01.07.2009
Chronique d'un retour au bled : II - Bakchich

J’installe la chaîne-hifi à mes pieds puisqu’évidemment, celle-ci ne rentre pas dans les compartiments prévus pour les bagages à main. Il me faudra passer le temps de la traversée dans une position inconfortable. Mais qu’importe. Je suis ravi de retourner enfin en Algérie. Un mois de vacances. Et pour une fois, je serai indépendant.
Enfant, sous les jupons de ma mère, je ne voyais rien de l’Algérie sinon mes tantes, mes oncles, mes cousins. Ah ça ! On en faisait du train et du taxi. On traversait tout l’oranais d’Est en Ouest et du Nord au Sud. Mais sans jamais profiter du pays. Cette année, ça ne se passera pas comme ça. J’ai tout prévu pour. Mon sac à dos de randonneur, ma casquette mao adorée et… un caméscope flambant neuf.
L’avion se déplace lentement sur la piste d’envol puis s’arrête. Ma mère est heureuse. Les stewards et hôtesses de l’air font leur numéro inutile. Si l’avion s’écrase, heureusement qu’il y a les sorties de secours et une bouée de sauvetage… !
Le régime du moteur augmente alors que l’avion reste sur place. Un étrange silence plane à l’intérieur du compartiment voyageur alors que quelques secondes auparavant, tout n’était que bruit, piaillements, rires… Le pilote lâche le frein à main et l’avion, agité par quelques soubresauts, s’élance rapidement sur la piste. Le nez de l'appareil commence à s’élever et enfin l’avion s’envole. A ma grande stupéfaction, tout le monde se met à applaudir. Quelques youyous fusent même. Le stress du décollage sans doute, l’excitation du départ, d’un retour aux sources. Maman arbore toujours un grand sourire, taquine mon petit frère qui se laisse faire. Je sors un livre que je feuillette jusqu’à ce que les plateaux repas soient servis. J’ai toujours aimé manger dans les avions. Ce moment symbolise pour moi le voyage par excellence. C’est rarement bon, mais c’est une idée agréable de se dire que je casse la croûte au milieu des nuages. A vrai dire, je n’ai pas tellement faim. J’avais déjà pris un petit déjeuner copieux le matin. Et arrivé à l’aéroport, je m’étais offert un sandwich. Il n’empêche, manger dans l’avion reste toujours un événement important pour moi, et même sans appétit, je me restaure avec envie. Entre deux feuilles de salade, j’observe le monde par le hublot, admirant les volutes de nuage et le bleu de la méditerranée.
Le voyage s’effectue assez rapidement finalement. L’avion atterrit. Il est quinze heures. Les visages sont gais. Les gens commencent à se lever alors que l’avion ne s’est pas encore arrêté. Le personnel ne moufte pas. A travers le hublot, la lumière du soleil d’Afrique est aveuglante. Il a l’air de faire si chaud. Même le bitume de la piste semble fondre sous les coups de boutoir des rayons de soleil. Sur le tarmac brûlant, premier choc esthétique : une magnifique et élégante cigogne traverse le ciel majestueusement et se pose sur un des palmiers embellissant l’aéroport Es Senia.
Au contrôle d’identité, un jeune gendarme, petite moustache et képi vissé sur la tête observe nos papiers.
- Tilamsani ? Tlemcéniens ? demande le jeune homme.
- Eeeh ! Oui ! répondis-je (et non pas Waaah, comme disent les oranais)
- Marhaba bikoum fi biladikoum. Bienvenue à vous dans votre pays.
Trois coups de tampon violents sur la paperasse et nous passons récupérer nos bagages. Je déclare mon caméscope à la douane. Pendant ce temps, ma mère a affaire avec un douanier typique, vêtu de bleu, gras, à la moustache fournie, lunettes de soleil imposantes. Elle lui fait comprendre que sur la poche de devant, dans une de ses grosses valises, il y a quelque chose pour lui. Le douanier ouvre la valise, sort un sachet confectionné par maman, rempli de paquets de cigarette et de confiseries. Ce sachet est jeté nonchalamment dans un bac sous la table, rejoignant ainsi d’autres bakchichs. Le douanier referme la valise, fait semblant de la tripoter et nous fais signe de circuler sans même prêter attention aux autres bagages. 2003, et l'administartion algérienne fonctionne encore au bakchich !
Aïn
13:30 Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : algerie, bakchich, aeroport es senia, air algérie





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Commentaires
notre belle civilisation méditerranéenne, en plus affichée
Ecrit par : brigetoun ou brigitte célérier | 01.07.2009
Et la suite alors? Moi j'aimerais bien savoir si ta randonnée à bien eu lieu :-)
Ecrit par : Mesk-Ellil | 16.07.2009
Et la suite alors? Moi j'aimerais bien savoir si ta randonnée à bien eu lieu :-)
Ecrit par : Mesk-Ellil | 16.07.2009
2003 ?
Ecrit par : LeM | 21.07.2009
Oui, un souvenir de 2003, dont la suite sera bientôt publié !
Ecrit par : Aïn | 24.07.2009
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