14.05.2009
Juste un baiser
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They say if you love somebody
Then you have got to set them free
But I would rather be locked to you
Than live in this pain and misery
Son bureau en bois de cerisier et en bronze coulé se situe sous une voûte élégante, en face d’une grande fenêtre donnant vue sur ses immenses terres. Jamie, bien assis sur son fauteuil, observe l’horizon, avec dans les yeux une lueur de fierté. Cela fait soixante-dix ans qu’il s’est extirpé des entrailles de sa mère pour être livré au monde. Né dans la boue, grandissant dans la misère et l’envie, il se rendit très vite compte de la manière dont fonctionnaient les hommes. Il mit tout en œuvre pour devenir riche. Amasser une fortune, voilà ce qui le poussait à vivre. Il s’était dit que l’école ne lui servirait à rien. Impossible d’obtenir des billets en restant assis sur les bancs d’une salle de classe. Un jour, désabusé à l’idée de se rendre au lycée, il poussa la porte d’un bar, demanda du travail et en obtint. Balayer, astiquer les tables et le zinc, faire la plonge… Et toucher un salaire, enfin. Intelligent, il monta vite en grade, se rendant aussi bien indispensable auprès des clients que de son patron. La clientèle était certes huppée, mais pas moins canaille et avide de sensation forte que les damnés des quartiers pauvres de son enfance. Ils voulaient de la drogue, il leur en fournissait. Ils voulaient des femmes, il leur en trouvait. Et un soir, entrant dans le bureau de son patron et voyant celui-ci se régaler à compter les liasses de biffetons obtenus dans la journée, il s’aperçut que pour gagner plus, il fallait faire travailler les autres.
Le prix qu’il proposa à son employeur pour acheter le bar était tel que ce dernier ne pouvait refuser. Bien plus tourné vers l’enrichissement que son prédécesseur et doué d’une acuité rare, Jamie fit fructifier son affaire, contrôla le réseau mafieux de la région, investit dans l’immobilier, boursicota, se lança dans la production musicale en rachetant un grand label, obtint le marché public pour gérer la déchetterie de la ville, ouvrit d’autres bars dans d’autres cités… Jusqu’à devenir l’un des hommes les plus riches du pays et à se retrouver ainsi, seul dans son bureau, à se demander combien il avait exactement dans ses comptes.
Michael, adolescent, aimait jouer dans sa chambre, une télécommande à la main en guise de micro, et un vieux magnétophone en guise de sono.
Fame, I’m gonna live you forever, I’m gonna learn how to fly, I feel it coming together, people will see me and cry... Baby remember my name.
La gloire, la renommée, c’est de ça qu’il rêvait. Il se souvenait de cette époque où il faisait semblant de s’arracher la chemise sur Le chanteur de Balavoine.
Et partout dans la rue, je veux qu’on parle de moi… Pour les anciennes de l’école, devenir une idole… Puis après j’ferais des galas, mon public se prosternera devant moi…
C’était ça tous les jours libres de sa jeunesse. Sa mère le regardait faire d’un œil amusé. Elle ne se rendait pas compte que seul cela comptait pour Michael. Et aujourd’hui, le voici dans une salle d’attente, avec d’autres jeunes, tous prêt à vendre leur âme pour décrocher le rôle. Oui, un casting d’acteur pour une pub débile. Rien avoir avec la chanson, mais Michael s’en moque de la chanson. L’essentiel pour lui est d’être connu. Et des acteurs de cinéma, on en voit partout dans les magazines people. Il faut bien commencer petit.
Jean-François, trente ans, un cursus universitaire exemplaire et une renommée dans le monde de la juridiction grandissante lui permettent d’être juge aujourd’hui. Il est fier de porter enfin cette toge de tissu noir à grandes manches, la ceinture, la toque… et le tout pour 800 euros. Mais c’est ne pas l’habit qui le fascine. Enfin si, en tant que symbole.
Jus dicere, dire le droit, c’est avoir l’autorité sur les hommes de ce monde. Etre la loi, décréter le bien ou le mal en s’appuyant sur un texte, juger une personne… Avoir le pouvoir. Voilà ce qui fascinait Jean-François. Il a travaillé toute sa vie pour en arriver là, dans cette Cour, à décider du sort du présumé coupable qui se tient à la barre, juste devant lui. Libération, amende, prison avec sursis, prison ferme, détention à perpétuité, peine de mort…
Fayçal se balade en ville à bord de son coupé cabriolet noir. Capote ouverte, on ne peut pas dire qu’il ait les cheveux au vent. Le gel fixe ses pointes courtes. Iphone blanc vissé à l’oreille, faisant semblant de parler à quelqu’un, lunettes de soleil Gucci sur le nez, une seule main baguée sur le volant, Fayçal emprunte inlassablement les mêmes artères de la cité, celles où les terrasses des cafés sont strictement occupées par de jolies filles. Il feint d’ignorer, mais les yeux cachés par le tain de ses lunettes, il essaie de repérer les beaux minois qui l’observent. Ils s’arrête de temps en temps, fait vrombir le moteur, et repart, faisant cracher à son poste le son du dernier titre west-coast à la mode. Il se trouve beau, irrésistible même. Et d’être désirable lui donne le sentiment d’être une bonne personne.
J’ai connu cette vie où l’on fait en sorte d’être dans l’air du temps. Plaire à tout pris, dépenser son argent en fringues, en chaussures, en coiffeur, en gadgets… J’ai connu ces personnes qui veulent fortune, gloire, pouvoir, apparence. J’en connais même encore qui veulent tout cela à la foi. Mais moi qui ne possède nulle chose, je ne veux rien du tout, si ce n’est toi. Rien.
Certains diront que je veux posséder, et que c'est une mauvaise chose… Ils n’ont peut-être pas tort. Mais c’est ainsi, et il me faut assumer cet état. Je ne veux rien du tout de ce monde, si ce n’est toi.
Rosa passe son temps chez les bijoutiers de la Place Vendôme. Topaze, jade, rubis, saphir, émeraude, opale, lapis-lazuli… Elle parcourt le monde à la recherche des plus beaux diamants, des plus belles perles précieuses et rares qui pourraient orner ses doigts, son cou ou les tiroirs de son coffret thaïlandais. Les gemmes sont les plus belles créations de la terre, et une fois légèrement ciselées par l’homme, elles deviennent ce qui a de plus sublime en ce monde.
Elle n’a pas de problème pour s’offrir tout ça la Rosa. Son mari, c’est Jamie. Et pour elle, c’est une preuve d’amour de le voir laisser dépenser cet argent pour son plaisir. Comme le fait de recevoir chaque jour de la part de son époux un bouquet d’une vingtaine de roses. Elle sait ainsi qu’il l’adore. Mais elle n’est pas folle la Rosa. Elle voit bien que la jeune fille si séduisante qu’elle était, autrefois danseuse vedette du bar de Jamie, n’est plus qu’une bourgeoise qui a tendance à prendre du poids et des rides. Alors elle se fait tirer, gommer, peeler, couper si nécessaire la peau. Se fait gonfler les seins, liposucer la culotte de cheval, épiler au laser la moustache, tatouer les sourcils, poser des rajouts à ce qui n’est plus sa crinière d'antan... Histoire de rester aussi belle et éternellement jeune que ses pierres précieuses.
On peut me donner tout cela que ça n’y ferait rien. Même vivre me paraît impossible. Dormir, boire, manger… On pourrait me servir sur un plateau syrien les mêmes mets dont profitaient chaque jour Haroun al Rachid, que je n’aurais même pas envie de m’y salir les mains, ni perdre le goût de tes lèvres.
Quel goût cela pourrait avoir sans la seule personne avec qui je pourrais partager le festin de la vie ? Absolument aucun.
Je n’ai rien. Ni argent, ni pouvoir, ni beauté foudroyante, ni renommée, ni même de chez moi, mais je te veux. Je ne suis d’ailleurs pas Haroun Al Rachid, mais plutôt le Ghanim des Milles et une nuits.
Rien en ce monde ne signifie quelque chose si je ne t’ai pas avec moi.
Aïn
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| Tags : déclaration, amour, ghanim, je ne suis pas ben harper |
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Commentaires
Je pense que tu ne peux pas dire que j'écris bien.
Mon Dieu ... Ce n'est absolument pas comparable à ce que tu décris, contes.
J'ai bien honte.
Écrit par : LeM | 21.07.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Aïn | 24.07.2009
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