14.05.2009

Tribulations d'un fou à Athènes

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N’écoutez pas le silence des médias. Ou plutôt sa cacophonie. C’est bientôt les soldes. Et sur France Television, on solde aussi. N’en jetez plus.

On livre au regard des amateurs de Loft Story la vision de martiens verts de Tsahal pénétrer en pleine nuit la bande de Gaza. Ca manifeste dans les grandes villes française pour la cause de la Palestine. A Paris même, des voitures sont brûlées, retournées. Et puis, d’autres drames suivent. Le 24 décembre, un enfant est mort suite à une erreur médicale. Belote. Le premier janvier de cette nouvelle année, un autre bébé décède suite, encore une fois, à une erreur médicale. Rebelote. Sans transition, ou presque, on a retrouvé dans leur appartement une mère et trois de ses enfants morts asphyxiés. Rachida Dati donne naissance à une petite Zohra. Laurence Pernoud, auteur des célèbres J’attends un enfant et J’élève mon enfant s’est éteinte ce jeudi à 90 ans. Le Paris-Dakar aura lieu en Amérique du sud (sic). Combien d’enfants vont périr écrasés par les chauffards en quête d’aventure sur leur nouveau terrain de jeu ? Dossier : les jeux vidéos sont un véritable danger pour nos chères têtes blondes.

 

N’en jetez plus je vous dis.

Néanmoins n’écoutez pas le silence des médias.

 

J’ai eu des nouvelles d’Arsenios. Par téléphone. Les manifestations continuent. C’est étrange, il n’en est plus question ici, en France. Trouver même des informations sur le web devient difficile. Bah, qu’est ce que vous  voulez, la Grèce est passée de mode.

 

Combien de fois ai-je voulu écrire sur mes dernières journées à Athènes ? Je ne compte plus. Jamais satisfait. Parce que je jouais. Je jouais à cacher la vérité.

Que vous raconter ? Je vous ai laissé au moment où j’allais entrer dans cette fameuse université Polytechnique. Et j’y suis entré. Mais je ne peux rien vous en dire. Je l’ai promis, enfin, on me l’a fait promettre. Sous la menace d’un joli canif. Vous me ferez remarquer que je suis loin de cette université désormais. Que je n’ai que faire de tenir cette promesse. Et vous avez bien raison. Cependant, je ne raconterais pas. C’était si sordide, si laid que ça ne mérite pas de l’être. J’y ai passé une nuit blanche à voir des imbéciles s’activer à préparer cocktails molotov et tracts anti-capitalistes.

Le lendemain, un lundi, j’ai passé la journée complète à préparer mon départ et à me reposer.

Le mardi matin, avant de rejoindre l’aéroport, je tentais de récupérer ma pièce d’identité au poste de police. Intimidations, demi-insultes (ça existe ça, une demi-insulte ?). Finalement, on me rend ma carte et je rentre au pays illico-presto.

 

Qu’est ce qui m’empêchait d’écrire la fin de mon périple, jamais heureux de la tournure que prenait les textes ? Evidemment, cette terrible question. Pourquoi diable suis-je allé là-bas, alors que j’aurais pu me dorer la pilule aux Seychelles ? C’est bien ça le nœud du problème. Nœud sacrément noué ! Et le souci, c’est qu’il n’y a pas de désert en Avignon pour se vider la tête et se consacrer sur l’essentiel. Mais on y trouve des pavés dans le centre-ville. C'est meiux que rien.

Profitant de la pluie, espérant trouver les ruelles vidées de ses citadins à l’affût du cadeau pas cher à offrir pour Noël, j’enfilais ma veste à capuche et sortais prendre l’air. Le regard bas, je réfléchissais. Aux proches qui me demandaient Pourquoi Athènes maintenant, je leur répondais d’un air défi : pour aller voir ce qu’y s’y passe. Evidemment, ce n’était pas la bonne raison. Il ne s’agissait pas non plus de jouer au reporter. Un transport de l’âme pour un idéal politique, voire révolutionnaire ? Je suis un désabusé de la chose, pas la peine de se mentir. Pour tenter de comprendre ? Non. Pour aspirer, telle une éponge, tout ce qui se passe, se nourrir, et vomir le tout sur un beau cahier. Non, arrête de te la raconter. T'es pas Nabe, pas même un écrivain. Juste un blogueur à deux balles. Arrête mon pauvre gars. Tu ne pensais qu’à une chose, une seule et unique chose. Même pas rare. Juste unique. Tu y penses encore en marchant sur ces maudits pavés... Tu allais là-bas juste pour oublier, pour L'oublier, pour ne pas cogiter, pour te brûler les ailes, te faire mal, te faire plus mal que ce que tu as mal. Et pourtant, tu pouvais faire n’importe quoi, tu ne pensais qu’à elle, nuit et jour, dans la folie des rues d’Athènes où dans la langueur de ses restaurants luxueux, dans ton lit avant de t’endormir où dans un cortège pacifique, dans l’université de Polytechnique où dans la salle d’embarquement de l’aéroport, dans un poste de police ou lors d'un pélerinage au temple de Poséïdon (alias Neptune chez les romains)… Tuer le temps. Faire en sorte qu’il passe rapidement pour être au plus vite auprès d’elle.

Mais non, tu n’y es pas. Quoique…

 

Je profitais d’une nouvelle trombe pour me laisser aller. Il n’y avait pas que des gouttes de pluie qui coulaient sur mon visage. Qu’importe, personne n’y verrait rien. Et moi, je pouvais arrêter de faire semblant.

Je connaissais exactement, depuis le moment où j’ai décidé d’acheter le billet pour la Grèce, ce pourquoi j’allais à Athènes.

Le 13 décembre, premier jour passé à la capitale grecque, la lune était pleine. Le 27 décembre dernier, par un grand miracle, la nouvelle lune disparut aux yeux des hommes pour seulement être près de moi, pour se donner à moi.

Je devais vous narrer la fin de mes tribulations en terre hellène, et finalement il s’agit d’une nouvelle déclaration. C’est ainsi. Mes mots ne m’appartiennent plus.

Je crois que je suis devenu fou dis-je à Arsenios. Il se mit à rire. A moins qu’on m’est rendu fou. As-tu déjà eu le sentiment de n'être qu'un enfant entre les mains d'une femme ?

 

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