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08.04.2008

El ghorba wel hem, l'exil et la tristesse

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Mera nebki ala bladi

Mera nebki ala el ghorba

Je me suis dit qu'il y avait peut-être un ordre logique à cette petite série d'histoires qui raconte une partie bénie de mon enfance. Tout cela doit encore se décanter, mais pour comprendre le récit qui va bientôt suivre, peut-être vous faut-il lire avant, si ce n'est déjà fait, Tous les jours l'Aïd et Les filles d'Ephraïm.

Ces textes gravitent comme des électrons autour de celui-ci, s'inscrivant pleinement dans cette thématique de la Nostalgia Andalousia qui m’est chère et qui, d’après les quelques commentaires et les messages électroniques des timides, est partagée par certains. Il n’est pas seulement question de l’enfance perdue, universelle. Il s’agit aussi de ce souffle qui court dans l'air algérien, ce sirocco de gaieté et d'insouciance collective que même la sombre époque n'a pas réussi à ternir. Et puis il y a ce phénomène très fort qui lie les séfarades, les européens ayant quittés l’Algérie subitement à la suite de la décolonisation, et les algériens de l’immigration : ce que l’on appelle El ghorba wel hem, l’exil et la tristesse. C’est ce sentiment qui rend les complaintes et les qassidats de la musique arabo-andalouse si poignantes.

Véritable fils rebelle de ce genre noble, le raï des voyous d'Oran a puisé son histoire dans ce creuset artistique, libérant les forces folles que s'efforcent de contenir l'andaloussiate. Autant, celle-ci préfère la retenue, l'élevation, la mélopée, la majesté et la douce mélancolie abritée dans le méchouar (les remparts historiques) de Tlemcen, autant le raï déchaîne les passions dans les rues grouillantes d'Oran, parle d'amour crûment, d'alcool, de femme, de drogue...

Le style musical préféré de la jeunesse algérienne s'est fait connaître en France par Cheb Khaled, celui que l'on surnomme encore The King. Un autre a profité du sillon creusé par son prédecesseur pour s'engouffrer dans le vide béant que la musique arabe n'occupait pas dans les oreilles françaises : Cheb Mami. Qu'advient-il aujourd'hui de ces deux stars qui l'étaient déjà dans leurs pays avant de conquérir celui de l'ex-colonisateur ? Pas grand chose à vrai-dire. Juste une tristesse et un sentiment de gâchis. Les deux Icares se sont brûlés les ailes sur le tard, et leur chute n'en ai que plus vertigineuse. A trop vouloir mélanger les styles, européaniser un genre alors qu'il l'était juste suffisament, ils ont tués leur carrière.

Ne parlons pas de Rachid Taha, puisqu'il n'est pas chanteur de raï. Les quelques affligeantes tentatives ont heureusement tournées court.

Il y eu Faudel... Une, deux... Trois chansons ? Et un succès uniquement en France, son raï étant bien trop éloigné de celui d'Oran.

Pour savoir où cette musique continuait à vivre, il fallait regarder de l'autre côté de la mer, là-bas, dans ce port tantôt espagnol, français, turc, arabe : Wahran. Là, au coeur de la cité, Cheb Hasni, le Prince, enflammait les coeurs des filles et des garçons avec ses chansons sentimentales et sa voix à pleurer. Il devint un mythe, une légende, après avoir été assassiné par le G.I.A..

Puis, le trou. Cheb Anouar, l'enfant prodige, le Jordy algérien, a grandi sans le raï, trop gentil, trop mignon. Il faut être un écorché vif pour au moins tenter d'investir ce mouvement musical. Les stars ne viennent plus au pays. Elles ont peur où préfèrent rester en Europe, à remettre sur CD de vieux titres arrangés par Goldman, s'essayer au français, où avoir soif de reconnaissance mondiale en chantant avec Sting. Heureusement, les cassettes de Hasni circulent en masse, clandestinement. Le chant du cygne du raï ?

Bien sûr que non. Les années noires auront créer des fêlures, lacérés des coeurs, mouillés des yeux beaucoup trop jeunes pour voir tant d'horreurs. La nouvelle génération ne se cache pas. Elle apprend. Elle est dans les boîtes privées d'Oran, entrain d'amuser les nantis et les fils des généraux qui viennent s'encanailler alors que dehors il fait du sang et que des mères pleurent leur fils.

Et de toute cette nouvelle génération éclôt au grand jour désormais, les Houari Dauphin, Reda Taliani, Cheb Abdou, celui qui en est sans doute la figure de proue se nomme Cheb Bilal.

bilal1.jpgVous ne le connaissez sûrement pas. Pourtant, en France, il est déjà une idole. Si si ! Il a même fait l'Olympia. Baladez vous sur dailymotion, et vous trouverez.

Etrangement, il ne perce pas encore médiatiquement dans l'Hexagone. Sans doute ses chansons ne sont pas assez sexy, pas assez Didi, un peu trop Dylan pour l'instant, quoique pour ceux qui le suivent, le changement se fait déjà sentir, imperceptiblement. Il bénéficie cependant d'un bouche à oreille qui ajoute à un engouement que lui porte depuis quelques années la jeunesse algérienne. Des textes tranchés dans le vif du quotidien, un timbre de voix particulier qui, avec la musique de circonstance, déclenche cette Nostalgia, les portugais diraient la Saudade, et qui nous rappellent la source de ce mouvement populaire, celle des HawziChaabi et autre Aroubi de la musique arabo-andalouse.

De Bilal, El ghorba wel hem, titre de circonstance me direz-vous, est celui que je préfère. Sans doute parce que mon meilleur ami, depuis que je le connais, ne cesse de la fredonner. Sans doute aussi parce que j'ai vu des gens danser et pleurer sur les paroles d'El ghorba... Et puis aussi ces silences partagés autour du son émis par une chaîne-hifi, dans une pièce noire, seulement éclairé par les gadgets eléctroniques du poste. Nous étions quatre, frères et cousins, la vingtaine, nous cachant dans l'obscurité pour verser quelques larmes, dans les hauteurs d'un immeuble délabré, rue Saint-Pierre, pas loin de la Bastille, en plein centre d'Oran. Bilal chantait :

 

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Aïn

Commentaires

elle et trooo bien la chonson

Ecrit par : malek | 19.06.2008

Une TRES jolie chanson.

Ecrit par : Aïn | 19.06.2008

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