourne. Ah, le bruit du four ! Par contre je baisse le thermostat à 130, et je laisse cuire une heure. Je sors le houmous et les beurres à tartiner. Ce soir c’est fête, on peut se laisser aller.
Au bout d’une demi-heure, je vais quand même vérifier. Ca bout. Bon signe : c’est l’eau qui s’évapore.
Ca se voit sûrement un peu, je suis tendu. Surtout les dernières minutes. Je fais absolument ce qu’il ne faut pas faire : j’ouvre sans arrêt le four. Heureusement que c'est pas un soufflé ! En même temps, je voudrais pas que ça crame trop, surtout si ça doit cuire demain à nouveau… Bon, j’y tiens plus. Je sors le plat. Mon Dieu que c’est beau. Ca fait un joli bruit. Ce n’est plus moi qui ronronne mais elle, la moussaka. Elle a hâte d’être dégusté. Elle n’attend que ça la coquine. Et puis elle sait que Nhélène va fondre. La moussaka ne m’appartient plus, elle va se donner à quelqu’un d’autre.
Allez, mangeons !
Mais garde un peu de place Nhélène, j’ai préparé un truc sympa pour le dessert, tu sais le gratin léger de fruits.
Aïn
10:00 Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : Nhélène, Avignon, moussaka, cuisine, recette
10.02.2008
Into the bla bla bla

Toujours pour battre le fer pendant qu'il est encore chaud, je n'aurais pu me priver d'aller voir le dernier film réalisé par Sean Penn, Into the Wild, adaptation du livre du même nom (Voyage au bout de la solitude en français) écrit par Jon Krakauer. L'histoire d'un jeune homme qui décide de chercher sa liberté par le voyage et une immersion dans la nature ne pouvait que me plaire.
Parlons d'emblée de la vie de ce personnage désormais mythique d'une Amérique Bohème. Ainsi faut-il savoir que Krakauer a complètement romantisé, mythisé Christopher McCandless. Le jeune étudiant de l'époque avait bien sûr tout fait pour ne laisser aucune trace derrière lui, mais il n'avait pas cherché à brûler ses papiers d'identité, son argent. Il avait bien pris soin de prendre des cartes. Et enfin, sa mort, comme le souligne le documentaire mené par Ron Lamothe, The call of the wild, est, si l'on puit dire, bien plus stupide qu'il n'y paraît. De ce fameux bus où il décida de se poser pour vivre isolé en plein Alaska, à 30 km se trouvait un abri avec pharmacie et provisions ainsi qu’un pont qui lui aurait permis de passer la fameuse rivière en crue qui, selon la fiction de Krakauer, l’empêcha de passer. Encore que la réalité n’a pas à être soumis à mon jugement, je rappelle tout de même cela pour signaler que le vrai Christopher McCandless est bien éloigné de celui de la fiction. Et cet éloignement me permet de poser un regard bien plus critique sur le film.
Aristote, dans sa Poétique, employait le mot mimesis pour décrire l’imitation, la représentation du réel dans, notamment, le théâtre. Ainsi, moi, spectateur au cinéma, je dois me reconnaître ou reconnaître d’autres personnes dans le film que je regarde. Cette mimesis conduit à la Katharsis, fameuse purgation des passions, qui permet de nous défouler et évincer des sentiments inavouables. C’est le but de l’Art. Chose discutable et discutée à raisons sans doute par de nombreux spécialistes. Le meilleur exemple qu’Aristote est eu à nous proposer est Œdipe Roi de Sophocle, Œdipe étant un personnage ni trop bon, ni trop mauvais, avec lequel nous pouvons parfaitement nous identifier. Et bien moi, toujours en tant que spectateur de Into the wild, je n’ai pas pu m’identifier. La seule chose qui eu pu m’arriver en suivant les pérégrinations de Christopher McCandless, c’était de tomber… amoureux comme une midinette de ce minet si parfait. Mais je ne suis pas comme ça !
Certains diront que c’est de la jalousie de ma part, et ils auraient tort. Mais je ne peux absolument pas m'identifier avec cet homme beau et au sourire bright, pure et candide, si courageux, ayant des super notes à la fac, lisant de sacrés auteurs et retenant un tas de citations pby heart, joli cœur qui ne cède pas devant une belle petite minette, père la morale et ange révélateur pour tous ceux qu’ils croisent sur sa route, même pas un hippie, il défie le canyon en kayak et sans casque, il sait jouer du piano (pas debout, mais quand même), il écrit bien aussi, et si sensible avec ça, pleurant devant des élans en pleine nature…
Un peu too much le héros de Sean Penn. L’idée de la liberté qu’il a est belle bien sûr, mais lui-même est bien trop beau pour être vrai. La manière même dont il quitte ses parents semble, dans le cadre de cette fiction, une preuve de courage. Je ne partage absolument pas cela. Nous avons tous des problèmes à régler avec nos parents, moi d'abord ! Mais partir sans laisser de traces ni de nouvelles pendant deux ans jusqu’à ce qu’ils me retrouvent mort, non merci. Je ne m’aimerais vraiment pas que mes enfants (quand j’en aurais, n’est ce pas) me fassent un coup pareil.
Revenons donc à mon fameux voyage. Bien avant d’aller voir ce film, je savais déjà que je laisserai derrière moi place nette, côté travail et côté vie personnelle. Tout régler et ne rien devoir à personne. Il ne s’agit pas de fuir le monde et les gens, mais de remettre en cause totalement cette vision que l’on m’a donné de la vie et la risquer auprès de parfaits inconnus. Je sais que la bienveillance de ceux qui m’accueilleront dans leur yourte gracieusement ne prendra forme que si moi-même je suis bienveillant. Humilité et pudeur seront donc les maîtres mots. Je me garderais bien d’être moralisateur, surtout si je veux avoir une double ration de tsampa.
Aïn
10:00 Lien permanent | Commentaires (46) | Envoyer cette note | Tags : into the wild, sean penn, christopher mccandless, ron lamothe, aristote, cinema, voyages
08.02.2008
Mon usage du monde

A l’époque où j'étais étudiant, je passais beaucoup de temps avec un ami malien. Lors de nos soirées solitaires dans la tristesse de son logement universitaire, nous rêvions sans cesse de voyages. Je l'enviais sans qu'il me comprenne. Ne se rendait-il pas compte qu'il était venu vivre son aventure en Provence, loin de son Afrique natale ? En buvant l'Ayran dont nous raffolions, ce lait caillé et salé à la mode turque, il me suggéra un proverbe de son pays : Si tu n'as pas les moyens de voyager, alors lit. A la bonne heure ! Je lui fis comprendre que je ne l'avais pas attendu pour m'évader à travers les livres.
Comme dirait Mona Chollet, la réalité est une tyrannie. Elle exige une norme, celle de la société, et rend les rêves déraisonnables. Mais il y a peu, étouffé par ce quotidien répétitif ne laissant aucun espoir aux songeries de se réaliser, asphyxié par cette pression d'un monde où il ne faut que travailler ou au moins avoir un projet professionnel, sinon nous ne signifions rien, du moins tout bon à être un marginal, la décision a été prise de partir. Partir en voyage. Pas un simple voyage bien sûr, encadré dans une ou deux petites semaines de congés, simple petite bouée de sauvetage nécessaire pour avaler un bol d’air décisif et retourner sacrifier sa vie à une machine oppressante aux rouages huilés par le simple résultat pour le profit, tout cela en attendant une retraite minable dont je ne pourrais sans doute même pas profiter. Non, la décision a été prise de partir et de risquer son existence, de la mettre en danger loin du confort ouaté et soporifique dans lequel nous nous installons. Voir l’univers, sonder le silence de longues marches dans de grandes étendues, rencontrer l’autre pour finalement se trouver soi. L’enjeu est là. Se trouver pour se définir par rapport au monde, et enfin se révéler. Je me prépare donc à parcourir les espaces pour reconquérir mon propre Orient. Quitter Avignon et l’extrême occident du continent européen et m’en aller jusqu’à rejoindre la mer à l’extrême orient du continent asiatique. Voir lentement changer les paysages, les visages, les traditions, sans le côté abrupt du voyage en avion. Huit à douze mois seront nécessaires. Peut-être plus, pas moins j’espère. A l’inverse de ce que sous-entend le proverbe de mon ami malien, il ne s’agit pas tant de moyens financiers que d’une volonté, d’une décision. Il sera alors tant de se laisser construire par le voyage.
L’itinéraire suivi est réfléchi dans ses grandes lignes, quoique, une fois arrivé en Inde, des questions de choix affectifs se posent. Pour l’instant, il s’agit de battre le fer pendant qu’il est encore chaud, de soutenir ce rêve que l’on veut absolument concrétiser par des appuis salvateurs. En l’occurrence, je me suis jeté sur quelques récits de voyages. Et le premier d’entre eux n’est autre que le désormais classique témoignage de Nicolas Bouvier et de Thierry Vernet : L'usage du monde. 1953, sans doute une autre époque, mais l’esprit reste le même, une aventure bohême qui me conforte dans mon choix dès ses premières lignes. C’est qu’il est difficile de garder cet objectif en vue quand tout autour de soi vous oblige à penser que c’est une folie, voire un enfantillage.
C’est la contemplation silencieuse des atlas, à plat-ventre sur les tapis, entre dix et treize ans, qui donne ainsi l’envie de tout planter là. Songez à des régions comme le Banat, la Caspienne, le Cachemire, aux musiques qui y résonnent, aux regards qu’on y croise, aux idées qui vous y attendent…Lorsque le désir résiste aux premières atteintes du bon sens, on lui cherche des raisons. Et on en trouve qui ne valent rien. La vérité, c’est qu’on ne sait nommer ce qui vous pousse. Quelque chose grandit en vous et détache les amarres, jusqu’au jour où, pas trop sûr de soi, on s’en va pour de bon.
Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même. On croit qu’on va faire un voyage, mais c'est bientôt le voyage qui vous fait, ou vous défait.
Suivre le périple des deux pèlerins est une véritable friandise. L’écriture du célèbre Bouvier est typiquement suisse, à la fois méticuleuse, quasi-mystique et savoureuse. L’auteur nous emmène à sa suite, alors qu’il a vingt trois ans, dans une traversée des Balkans, de la Turquie, de l’Afghanistan, l’Iran et ce jusqu’aux portes de l’Inde, là où se sépareront les deux compères. Le tourisme de masse n’ayant pas encore causé les dégâts que l’on connaît, les compagnons ne rencontreront que des gens du peuple, du terroir dirait-on. Utilisant une Fiat 500 Topolino pour se déplacer, ils gagnent leur pain en usant de leurs talents. Nicolas Bouvier propose tour à tour quelques articles à des journaux locaux, la langue française étant à l’époque particulièrement appréciée, et des cours de français à quelques classes. Thierry Vernet qui deviendra l’artiste que l’on connaît, vend les tableaux qu’il peint au fur et à mesure. L’usage du monde n’est certainement pas un guide touristique, non plus un manuel pratique du bon globbe-trotter, mais une approche littéraire du voyage qui permet de dégager avec subtilité l’inestimable effet des dons d’une telle pérégrination. Cette suavité que sécrète l’écriture de Nicolas Bouvier me met l’eau à la bouche et me donne la force d’avancer dans ce projet qui est mien pour les quelques mois décisifs à venir.
Thierry Vernet. Travnik, Bosnie, le 4 juillet.
Ce matin, soleil éclatant, chaleur ; je suis monté dessiner dans les collines. Marguerites, blés frais, calmes ombrages. Au retour, croisé un paysan monté sur un poney. Il en descend et me roule une cigarette qu'on fume accroupis au bord du chemin. Avec mes quelques mots de serbe je parviens à comprendre qu'il ramène des pains chez lui, qu'il a dépensé mille dinars pour aller trouver une fille qui a de gros bras et de gros seins, qu'il a cinq enfants et trois vaches, qu'il faut se méfier de foudre qui a tué sept personnes l'an dernier.
Ensuite je suis allé au marché. C'est le jour : des sacs faits avec la peau entière d'une chèvre, des faucilles à vous donner envie d'abattre des hectares de seigle, des peaux de renard, des paprikas, des sifflets, des godasses, du fromage, des bijoux de fer-blanc, ds tamis de jonc encore vert auquel des moustachus mettent la dernière main, et régnant sur tout cela, la galerie des unijambistes, des manchots, des trachomeux, des trembleurs et des béquillards.
Ce soir, été boire un coup sur les acacias pour écouter les Tziganes qui se surpassaient. Sur le chemin du retour, j'ai acheté une grosse pâte d'amande, rose et huileuse. L'Orient quoi !
Aïn
19:15 Publié dans lecture au jour le jour | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : Nicolas Bouvier, Thierry Vernet, L'usage du monde, Voyages, Orient




