14.05.2009
2 - Déclaration

Bolsena de Cy Twombly
Auprès de ma blonde, qu'il fait bon, fait bon, fait bon...
Il me faut sortir d'ici, et vite. Du bac de la douche remonte une odeur putride, pestilence accentuée par la chaleur accumulée toute la journée. L'appartement se trouve juste sous les toits, et lorsque le soleil égaie le Festival, il tape dur sur l'immeuble. Même la nuit, l'air est irrespirable. Mon 28m² coupé en deux pue la merde. J'ai le sentiment d'être dans un hammam pourri des bas-quartiers d'Alger.
J'appuie sur l'interrupteur : une lumière crue se réfléchie sur les murs désespérement blancs. Une plante dont je n'ai pas su m'occuper gît, morte, dans un coin près de mes livres entassés. Dehors, le bruit des jeunes qui s'abandonnent à la nuit avignonnaise me serre la gorge. J'entends mon voisin faire la vaisselle. Putain de placoplatre.
Je suffoque. Je mets mes sandales, éteint la lumière et sort de chez moi. Dans le couloir, ça empeste l'alcool, la mauvaise vinasse et le vieux pisseux.
Qu'est ce qu'il fait lourd.
Je descends les escaliers poussiéreux et me retrouve en bas de l'immeuble. Dans le minuscule hall d'entrée, le sol est jonché de journaux publicitaires. La porte d'entrée est à peine fermée. Je sors.
Des poubelles sont entassées. Du liquide jaunâtre et visqueux s'échappe des sachets. Je les enjambe. La rue est laide. Un couple d'une vingtaine d'années passe à côté de moi, une bouteille de rouge à la main. Ils me regardent et m'offrent leur rire bête. Je les ignore totalement. La fille se retourne vers moi, baragouine quelque chose, et glousse comme une pintade qui aurait abuser d'un mauvais Côtes du Rhône.
Le trottoir est étroit. Je préfère marcher sur la route. Aucune étoiles dans le ciel, pas même la lune. Je préfère encore baisser le regard et me concentrer sur le bitume.
Je m'arrête. Observe attentivement le sol.
Me voici étrangement happé par la noirceur du sol, prêt à plonger dans ce vide obscur, cette non-masse informe, prêt à n'être plus rien à mon tour. Je me mets à genoux et attends...
Rien.
Rien.
Rien.
Une forme blanche finalement, un visage, un vieux fantôme.
Pourquoi ?
Aïn
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| Tags : déclaration, musique, keziah jones, black orpheus, amour |
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