14.05.2009
Le McDo de Fès
Il y a bien longtemps que je n’étais pas parti en voyage avec la famille.
Une quinzaine d’années ?
Un peu plus peut-être, mais sûrement pas moins.
Je suis bien allé en Algérie avec ma mère et Samir, mon frère. Souvent même. Mais on ne peut pas appeler ça un voyage, tout au plus des vacances.
J’ai donc emmener mes parents et mon frangin visiter la ville magique de Fès.
Une semaine.
C’était largement suffisant.
C’est qu’entre la Reine-Mère et moi, il suffit d’une étincelle, comme dirait l’autre, pour mettre le feu. Résultat, au bout de deux jours, nous étions plus ou moins séparés, nous réunissant seulement pour partager le repas du soir. D’un côté, les parents écumant avec abnégation les boutiques à la recherche de sublimes kaftans pour pas cher. De l’autre, Samir et moi flânant dans la medina, visitant tranquillement les lieux historiques et marchandant âprement entre deux cafés sirotés à l'ombre de caravansérails.
A Séfrou où j’ai désormais l’habitude de prendre mes quartiers, nous avons fait connaissance avec S., jeune guide, homme à tout faire, sorte de go between bavard très serviable et généreux. Il n’avait de cesse, comme tous les jeunes, de me parler de filles et d’affaires.
Tu connais pas les signes d’ici, me disaient-ils, qui montrent qu’une demoiselle s’intéresse à toi.
Il entama dès lors un long monologue fort intéressant sur la sociologie du dragueur marocain.
Il faisait beau, grand ciel bleu, et soleil immense.
A la lumière de ses explications, je remarquais, en traversant les différents jardins du village, un tas de jeunes hommes attentistes et désoeuvrés assis sur les bancs et des filles habillées à l’occidentale, cheveux aux vents, maquillages peu discrets sur le visage.
Observant cela, S. murmura qu’une gazelle nous suivait. Samir, pas malin, se retourna immédiatement, ce qui déclencha notre fou rire, demoiselle comprise ! S. en profita pour entamer la discussion.
Tu as un sourire d’ange. Ton sourire a la forme de mon cœur qui bat dans ma poitrine. Et tes yeux, mon Dieu, tes yeux sont si bleus. Heureux l’homme qui y verra sans cesse son reflet, il baignera alors dans le bonheur.
Je n’en croyais pas mes oreilles. Non seulement, c’était d’un kitsch grotesque, mais en plus, ça marchait. La fille était... tout sourire.
Nous nous arrêtâmes et, après avoir échangé poignée de main et prénoms, S. emballa l’affaire en cinq minutes chronos : numéro de téléphone portable et rendez-vous le lendemain soir pour boire un café. J’en restais les bras ballants. Samir, lui, annonçait qu’il commençait à adorer le Maroc.
S. nous expliqua que ça se passait souvent comme ça. Je n’en croyais pas mes oreilles.
Et bien, tu as trouvé ta future femme, lui dis-je.
Il me regarda l'air étonné.
Je ne vais pas me marier avec une fille qui se laisse draguer dans la rue, quand même. C’est pas sérieux.
Je ne comprenais plus rien à rien. Enfin, quand je dis ça, je mens. Les garçons réagissent exactement de la même façon en Algérie.
Quand je me déciderai, je demanderai à ma mère de trouver ma future épouse. Elle sait exactement ce qu’il me faut. Il faut pas rigoler avec ça, le mariage, c’est pas un jeu, et ça peut pas seulement tenir avec la passion des premiers jours. Ca dure toute la vie. Je veux pas d’une fille MacDo.
Une fille quoi ? lui demandais-je.
Une fille MacDo, me dit-il. Vas à celui de Fès, tu verras ce que c’est.
Le soir, dans la nuit fraîche du Moyen-Atlas, fumant une cigarette sur la terrasse du Dar Attamani, je savais bien sûr que je n’irais pas au MacDo de Fès. Je préfère largement manger quelques brochettes au cumin accompagnées d'un verre de thé à la menthe dans un des bouis-bouis de la medina.
C’est ainsi que le lendemain, mon frère et moi allions baruler à Fès, comme aimait à dire mon père (Sa grande blague était de dire sans cesse Rabat et Fès ! Il a le comique lourd et je dois tenir ça de lui, mais quand je repense à cette phrase, j’ai toujours un petit sourire).
Après une journée passée à boire des cafés et du thé, déguster des keftas dans du bon pain (le meilleur du Maghreb, c’est un algérien qui l’affirme !), s’asperger d’eau de rose, éviter les ânes et les mulets, discuter les prix, et méditer une paire d’heure dans la grande mosquée Karaouine, il était temps de rentrer.
Sur la route qui mène à la place aux taxis, le fameux snack mondialement connu affichait son arrogance occidentale. Voyant quelques jeunes garçons s'y rendre, je proposais à Samir un Coca qu’il accepta volontiers tant la chaleur était forte.
Ouvrant la porte, j’eu le sentiment de passer d’un pays à un autre sans avoir besoin de passeport. La salle était climatisée. Un luxe auquel je n'étais plus habitué.
Les tarifs affichés étaient les mêmes que ceux appliqués en France, soit 7 euros en moyenne pour un menu indigeste. A ce prix là, au Maroc, quatre personnes peuvent se rassasier de produits frais, ragoûts et viandes grillés au bon vieux chaouar. J'en déduisais qu'il fallait être aisé socialement pour venir s'empiffrer au fast-food.
Deux gars devant nous étaient habillées à la mode, cheveux plaqués par une tartine de gel, lunettes de soleil à la Chips , vestes noires en sky, tee-shirts bariolés bien moulants, jeans délavés industriellement et bottines noires brillantes. Sont-ils de la haute où jouent-ils à l'être ? Les gars friment : ils prennent un menu !
C'est à notre tour.
Une demoiselle en costume d'entreprise nous accueille par un bonjour en français. Je lui réponds et lui commande deux sodas en arabe. Elle continue à me parler en français. Décidément, j'ai beau me délester de tout l'attirail du touriste, je n'abuserai personne malgré ma peau marron et ma langue arabe.
Alors qu'elle nous servait tranquillement, je l'observais en train d'évoluer. Ce poste qu'elle occupait, son uniforme et son français lui conférait une dignité enviable par les autres. Quelque chose comme une bonne place.
Je pris le plateau et, en me dégageant de la file, je compris qu'il était de mise de s'exprimer en langue française, même avec les marocains.
Professionnalisme snob ? En tout cas, j'eu le sentiment bizarre que nous avions la chance d'être dans un milieu de grand standing.
Nous sortîmes nous installer sur la terrasse, à l'ombre d'un parasol.
Il était 17 heures.
A chaque table, des bruns et des brunettes, tous vêtus à l'occidentale. Des fils et des filles à papa ? J'en ai l'impression.
Alors que nous nous asseyons, des yeux se tournent vers nous. Des sourires et des regards discrets de charmeuses nous rappellent encore une fois qu'être français, ça se voit terriblement. Juste pour cela, on plaît.
Deux demoiselles assises à la table d'à côté nous dévisagent sans pudeur, cigarettes à la main. C'est tellement imprévu de voir des filles fumer dans un pays arabe. Surtout de manière si ostentatoire.
De-ci de-là, quelques européens croquent à pleine dents dans des McArabias si exotiques pour eux, appareil photo cadenassé autour du cou, lbob collé à la tête. Beaucoup d'espagnols, plutôt jeunes.
Je commence à regretter l'ambiance des casse-croûtes de la médina.
Un salarié passe son temps à ramasser les papiers parterre.
Nous avons vue sur une jolie colline où passe un vieux train.
Silence inquiétant quand on connaît le bruit de la ville.
Samir ne sait plus où donner de la tête. J'adore le Maroc, j'adore ! me disait-il.
Je ne voulais pas briser son innocence et lui dire qu'elles voyaient à la place de sa tête une belle carte d'identité française. Je le laissais se remplir de fierté. Le voilà qu'il commençait à me donner des coups de pieds.
Parle leur, mais parle leur. Elles attendent que ça.
C'est ton problème, mon frère. C'est toi le beau gosse qu'elles reluquent, pas moi.
T'as raison. Mais je sais pas quoi dire. Et si je leur sortais cette histoire de sourire et de beaux yeux...
Ecoute Samir, on va partir demain, et la seule chose que tu vas faire, c'est briser un cœur. Attends de revenir à Fès et d'avoir une semaine devant toi.
Il acquiesça, sûr de sa force et de son charme. Ca faisait plaisir à voir.
Nous partîmes rejoindre nos parents à Séfrou.
Sur le chemin du retour, je trouvais totalement séduisant ses filles portant une djellaba et un foulard, ses filles détournant le regard avec force, ses filles mystérieuses et qui n'offraient rien, surtout pas au premier français venu. Si ce n'est peut-être un léger sourire... Comme un signe.
Aïn
17:53 | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
| Tags : fès, mcdonald, voyage, andalousie |
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Commentaires
C'est tres joliment raconté !
Écrit par : LeM | 21.07.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Aïn | 24.07.2009
Répondre à ce commentairePar ailleurs votre chute en ode à la femme distante et voilée me fait pensée à celle de Mauriac... en plus sage quand même. Je vais essayer de remettre la main dessus...
Ma3sslama
C.
Écrit par : Cedric | 12.10.2009
Répondre à ce commentaireC'est ça le secret de ta marocaine ?
Écrit par : Gwenola | 12.10.2009
Répondre à ce commentaireGwenola, tu ne peux même pas t'imaginer... D'ailleurs, il ne te reste que ça : imaginer !
Écrit par : Aïn | 12.10.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : LNO | 10.06.2010
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