27.06.2009

Chronique d'un retour au bled : I - Marignane

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Aéroport de Marignane, été 2003

 

- Tu prendras ça comme bagage à main.

J’ai appris à ne pas discuter avec ma mère dans des moments comme celui-ci. Mais tout de même, ça ne m’empêche pas de penser que c’est du grand n’importe quoi. Et puis tiens, si je tentais le coup ?

- Maman, ils me laisseront pas monter avec un bagage à main comme ça.

Miracle, elle ne s’énerve pas, ne crie pas… Elle ne me dit rien même. En fait, elle m’ignore ! Pour elle, c’est acquis. Déjà, elle ordonne à mon petit frère de prendre un cabas qui fera aussi office de bagage à main. Je veux bien lui faire confiance à ma mère. Vingt cinq ans qu’elle fait des allers-retours Marseille – Oran par avion. Ce n’est pas moi qui vais ramener ma fraise sur ce point. D’autant plus que ça fait un peu moins d’une dizaine d’années que je ne suis plus retourné sur la terre de mes ancêtres, alors qu’auparavant j’accompagnais régulièrement la Mama au bled. C’est qu’elle est maline ma mère, et rôdée à l’exercice. Déjà, pour enregistrer la multitude de valises et de paquetages, elle espère toujours qu’un cousin éloigné travaillant à l’aéroport pour Air Algérie s’en occupe. Et ça fonctionne à tous les coups. Cette fois-ci, il est encore là. On se tape la bise, on prend des nouvelles, et à la pesée des bagages qui dépassent allègrement le quota autorisé, le cousin répond par un sourire de connivence à la question faussement innocente de ma mère : C’est combien pour le surplus ?

Il ne reste plus qu’à saluer notre père qui restera à la maison. Maman n’hésite pas à le narguer, lui qui annonçait qu’avec tout cet excèdent de poids, elle allait payer une fortune et qu’il fallait qu’elle se débrouille toute seule si jamais, comme il le clamait prophétiquement, la note était salée. Mais nul n’est prophète en son pays. Et mon père ne fit aucun commentaire. Il n’égrena même pas une quelconque litanie des dix commandements avant le départ sachant qu’il n’a rien à apprendre  à sa femme sur l’Algérie.

Entre mes bras, une énorme chaîne-hifi empaquetée dans un sac kabyle (ces sacs en plastique blancs, à carreaux écossais) me bouchait la vue. Je me dirige au son des pas de ma mère et nous rejoignons la salle d’embarquement. Une demi-heure à patienter. Maman passe au duty-free  et achète cartouches de cigarette, paquets de chewing-gum, chocolat… Je n’ose pas lui dire que le tabac coûte vraiment moins cher en Algérie mais je suppose qu’elle veut faire plaisir à ses frères.

Il est désormais l’heure d’embarquer. Les voyageurs se lèvent et se massent ver le check point où seront vérifier passeports et billets. Ca se bouscule. Je ne comprendrais jamais cette tradition étrange. On se serre, on se pousse, on se teste… Ma mère s’engouffre et moi, avec mon énorme colis, je ne peux pas la suivre. Je la tance légèrement en lui faisant remarquer qu’il ne sert à rien d’agir ainsi, que nos places sont numérotées et que l’avion ne va  pas partir sans nous désormais. Elle sourie et continue.

Devant moi, une femme d’une quarantaine d’années, exubérante, maquillée à la peinture et pleine de bijoux ostentatoires, commence à se disputer avec une dame plus âgée, fichu blanc sur la tête, à l’apparence honorable mais à la langue bien pendue. Elles s’insultent vite, et la grand-mère profère dans un cri aigu l’injure suprême : Y’oudia ! Juive ! Dans la salle d’embarquement, à notre droite, une queue belle et propre, civilisée. Les têtes se tournent vers nous : des personnes se rendant à Tel-Aviv, Israël. J’ai honte. La dispute cesse rapidement malgré la violence des mots et des gestes. C’est que les premiers voyageurs ont passé le cordon de sécurité et se rendent déjà vers l’avion. Ces dames préfèrent se tourner vers cet objectif majeur et continuer à pousser. Ca y est, c’est terminé, oublié. Même en ayant l’habitude de ces situations, même en m’y attendant, je reste à chaque fois surpris par ces éclats aussi soudains qu’éphémères.

 

Je passe en premier. Dans l’allée, à bord de l’avion, la chaîne-hifi passe tout juste entre les sièges éventrés, aux toiles en lambeaux. Pas très rassurant. Planté en plein milieu, un steward d’une trentaine d’années me bouche le passage. Coiffe courte à la brosse, lunettes de soleil à la David Hasselhoff, torse bombé, un Top Gun à l’algérienne. Le voilà qui m’interpelle, un tantinet agacé. Avec le bruit environnant, je comprends à peine. Ca à un rapport avec mon bagage à main. Je me retourne vers ma mère qui réagit tout de suite, agacée elle aussi.

-  C’est rien, c’est qu’une chaîne-hifi !

Le steward me regarde, dubitatif.

-  C’est une chaîne-hifi ? me demande t-il.

Je savais qu’on allait avoir des soucis à un moment ou à un autre. Je ne peux pas faire autrement que lui dire la vérité.

Oui… lui répondis-je timidement, prêt à me faire sermonner. Imaginant même le pire.

-  Alors c’est bon, passe, et dépêches toi de t’installer.

J’ai du mal à croire ce que j’entends, mais je ne bronche pas. Avoir une chaîne-hifi comme bagage à main quand on voyage avec Air Algérie, c’est normal !

Aïn

19.06.2009

The sun shines for all

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So much have been said, so little been done
They still killin' the people
And they havin' a lots of fun
Killin' the people, havin' their fun
They just want to be the leader
In the house of the rising sun
Aïn

 

 

18.06.2009

I swear by the moon...

La Lune brille quand il fait noir, le soleil uniquement quand il fait clair. (Lichtenberg)

Si je dois dormir par terre, je le ferais sans hésiter, tant que je peux voir la Lune. (Galliano)

Si tu es le préféré de la lune, que t'importe les étoiles (Sagesse (?!?) marocaine)

Aïn

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