14.05.2009
Athènes by night
A deux heures du matin, heure locale, soit une heure du matin en France, Arsenios décide de me faire visiter le vieux centre.
Première étape, la place Syndagma, symbolique parce que c'est ici que se trouve le Parlement. Encore à cette heure-ci, la jeunesse étudiante se rassemble, sans violence. Des policiers se tiennent à l'écart, prêts à réagir au moindre mouvement. Arsenios me présente.
Qu'un français se déplace à Athènes à cette période étonne. On m'apostrophe. Certains me parlent en français, d'autres en anglais. On m'explique que ce mouvement n'est pas seulement anarchiste. que c'est un mensonge. Qu'on veut détourner l'attention sur ce qui est en réalité une véritable gueulante populaire. Une demoiselle me dit qu'elle est plutôt de droite, une autre plutôt centriste... J'écoute. Que puis-je faire d'autre ? Un peu plus tôt dans la nuit, quelques attentats ont eu lieu contre des banques et un bureau du parti au pouvoir. Rien de bien méchant.
Nous quittons l'hyper-centre pour nous rendre dans le quartier d'Exarchia, où le jeune Grigoropoulos a été tué. C'était à la fois émouvant et inquiétant. La sensation que cette jeunesse a pris le pouvoir dans la rue. Je n'ose à peine le formuler et pourtant, une mini-révolution est en marche. La question est : à quoi cela va-t'il aboutir ?
Il y a du monde dans ce quartier. Un tas de bougies, des bouquets, des dessins, des slogans, des magasins brûlés, du verre de partout sur le sol, des traces d'incendies... La police, paraît-il, fait état d'une baisse de tension. Les termes sont bien choisis. Il y a en effet moins d'affrontements. Mais c'est sans doute parce qu'ils se sentent perdre la partie et qu'ils restent éloignés des centres névralgiques qu'ils ont voulu contrôler les jours précedents.
Un ami d'Arsenios, croisé à Exarchia, nous rapporte que les forces de l'ordre ont utilisé tout au long de la semaine jusqu'à 5000 bombes lacrymogènes et que des stocks sont attendus d'Allemagne et d'Israël.
Impressionnant aussi, ses vieilles personnes qui traînent dehors à cette heure-ci, les anciens habitants du quartier.
Nous approchons de l'université de polytechnique. Arsenios m'explique que les forces de l'ordre n'ont pas le droit d'investir les universités, une vieille loi qui existe depuis la naissance de la Grèce moderne. La fac en impose. Un long corridor rouge et noir sert de barrage. Plus aucun flic. Il est tard. Nous franchissons le barrage sans problèmes. Arsenios connaît tout le monde. Il me présente. Quand certains apprennent que je suis français, on me sert du liberté, égalité, fraternité. Une étudiante entame l'air de la Marseillaise. S'ils savaient !
Nous rejoignons un groupe, assis sur un sofa à même la rue, et sirotant des bières devant un des innombrables feux de camps qui jonchent la cour. Un jeune homme m'interpelle. Tout le monde veut m'expliquer. Mais celui-ci à l'air plutôt amer. Pour lui, les profs quinquas de la fac ont récupéré le mouvement pour assouvir leur besoin de romantisme révolutionnaire. Lui même est anar', mais il est ému par le bouillonnement populaire et innocent des athéniens. Il s'inquiète du fait que cette rebellion soit récupéré politiquement par les siens. Ses amis l'écoutent et ne bronchent pas.
Je suis sûr d'une chose, c'est que je rentrerai dans cette université. J'en fait part à Arsenios qui me fait de grands yeux, et me dit, avec un grand sourire : je retrouve mon gauchiste français.
Je lui fait comprendre que je suis juste mu par une grande curiosité. Il n'est pas dupe.
Nous rentrons exténués par la longue balade. Il ne faut pas longtemps pour m'endormir, juste quelques minutes pour rêver un peu.
Je me lève tôt ce matin. Je sais que la plus jeune des soeurs d'Arsenios, Esther, veut aller faire le marché, et je désire l'accompagner. Nous passons par la place de la Constitution d'Athènes. Au milieu, un pylône noir puant le plastique crâmé s'érige en totem. Il s'agit des restes du sapin de Noël attaqué la veille aux cocktails Molotov.
Des jeunes traînent. Quand je dis des jeunes, ils n'ont pas plus de quinze ans. Et ce qui me frappe le plus, c'est leur visage... Ils portent sur eux une conviction, un ras-le-bol. A quinze ans ?
J'ai quitté la France alors que des lycéens faisaient la grève des cours. Je connais, pour l'avoir vécu, ces moments là. Paraître rebelle, le plaisir de l'école buissonière... Mais Athènes, ça n'a rien à voir. Esther m'explique que les adolescents ont vraiment été touché par l'assassinat (c'est le terme qu'elle utilise) d'Alexis. Et qu'il ne s'agit pas d'une réaction impulsive, mais d'un dégoût qui vient de loin.
Les magasins ouvrent à nouveau, essaient de préparer Noël tant bien que mal. Je remarque que les produits de consommation quotidiens coûtent aussi cher qu'en France...
Que va me réserver cette journée...
Aïn
18:27 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : athènes, émeutes, exarchia





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