14.05.2009

Green, Céline, Dantzig : cherchez l'intrus

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Julien Green

Faut-il vous l’avouer, des livres parus lors de la rentrée littéraire 2008, je n’en ai lu aucun. Nada, zéro, niente… Et même en étant bibliothécaire, je n’ai pas honte de l’avouer. C’est que je me suis fait avoir plusieurs fois par le merchandising, enfin, le marchandisage comme l'on dit en français, mis en place tous les mois d’août-septembre-octobre autour de cette époque que l’on nous impose comme celle du livre. Et il m’aura fallu en lire ces dernières années, de la mouscaille, pour comprendre qu’il n’était jamais question de littérature lors de cette rentrée, enfin rarement, mais bien de commerce. C’est que je peux être un véritable âne baté par moment. Mais on ne m’y reprendra plus. La preuve. Sur les quelques 700 livres publiés lors de cette rentrée com… euh… littéraire, deux ou trois ont attiré mon attention. Mais, je suis devenu plus malin messieurs-dames ! De ces livres qui me font miroiter monts et merveilles, je ne feuillete absolument pas les pages. J’enveloppe mes mains de gants en plastique et place ses bouquins à l’abri dans de gros pots à confiture stérilisés, et… je laisse vieillir, histoire de voir si ces romans, puisqu’en l’occurrence il s’agit de romans, prennent de belles rides, faisandent de bonne manière. Je vous assure, le temps a un effet miraculeux sur le papier, et les odeurs du pourrissement ne trompe pas. Soit la viande a tourné et devient de fait indigeste, soit elle a délicatement séché et nous propose ses meilleurs arômes.

J’en ai fait l’expérience avec un des livres les plus étonnants, paraît-il, de l’année 2005 : Le dictionnaire égoïste de la littérature française de Charles Dantzig. Un livre qui parle de littérature, sans doute de manière partial, ne peut que m’intéresser. Et puis, cet essai a obtenu le Prix Décembre 2005. Et ça aussi, obtenir les honneurs de l’anti-goncourt qui avait primé dès ses débuts Dupré, Confiant, Maspero, Hatzfeld… ça ne pouvait que me plaire. Enfin, il y avait ce quatrième de couverture alléchant. Et ç’est la première chose que je lu en sortant ce livre de son bocal.

Ce n’est pas un dictionnaire comme les autres. Allons bon !

Il est érudit, allègre, partial, drôle, s’intéressant aux êtres en plus des écrits (ah parce qu’il a connu Corneille le Dantzig ?), brillant, inattendu. Vu comme ça, on lui offre un prix sans même l’avoir lu à ce livre.

Bref, il est à part. D’où le prix Décembre.

C’est un exemple achevé de gai savoir. Quoi aussi bon que du Nietzche ?

Déjà, je sens que ce dictionnaire va fortement me décevoir. Comme ai-je pu me faire prendre ? Ce qui est sûr, c’est que les filles de la com’ (puisqu'il paraît que seule des filles font de la communication) chez Grasset, elles sont douées et elles n’ont pas froid aux yeux.

Avant de commencer à vraiment lire cet essai, je m’attarde sur la table des sommaires. Et, que vois-je, un article sur Julien Green. En voici un test probant. Que peut-il bien dire d’un de mes auteurs préférés ? Direction page 359, et sans passer par la case départ. Premier paragraphe puant : Il émane des livres de cet homme un fumet, nous disons-nous, qui nous déplaît. Ce fumet résulte, si l’on peut dire, de la sonorité de ses titres, d’une idée que nous nous faisons de lui… Plus loin, il nous explique que le Mont-Cinère n’aurait pu être intéressant que parce qu’Autant en emporte le vent n’a été écrit que bien après ! Mais encore ? L’article finit bien mieux, puisque Dantzig nous avoue sans honte aucune qu’il n’a pas vraiment lu grand-chose de Green ! Ah !

Légèrement énervé par tant de décontraction pédante à dire n’importe quoi, j’en arrive vite à me poser une question : à quoi sert ce dictionnaire ? A connaître les goûts de Dantzig ? A vrai dire, personnellement, je m’en moque comme de l’an 40. Cependant, je persiste et signe en m’auto-persuadant que le tout forme une esthétique qui ne doit pas être si désagréable. Hélas, il me faudra supporter quelques insipides articles pour en arriver à l'entrée "Céline" et être définitivement déçu par ce succès de l'année 2005 (dont plus personne ne parle aujourd'hui, à part moi). Pérorer sur l'oeuvre d'un des plus grands auteurs français du XXème siècle seulement au travers du prisme de son antisémistisme avéré ou supposé est bien peu original, un peu trop dans l'air du temps, bien-pensant et malsain au final. Céline, antijuif ? Tout comme Nabe donc ! Mais enfin, peut-on oublier que le premier ouvrage publié de Céline, Semmelweis, était une éloge du médecin juif du même nom ? Je suis de l'avis d'André Gide, trouvant la violence de Céline bien trop grotesque pour être vrai : exagérer les clichés pour mieux les rendre ridicules.

Mais passons. Dantzig aurait pu se contenter d'ouvrir un blog pour donner son avis plutôt que de publier une fumisterie aussi piètre que cet ouvrage de Pierre Bayard. Mais évidemment, étant lui-même éditeur chez Grasset, on est jamais mieux servi que par soi-même. Plutôt que de lire ce Dictionnaire égoïste de la littérature française, préferez Moïra, Le Sud, L'ombre, Le revenant, Léviathan de Julien Green, ou encore les fabuleux Mort à crédit et Voyage au bout de la nuit de Céline.

Aïn

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