14.05.2009

De l'autre côté du mouroir

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Je le pense toujours.

Le penserais-je à jamais ?

Apparât offert au brut de l'émeraude. La réalité de la vie est assujettie aux passions dévorantes, illusions et chimères qui nous font oublier que nous marchons sur un cimetière. Le noir sur le blanc... Continuons à oublier... Continuons à faire semblant...

 

Un souffle dans le vent. Un vent léger et tiède. Un souffle puissant et chaud. Il court. Ses pas sont longs. Et puis Jad s'arrête net, se retrouvant devant l'immensité. Au bord d'une falaise, le bleu s'étale devant les yeux du jeune homme. La mer... Il veut la traverser, voir ce qu'il y a au loin, là-bas... Déchirer cet horizon.

Le disque du soleil s'élève et souligne l'horizon d'un trait de lumière. La journée commence pour Jad, ou plutôt, elle recommence. Evidemment, les jours se ressemblent tous. Ces gens qui voyagent, qui s'aventurent, qui transforment le monde à travers leurs yeux, en fait, ça n'existe pas, sauf dans les bonnes vieilles histoires. Et pourtant, il rêve, il y croit. Tout le temps. Mais surtout le soir, avant de dormir, couché sur son tapis rouge et jaune. Il découvre des mondes inconnus, rencontre des hommes au langage différent, il partage les coutumes, s'habille et mange come eux... Il rêve tous les soirs, avant de mourir dans un sommeil lourd et profond.

Déjà, il entend Cheikh l'appeler de son cri strident, son cri habituel, celui de la naissance au monde.

Au travail. Il est temps d'arrêter de rêver.

Pour l'instant.

 

Elle grimpe sur son lit, ouvre fenêtre et volets, découvre le mur d'en face. Il pleut. Elle aime ce temps. Ca donne de la consistance à l'air. De la réalité. L'air, ça ne se sent pas, ça ne s'attrappe pas. La pluie, évidemment, ça mouille. Quel truisme ! Mais c'est du matériel, c'est la vie même.

Ce mur d'en face, c'est l'éternel collège gris où les élèves apprennent, sont éduqués, cloîtrés dans une cellule rassurante qui forme le futur citoyen. Des collégiens qui deviendront des êtres libres dans une société élitiste. Nour sait très bien que sa lumière est là, dans cette enceinte savante.

Réussir pour s'enfuir.

La pluie tombe drue. Le ciel s'énerve. Les nuages vrombissent. Et Nour songe, dans la fraîcheur d'une matinée pluvieuse. Ses yeux fixent toujours le mur. L'orage augmente en force et bientôt, toutes les gouttes cachent le collège. Un autre mur...

Elle entend soudain sa mère qui l'appelle dans la cuisine.

C'est l'heure du petit déjeuner.

Aïn

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