31.07.2009

Ô Algérie, mon aimée

Aïn

30.07.2009

3 - Enta Aref Leih ? : de Hurghada à Avignon, un vent de liberté.

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Aïn

29.07.2009

Livres tombés des mains...

2007, c'est déjà loin. Soupirs...

 

Qu’un livre me déplaise, cela arrive. Pas si souvent en fait, car je me débrouille toujours pour trouver un bouquin qui va me ravir. Mais il arrive finalement qu’un livre puisse littéralement me tomber des mains.

L’auteur se présente à moi alors que je suis à la banque de prêt de ma bibliothèque. Enchanté, d’une part parce qu’elle est charmante, d’autre part parce qu’il est toujours agréable de rencontrer un écrivain en chair et en os, je ressens finalement une gêne. Et si j’avais tort ? Et si son seul bouquin que j’avais tenté de lire était finalement bon ? - moi qui avais abandonné à la quarantième page, ennuyé au plus au point.

Et bien qu’importe. Le personnage est fort sympathique et assez volubile. Les quelques lecteurs présents en salle doivent se régaler à l’écouter parler. Je suis obligé de vaquer à mes occupations. Mais tout de même, bien avant la fermeture de la bibliothèque, je m’approche et écoute attentivement.

9460f95dcecd13d408078c851ca385eb.jpgDominique Mainard est un auteur peu médiatique (quoique) mais plutôt, me semble-t’il, reconnu dans le milieu. Pour preuve, Leur histoire obtient en 2002 le prix Fnac et le prix Alain Fournier, et Alain Corneau en 2005 adapte ce livre au cinéma avec le film Les mots bleus, dont les acteurs principaux sont Sylvie Testud et Sergi Lopez.

Mais à l’écouter parler, s’expliquer sur l’écriture longue (3 ans) de son dernier roman, Je voudrais tant que tu te souviennes, je me rends compte qu’il est logique que je n’ai pas apprécié ce livre.

La seule chose (et c'est vraiment la seule) qui m’avait frappé à la lecture de ce livre, c’est qu’elle introduisait ses phrases directes de deux manières : soit en ouvrant les guillemets, soit en commençant franchement, sans forme classique, ni guillemets, ni tirets. Je demandais donc à Dominique Mainard de m’en expliquer la raison. J’osais espérer que cela cachait une subtilité ravissante que je n’avais pas comprise et qui allait me redonner envie de lire son livre abandonné. Elle me répondit qu’elle faisait en fonction du texte, suivant comme il sonnait. Stupéfaction de ma part. Je ne dis rien, mais n’en pensais pas moins. Hélas, j’aime à ce que, dans un texte, tout soit réfléchi, chaque mot pesé. Ma sensibilité malheureusement s’arrête là.

Pour d’autre sans doute cela suffira. Mais pas pour moi. En plus d’une histoire trop légère et mièvre à mon goût, j’avais ressenti ce manque au niveau du détail, de la construction. Tant pis.

 

 

 

89f99b234d1a0fa458f05eafaa7ae02f.jpgBabylone Babies de Dantec, son troisième roman que je dois lire, m’attendait sur la table de chevet. Je le pris, le commençais et abandonnais à la trentième page. Sans doute pour mieux le reprendre plus tard. Mais le style de l’auteur, anciennement français et récemment canadien, manquait cruellement de poids face à celui d’un Damasio dans son chef d’œuvre La horde du contrevent. Je le dis, je n’ai rien lu de tel. C’est le genre de fichu bouquin qui m’empêche même de choisir un autre roman, de peur de tomber sur quelque chose de trop moyen. Alors je me rassure avec du solide, et relis finalement avec plaisir Le seigneur des anneaux, en attendant de commencer La zone du dehors, l’autre livre de Damasio, que je garde dans un coin tel un précieux trésor, gourmand et avide de grands moments. Je tiens d’ailleurs à remercier le Transhumain et Systar qui m’ont poussé à lire Damasio à force de notes sur leurs blogs respectifs.

 

Fermé la dernière page de La Horde du Contrevent et donc déçu, oui je dis bien déçu, parce qu'il faut se le dégoter le bouquin du même niveau, je décidais de me gaver de ce son qui restera MON hit de l'été 2007.

podcast








Aïn

28.07.2009

2 - Enta Aref Leih ? : de Hurghada à Avignon, un vent de liberté.

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Il faut que j’arrête de me faire des films. Et d’ailleurs, le café turc, enfin servi par un charmant adolescent, contribua à me réveiller totalement. En buvant, je sentis l’épais et sirupeux liquide noir couler doucement le long de mon œsophage. Un délice de cardamome et de fleur d’oranger.

Le soleil était maintenant haut dans le ciel immense. Mes amis décidèrent de profiter de ce merveilleux temps pour aller se mettre en maillot et se baigner, ce que je refusais catégoriquement de faire. Je ne dis pas que l’idée de me rafraîchir dans la Mer Rouge fut déplaisante, mais l’environnement ne m’enchantait guère. Tout près des enfants qui s’amusaient au bord de l’eau, des bateaux de nouveaux riches étaient parqués, en masse, laissant peu d’espace pour les baigneurs et ceux qui désiraient simplement voir l’horizon, et peut-être même, au loin, la péninsule arabique. Je décidais donc de rester dans la buvette. Hugo ne fit pas tant d’histoire. Affublé d’un caleçon rouge, il couru avec enthousiasme se jeter à la mer. Les autres firent de même. Sauf Marie qui s'allongea sur un transat. Quant à moi, je restais à la buvette avec Jean, le père de famille, qui se régalait à porter, élégamment je dois dire, un magnifique chèche orange. Nous commandâmes un autre café.

- Dis moi Chékib, il faut que nous parlions sérieusement. J’ai besoin de tes lumières.

- Et que puis-je faire pour toi ? lui demandais-je gêné.

- Voilà, tu sais le travail que je suis en train de faire… A propos de mon livre. Je sais de quelle manière tu vois et tu vis l’Islam. Il faut que tu m’expliques où, dans le Coran, il est dit à la femme de porter le voile.

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Cette question venant d’une autre personne que lui, j’aurais éviter la discussion. Tellement de gens, sous des dehors ouverts, me demandent ce qu’il en est du voile, de la condition féminine, de la polygamie, du porc, de l’alcool, du Ramadan, des terroristes dans l’Islam. A mes tentatives d’explications, ils me sourient et me regardent comme s’ils étaient attentifs, alors que leurs écoutilles sont fermées et leurs jugements déjà arrêtés.

 

- Je vais essayer de te répondre Jean, de manière synthétique. Traduire, c’est trahir disait Platon. Imagines-tu ce que cela représente de traduire alors un texte sacré pour un croyant ?

- Mais je ne veux pas que tu te retrouves en…

- Non, ne t’inquiètes pas, lui dis-je avec un sourire. Je ne refuse pas l’explication. C’est juste qu’elle commence avec cette introduction, vraiment importante. La langue arabe est la langue sacrée du Coran, un livre qui n’a pas été écrit par Mohammed, mais qui vient directement de Dieu. Le Prophète n’en était que le réceptacle et le diffuseur. Ainsi, la langue arabe dite classique, est devenue liturgique et s’est fixée définitivement avec le Coran. Il faut le signaler ça, parce que le mot, la parole, dans les trois religions abrahamiques est sacrée.

- Au commencement était le Verbe... ?

- Exactement, Jean. Le Verbe, cette Parole que Dieu a insufflé dans l’homme.

- Jésus est la Parole de Dieu sur Terre pour les chrétiens, tu le sais ?

- Oui. Il en est de même pour les musulmans. Le grand maître soufi andalou du XIIème siècle, Ibn al Arabi, disait de Jésus qu’il était Kalimat Allah, la Parole de Dieu, ou encore Ruh Allah, l’Esprit de Dieu. Ainsi le mot, même linguistiquement parlant, tu sais les histoires de signifiant et …

- Signifié ?

- Tout à fait ; le mot est donc sacré.

- Mais où veux-tu en venir ? me demanda Jean impatient.

- J’y viens, j’y viens. Le problème c’est la traduction, et les glissements sémantiques qui s’opèrent. Le voile, ce que l’on porte sur la tête, est le terme en français qui traduit hijab.

- Oui, hijab.

- Et quelle est la différence entre le Hijab et le Tchador ?

- … euh, la burka, c’est sûr la différence est nette, me dit-il en riant.

 

Je ris à mon tour. Les cafés furent servis.

 

- Huit fois le mot hijab est abordé dans le Coran. Jamais pour représenter l’habit dont la femme devrait se couvrir la tête.

- Comment ça ? Me demanda-t-il interloqué.

- De tête, je vais essayer de te citer les versets. Alors attend… Dans la sourate Al-A’raf : " Entre les deux séjours, ciel et enfer, s’étend un voile. Là se dresse Al-A’raf ".

- Là, c’est comme une sorte de rideau, une séparation…

- Peut-être même un intermonde… Ensuite, dans Le voyage nocturne :  " Lorsque tu récites le Coran, nous baissons un rideau invisible entre toi et ceux qui ne croient pas en l’Au-delà ".

- Encore une fois, il y a plus une idée de séparation…

- Le voile est comme une protection divine automatique, pour parler trivialement, qui se met en marche au moment où la Parole re-naît dans la bouche du croyant.

- Très bien.

- Ensuite, nous avons la sourate Marie : " Et fais aussi mention de Marie, quand elle alla s’isoler loin des siens en un lieu situé à l’est de la ville. Elle étendit un voile entre elle et le monde ".

- Euhh … C’est pas d’ordre divin là ?

- Non. C’est tout simplement une image pour souligner l’éloignement géographique. Continuons. Dans la sourate Les Coalisées : " Si vous demandez quelque chose aux épouses du Prophète, faites qu’un voile s’interpose entre vous et elles ".

- Ca veut dire quoi là ?

- En fait, dans cette partie de la sourate, il est expliqué comment se conduire lorsque quelqu’un va chez le Prophète. Le mot hijab a encore le sens de rideau. Ce n’est qu’en s’adressant aux épouses du Prophète que l’on doit le faire derrière un voile. Dans la sourate Cad, hijab signifie crépuscule :  " Quand un soir on lui présenta de nobles cavales, il dit : " j’ai préféré l’amour de ce bien au souvenir de mon seigneur, jusqu’à ce que ces chevaux aient disparu derrière le voile. Ramenez-les-moi. " il se mit alors à leur trancher les jarrets et le cou ".

- Et…

- Attends, il me reste trois versets. Je finis vite, et je te laisse la parole. Dans la sourate Du livre aux versets distincts, un verset évoque ceux qui se détournent de l’appel du Prophète : " Ils disent : " Nos coeurs sont enveloppés d’un voile épais qui nous cache ce vers quoi tu nous appelles ; nos oreilles sont atteintes de surdité ; un voile est placé entre nous et toi. Agis donc, et nous aussi nous agissons " ". Dans la sourate La libération : " Dieu ne saurait directement parler à un mortel si ce n’est sous forme de révélation, de derrière un voile ou par l’envoi d’un messager qui révèle, avec sa permission, sa volonté à l’homme ". Enfin, dans la sourate Les fraudeurs : " Et certes, au Jour du Jugement, ils seront séparés par un voile de leur Seigneur ".

- C’est très intéressant ce que tu me dis là, du point de vue sémantique.

- C’est sans doute intéressant, mais c’est surtout important, parce que finalement, autour de nous, en France je veux dire, qui le sait ?

- C’est sûr que la médiatisation du... voile... tiens, je ne sais plus comment l’appeler... bref, joue un rôle important dans l'amalgame.

- On nous sert un flan prêt à démouler. Il suffit de tirer sur la languette. Il reste plus qu’à avaler.

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podcast

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A ce moment là, Hugo, tout trempé, s’assit à coté de moi et me demanda si je n’avais pas envie de me baigner. Je lui répondis que non. J’avais bien raison, paraît-il. L’eau avait un goût de pétrole à cause des yachts qui mouillaient dans la crique. Jean me fit comprendre que nous reprendrions la discussion plus tard. J’allais rejoindre Marie, la sœur d’Hugo, qui était restée allongée sur un transat. La fin du voyage s’avérait difficile pour elle. Une grosse indigestion à Gourna, à notre séjour au pied de la Vallée des Rois, fut la terrible sanction qui suivit ses excès lors des repas. Elle mangeait alors comme quatre, se régalait de brochettes d’agneau, de poulets, de fèves, de tahina… Et un soir, après une ballade obligatoire à Karnak, visite incontournable malgré un tourisme de masse effrayant, elle passa son temps a essayer de vomir dans les toilettes de sa chambre. Un docteur accouru à deux heures du matin, administra une piqûre, et la fit dormir. La marche dans le désert fut un calvaire pour elle. Pas seulement pour son ventre. Mais aussi parce qu’elle ne voyait vraiment pas l’intérêt de passer trois jours à vadrouiller dans le désert, sous un soleil implacable, avec personne à rencontrer. Les bédouins n’étaient pas trop bavards, ni les chameaux. Qu’est ce qu’elle me faisait rire. Tout le monde la prenait pour une algérienne en Egypte. Elle en profitait pour se faire passer pour ma sœur, était intraitable dans les souks, baragouinait quelques mots d’arabes que je lui avais appris et qu’elle savait parfaitement utiliser. Elle aimait porter un foulard noir, avec d’énormes lunettes de soleil. Sa prestance naturelle, la blancheur de sa peau et son visage la faisait passer pour une star du cinéma arabe, en vacance incognito. A Karnak, je fus stupéfait de voir un tas de jeunes écolières en sortie culturelle se ruer comme des groupies devant Marie, à vouloir prendre des photos avec elle en lui tenant la main, à vouloir l’embrasser. Les jeunes hommes étaient pareils. Sous le charme. C’était moi qui prenait les photos. J’en ai une invraisemblable. Marie est au milieu d’une nuée d’enfants et de jeunes hommes égyptiens. On voit les touristes occidentaux en fond , interloqués, se demandant s’ils n’avaient pas tout près, une star égyptienne, et prenant donc eux aussi, on ne sait jamais, des photos. Marie jouait son rôle de starlette, les yeux dans le vague, offrant quelques sourires bien choisis, mais pas plus, donnant l’air d’être inabordable. Mais qu’est que j’ai ri ! Elle m'avait avoué qu'elle avait adorée se prendre pour Ruby.

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Aïn

27.07.2009

1 - Enta Aref Leih ? : de Hurghada à Avignon, un vent de liberté.

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Dire que j’ai laissé ma veste dans ce désert. Heureusement, j’avais bien pris soin de garder mes papiers dans mon sac à dos que je ne quittais jamais. Mais enfin, cette veste, elle va me manquer. C’était la première fois que j'en achetais une qui me plaisait vraiment. Je me sentais bien dedans. Et surtout, j’avais le sentiment d’avoir fait une bonne affaire, payée seulement trente euros, et d’une qualité telle, à mes yeux, que j’aurais déboursé sans hésiter quatre-vingt euros pour me l’offrir. Résultat, elle est restée, oubliée, dans un 4x4 qui nous ramenait alors à la civilisation. Et quelle civilisation !

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Après deux jours de marche dans la quiétude du désert blanc égyptien, deux nuits à la belle étoile, des repas étonnamment succulents préparés par les bédouins, les cinq prières quotidiennes partagées avec ces derniers, ma préférée étant définitivement celle du lever du soleil, et sans parler de toutes les autres aventures du périple qui ont précédé cette marche, deux 4x4 nous enlèvent de ce lieu magique dès six heures du matin, après le petit déjeuner, pour nous emmener comme prévu dans la périphérie d'Hurghada, horrible station balnéaire. De celles qui pullulent au bord de la méditerranée, avec jeunes palmiers plantés en rang d’oignons au bord des routes, et innombrables hôtels ainsi que bazars multicolores pour touristes. Le seul charme de l'endroit, c'était son accès à la Mer Rouge.

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Après avoir salamalikoumés nos guides du désert, récupérés nos bagages, nous sommes allés prendre un bon café turc à la buvette de la plage privée où nous devions sagement patienter jusqu’à midi.

‘arba cahwa masboud, thalata khafif, ahad karkadi, and one coca, soit quatre cafés sucrés, trois sans sucres, un thé au carcade, and one coca. Le service était long alors que nous étions seul dans cette buvette. Petit à petit, des couples de jeunes touristes blancs, des pays slaves sans doute, semblant tout juste sortir de leur sommeil, rejoignaient les affreux transats en bois bleus de cette plage privée. Toutes les femmes, maigre comme des clous, les cheveux blonds cuivrés par l’effet du soleil et de la mer, les yeux bleus fatigués, la peau hâlée, faisaient du sein nu, ce qui semblait, après le voyage que nous étions en train de terminer, terriblement choquant. Mais finalement, il n’y avait pas de quoi, puisque mis à part les quelques employés affublés de sorte de pyjamas bleus, toutes les personnes présentes étaient européennes. Plutôt que choquant, ça me semblait ridicule et risible. Un peu comme les hommes qui accompagnaient les jeunes filles russes, blancs comme des cachets d’aspirines, le visage émacié par la lassitude provoquée par une courte nuit, le regard gêné par le soleil et la clarté du ciel azur. Cela me semblait surréaliste. Etais-je encore en Egypte ?

En attendant ce maudit café qui tardait à arriver, Ruby, où plutôt Roubi, comme on l’appelle dans les pays arabo-musulmans, passait à la radio.

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podcast

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Ah ! Ruby. Elle me rappelle mes cousines en Algérie.

Dans mon pays d’origine, tous les foyers ont des satellites. Pas pour regarder les chaînes françaises, comme nous le croyons, mais bien pour se brancher sur Al Jazeera Sports et s’enflammer sur des matchs de football de la liga espagnole. Ca, c’est pour les hommes. Les jeunes. Les plus vieux ne regardent absolument pas la télévision. Les femmes, elles, adorent regarder les séries égyptiennes, libanaises, et même mexicaines. Quant aux jeunes filles, dès qu’elles le peuvent, elles zappent sur les chaînes de clips musicaux non-stop où des chanteurs à la mode du Moyen-Orient, de l’Egypte à la Jordanie, font le délice des demoiselles algériennes. Enfin, quand je dis chanteurs, je devrais préciser chanteuses. Non, elles ne raffolent pas des beaux hidalgos crooners ou rebelles telles de petites midinettes, les chaînes l’ont bien compris puisqu’il n’y en a pas. Mais elles admirent avec délice les princesses de la chanson arabe, toutes jeunes, belles, et sensuellement libres. Combien de fois ai-je surpris mes cousines à peine plus jeunes que moi, s’amuser à danser entre elles comme leurs favorites. Leur préférée est justement, sans aucun doute, Ruby, égyptienne qui défraya la chronique dès son premier clip. Quelques autorités moralisatrices furent outrées de la voir marcher dans les rues d’une ville occidentale, en l’occurrence Prague, habillée en danseuse du ventre. Qu’importe, d’autres clips suivirent, et elle est désormais la nouvelle coqueluche des jeunes du monde arabe.

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Face à ces
réactions négatives, exagérées, j’ai pris conscience
que nous vivons ici dans une société conservatrice.
Pour certains, ce que je faisais dans mes clips était «
haram » (interdit par la religion). Pas pour moi. On
oublie vite que la danse du ventre fait partie de nos
traditions et que la télévision montre en permanence
des vieux films avec des femmes habillées comme
moi dans ce clip. L’essentiel est d’être sincère. Je
crois profondément en ce que je fais. Je m’exprime
dans mes chansons et mes clips à la fois à travers
ma voix et à travers mon corps. C’est sans doute
liberté affichée avec conviction qui a dû choquer.

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Aïn

26.07.2009

Les Palestiniens, qui sont-ils ? Ils n’existent pas

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Qu’elle était naïve, décidément, cette idée selon laquelle, avec l’expansion des moyens de communication, il ne serait plus possible de commettre une exaction sans que l’opinion internationale, aussitôt alertée, réagisse par une protestation unanime... Alors que, pour compenser ce rétrécissement spectaculaire de la planète, il suffisait d’intensifier en proportion les efforts de propagande. Les bombardements israéliens sur Gaza en offrent la démonstration la plus achevée. Vous croyez voir une population prise au piège, privée de tout par un blocus inhumain, se faire massacrer par un Etat qui, soutenu par la première puissance mondiale et assuré, quels que soient ses forfaits, de ne jamais être inquiété, occupe illégalement des territoires et opprime un peuple depuis quarante ans, en violant sans cesse ses engagements ? Abracadabra ! Mais non : vous voyez un pauvre petit Etat merveilleusement démocratique se défendre contre les méchants islamistes qui veulent sa perte. Et le pauvre petit Etat est vraiment désolé de devoir au passage réduire en charpie quelques gamins - les seuls Palestiniens que l’on daigne considérer comme « innocents », ce sont les enfants ; et encore... - pour parvenir à atteindre les fourbes activistes méritant mille fois la mort qui se cachent lâchement parmi eux.

 

La suite de ce texte clair et incisif (Construire l'ennemi) écrit par Mona Chollet à lire sur l'excellent site Périphéries...

We and dem

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podcast


 

Aïn

24.07.2009

Songe d'une nuit d'été

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Hyppolyta

Four days will quickly steep themselves in night;
Four nights will quickly dream away the time;
And then the moon, like to a silver bow
New-bent in heaven, shall behold the night
Of our solemnities. (1)

A Midsummer night's dream by William Shakespeare (act I, sc. I)

 

Les journées sont longues et chaudes. Le soir, le sommeil me vient difficilement. J'ai beau lire, trouver des occupations, écrire et repousser le moment où je me déciderai à rejoindre mon lit, ma douleur reste intacte. Légère et infime, juste un pincement au coeur, une inaptitude à respirer correctement, le souffle toujours trop court à mon gré.

Tu me manques.

Une ou deux heures du matin, je tourne en rond sous le léger drap blanc qui m'enveloppe. Je suis fatigué, mais le sommeil profond, la paix, le repos du guerrier me fuit. Le combat engagé contre mon oreiller est âpre. Epuisé, enfin, je m'abandonne à l'inéluctable : rêver de toi, rejouer la musique de nos moments passés ensemble.

Je passe en revue la playlist de nos souvenirs. Je censure tant bien que mal les épisodes tragiques, ceux qui m'empêcheront définitivement de me reposer. Ces derniers temps, avec plaisir, je me rappelle d'une de nos premières nuit passée ensemble. Peut-être la deuxième ou la troisième. Une nuit douce et sucrée comme le miel. Nous nous étions embrassés sans nous arrêter, tout simplement, plus fougueusement, puis ensuite à nouveau tendrement, essayant de contenir le désir qui brûlait nos ventres chauds. Nous échangions des voeux d'amour pudiques, dignes d'enfants de quatorze ans. Je baisais tes yeux que tu m'avais offert ad vitam eternam, et qui devenaient mes yeux. J'embrassais ton front, tes joues, ton cou, tes épaules et je revenais à tes yeux afin d'éviter ce qui m'effrayait au plus haut point : profaner le temple sacré.

Il fallait que survienne le moment de dormir, comme une délivrance pour ne pas sombrer dans des étreintes par trop charnelles. Il était sans doute très tard. Tu posais ta tête contre mon épaule, te blottissant contre moi, et je me tournais de trois-quart épousant ton corps pour t'offrir la présence de mon âme. Je caressais tes beaux cheveux longs, et toi, ma Princesse des Mille et une nuits, tu fermais mes yeux et tu soupirais de plaisir. C'était l'époque où je ne voulais pas m'endormir avant de te sentir partir dans mes bras de Morphée. Tu t'abandonnais au sommeil et je continuais mes caresses, observant ton beau visage. Enfin, je sombrais. Mais pas complètement. A demi-inconscient, je te susurrais mentalement ce que je n'osais t'avouer éveillé. Je te transmettais mon amour et je sentais le tien.

La nuit passe, et nous ouvrons les yeux au monde en même temps. Au monde ? Tu étais... Tu es toujours mon unique horizon. Et j'ai bien peur que tu le restes à jamais. Nous n'avions pas changé de place d'un iota tant nous étions heureux ainsi. Cependant, aucune douleur, aucune fourmi ne nous démangeait les jambes ou les hanches à être rester ainsi immobile une paire d'heures. Nous avions trouvé la position idéale. Plus tard, tu m'avouais toi-même avoir vécue cette nuit comme un doux prolongement de nos étreintes tardives, évoquant un flot d'amour inoubliable, continu et intense, bien avant d'avoir goûté au fruit défendu.

Voilà ce à quoi je rêve avant de m'endormir avec le sourire, ces nuits d'été. Même si cette illusion provoquée comble à peine la sensation de manque éprouvée.

Que mes lecteurs veuillent bien excuser l'apparente puérilité de ce texte, son romantisme adolescent dérisoire. Mais de l'esprit enfantin qui se dégage, notez seulement l'innocence, la candeur de mon affection.
Oui, je l'aime comme un enfant. Oui, je la désire comme un homme, sans cesse, chaque minute qui passe.
Je vous en prie, ne m'en tenez pas rigueur. Elle est si belle et si douce que j'ai succombé.

 


podcast

1) extrait de la pièce écrite par William Shakespeare, Le songe d'une nuit d'été, et traduite en français par Victor Hugo.

Hyppolyte

Quatre jours se seront bien vite plongés dans les nuits ;

Quatre nuits auront bien vite épuisé le temps en rêve ;

Et alors la lune, telle qu’un arc d’argent

Qui vient d’être tendu dans les cieux, éclairera la nuit

De nos noces solennelles.

Aïn

 

08.07.2009

La bouffe est chouette à Fatchakulla

 

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Ralph or What's eating the folks in Fatchakulla county.

D’après le titre original du roman de Ned Crabb, un certain Ralph (dont le « What » suggèrerait qu’il ne s’agit pas seulement d’un homme, ou alors tout du moins d’un homme qui aurait perdu de sa normalité, une bête en somme) mange du plouc dans un bled au nom improbable du nord de la Floride. Le titre français rappelle que la bouffe y est chouette. Certes.

Entre bayous et marécages, pèquenots consanguins et alcoolisés, chats à six doigts et alligators en liberté, ce qu’il reste du détesté Oren Purvis, à savoir sa tête, à tôt fait de semer la terreur dans cette cambrousse où le réflexe premier devant ce crime inhumain est de penser que l’assassin n’est autre que Willie le siffleur, un des fantômes mystérieux se mouvant dans les brumes épaisses et méphitiques du marais. Le mal… ? Je veux dire Le Mal, avec majuscule s’il vous plaît. Dieu, le Diable, la passion… ? Non rien de tout ça. Ned Crabb est un amuseur, un détourneur. Il n’a que faire de ses thématiques puissantes que se doivent de traverser toute grande littérature selon certains critiques chevronnés de la toile. Crabb est un amuseur et son polar est une farce réjouissante où le sordide laisse place au burlesque, où l’horreur laisse place au rire. Il ne s’agit pas même d’une critique sociale. Les ficelles qui animent l’intrigue sont bien trop grosses, jusqu’à la découverte du criminel tout aussi invraisemblable que les enquêteurs, anti-héros magnifiques bien plus occupés à se rafraîchir de houblon qu’à chercher des indices…

La bouffe est chouette à Fatchakulla, mais c’est surtout un délicieux foutage de gueule.

Aïn

01.07.2009

Chronique d'un retour au bled : II - Bakchich

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J’installe la chaîne-hifi à mes pieds puisqu’évidemment, celle-ci ne rentre pas dans les compartiments prévus pour les bagages à main. Il me faudra passer le temps de la traversée dans une position inconfortable. Mais qu’importe. Je suis ravi de retourner enfin en Algérie. Un mois de vacances. Et pour une fois, je serai indépendant.

Enfant, sous les jupons de ma mère, je ne voyais  rien de l’Algérie sinon mes tantes, mes oncles, mes cousins. Ah ça ! On en faisait du train et du taxi. On traversait tout l’oranais d’Est en Ouest et du Nord au Sud. Mais sans jamais profiter du pays. Cette année, ça ne se passera pas comme ça. J’ai tout prévu pour. Mon sac à dos de randonneur, ma casquette mao adorée et… un caméscope flambant neuf.

 

L’avion se déplace lentement sur la piste d’envol puis s’arrête. Ma mère est heureuse. Les stewards et hôtesses de l’air font leur numéro inutile. Si l’avion s’écrase, heureusement qu’il y a les sorties de secours et une bouée de sauvetage… ! 

Le régime du moteur augmente alors que l’avion reste sur place. Un étrange silence plane à l’intérieur du compartiment voyageur alors que quelques secondes auparavant, tout n’était que bruit, piaillements, rires… Le pilote lâche le frein à main et l’avion, agité par quelques soubresauts, s’élance rapidement sur la piste. Le nez de l'appareil commence à s’élever et enfin l’avion s’envole. A ma grande stupéfaction, tout le monde se met à applaudir. Quelques youyous fusent même. Le stress du décollage sans doute, l’excitation du départ, d’un retour aux sources. Maman arbore toujours un grand sourire, taquine mon petit frère qui se laisse faire. Je sors un livre que je feuillette jusqu’à ce que les plateaux repas soient servis. J’ai toujours aimé manger dans les avions. Ce moment symbolise pour moi le voyage par excellence. C’est rarement bon, mais c’est une idée agréable de se dire que je casse la croûte au milieu des nuages. A vrai dire, je n’ai pas tellement faim. J’avais déjà pris un petit déjeuner copieux le matin. Et arrivé à l’aéroport, je m’étais offert un sandwich. Il n’empêche, manger dans l’avion reste toujours un événement important pour moi, et même sans appétit, je me restaure avec envie. Entre deux feuilles de salade, j’observe le monde par le hublot, admirant les volutes de nuage et le bleu de la méditerranée.

Le voyage s’effectue assez rapidement finalement. L’avion atterrit. Il est quinze heures. Les visages sont gais. Les gens commencent à se lever alors que l’avion ne s’est pas encore arrêté. Le personnel ne moufte pas. A travers le hublot, la lumière du soleil d’Afrique est aveuglante. Il a l’air de faire si chaud. Même le bitume de la piste semble fondre sous les coups de boutoir des rayons de soleil. Sur le tarmac brûlant, premier choc esthétique : une magnifique et élégante cigogne traverse le ciel majestueusement et se pose sur un des palmiers embellissant l’aéroport Es Senia.

Au contrôle d’identité, un jeune gendarme, petite moustache et képi vissé sur la tête observe nos papiers.  

- Tilamsani ? Tlemcéniens ? demande le jeune homme.

- Eeeh ! Oui ! répondis-je (et non pas Waaah, comme disent les oranais)

- Marhaba bikoum fi biladikoum. Bienvenue à vous dans votre pays.

Trois coups de tampon violents sur la paperasse et nous passons récupérer nos bagages. Je déclare mon caméscope à la douane. Pendant ce temps, ma mère a affaire avec un douanier typique, vêtu de bleu, gras, à la moustache fournie, lunettes de soleil imposantes. Elle lui fait comprendre que sur la poche de devant, dans une de ses grosses valises, il y a quelque chose pour lui. Le douanier ouvre la valise, sort un sachet confectionné par maman, rempli de paquets de cigarette et de confiseries. Ce sachet est jeté nonchalamment dans un bac sous la table, rejoignant ainsi d’autres bakchichs. Le douanier referme la valise, fait semblant de la tripoter et nous fais signe de circuler sans même prêter attention aux autres bagages. 2003, et l'administartion algérienne fonctionne encore au bakchich !

Aïn

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