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22.08.2008
Gomorra

Roberto Saviano ne se déplace jamais sans ses gardes du corps depuis le 13 octobre 2006 depuis qu’il a osé s’attaquer à la Camorra napolitaine. C’est que l’homme a balancé des noms. Il met en lumière cette organisation criminelle dans Gomorra, paru en France en 2007. Le livre ne se présente pas sous la forme d’un exposé universitaire minutieux, aussi froid que clinique. Il s’agirait plutôt, toutes proportions gardées, d’une non-fiction novel à la Capote dans De sang froid, ce genre d’ouvrage à la limite entre le documentaire réaliste et le roman très prisé de notre époque. Qu’importe ces qualifications, ces classifications (et je vous assure que pour un bibliothécaire, c’est un sacré effort de ce débarrassé de ce genre de procédé), Gomorra est une fiction. Cependant, ce n’est pas tant du livre que je voudrais vous parler, mais du film réalisé par Matteo Garrone et sorti dans nos salles le 13 août 2008. A propos de ce long-métrage,aucun des 'critiques' n’a utilisé le terme à la mode, un peu fourre-tout, de docu-fiction. Et ce à juste titre, puisqu’il ne s’agit pas d’une enquête menée par un journaliste, caméra à la main. Non, rien de plus qu’un film normal : des scènes préparées, des acteurs payés… et une quête du vraisemblable.
Dans un rythme diablement lancinant, nous suivons les destins croisés de plusieurs personnages de ce Naples pauvre. Pasquale, tailleur, conduit une équipe de couturière au service de trafiquant de fausses robes de luxe. Il décidera de donner des cours du soir aux concurrents chinois histoire de mettre du parmesan dans ses spaghettis. Don Ciro passe de maison à maison suivant sa liste et distribue l’argent de la familia aux fidèles de la famille, aux retraités, aux veuves… Son mari en prison, Maria survie avec cet argent et un peu de commerce, élevant son jeune Toto irrépressiblement attiré par le milieu. Franco, toujours en costume de lin, accompagné de son apprenti, vend ses services aux grandes villes, recyclant les déchets toxique selon, soi-disant, les normes, papiers officiels à l’appui. Marco et Ciro, deux jeunes fans de Scarface attachants, se croient les rois du monde et défient candidement le milieu.
Pas de grandes familles, de parrains, de costard noir, de mines compassées. Mais des petites vies, courtes souvent. Le sentiment effrayant de n’avoir vu qu’une parenthèse de ce monde, un clin d’œil à peine. Des vies s’arrêtent, toujours interchangeables, mais le milieu prospère. Point n’ai besoin de rajouter des effets au sinistre. Pas de grandes fusillades, d’effets spéciaux, de musique violente, de clichés, de grand pathos dégoulinant. Et le sentiment que cette organisation criminelle, comme toutes les autres, n’est qu’un monstre crée par notre système basé sur
le profit. La Gomorrhe des temps modernes sera t'elle aussi chatiée par une pluie de feu ? Assurément, le Grand Prix du Festival de Cannes 2008 est mérité.
Aïn
09:00 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note | Tags : gomorra, cinema, roberto saviano, camorra, matteo garrone





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