15.08.2009

4 - Enta Aref Leih ? : de Hurghada à Avignon, un vent de liberté.

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Rappel : Enta Aref Leih ? : de Hurghada à Avignon, un vent de liberté.

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

 

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Avant de rejoindre notre minibus, Ali, le fils de notre guide avec qui je m’étais lié d’amitié, m’accompagna dans Hurghada. Il voulait m’emmener dans un magasin à babiole tenu par un de ses cousins.

Choisi ce que tu veux, mon frère.

Proposition sympathique, mais gênante pour moi. Je ne voulais pas prendre un objet trop cher, ni un souvenir ridicule pour ne pas indisposer mes généreux donateurs. Il fallait trouver le juste milieu pour ne froisser personne. Un peu pressé par le temps, je finis par choisir une croix Ankh de taille moyenne. Ali me demanda de l’aider à trouver un cadeau pour Marie, mais je ne fus pas vraiment inspiré. Il me semble qu’il lui prit un scarabée porte-bonheur, assez petit pour pouvoir lui glisser l’objet dans la main discrètement, au moment des adieux.

 

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Une sorte de mélancolie s’empara de mes compagnons de voyage. Assis sur nos sièges confortables, nous passions en revue les moments forts de notre périple. Le minibus remontait vers Le Caire, dans un défilé d’autocar impressionnant, le tout encadré par les forces de l’ordre. C’était une mesure prise par le gouvernement pour protéger et rassurer les touristes depuis les attentats d’avril 2006.

Il faisait chaud. La route était longue et monotone. Aline, l’épouse de Jean, révisait son arabe. Marc continuait ses croquis. Thomas, comme lors de toute la durée du voyage, dormait. Marie et moi, nous observions le Sinaï, de l’autre côté de la Mer Rouge. J’étais absorbé par mes pensées. Les questions défilaient aussi vite que la route. Je ne me suis jamais senti ainsi, aussi lucide. Je jugeais ma vie passée, mon présent, mes projets. Je m’avouais à moi-même que j’étais dans le vague ces derniers temps, que je me laissais porter par la facilité, que je m’encroûtais quelque peu…

 

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Un travail, une copine, un appart, un chat… Et comme seul horizon, le lendemain. Même pas du carpe diem romantique. Non, plutôt de la fainéantise. Qu’est ce que je veux ? Toutes les cartes sont entre mes mains. Je pourrais être libre de mouvement, de pensée alors que je m’entrave moi-même.

Là… calme-toi.

Tu as eu des rêves, à une époque. Souviens-toi… Souviens-toi parce que tu peux les réaliser là, maintenant.

Voyager, lire…

Ouais, bon, rien que de très banal. Non, va plus loin. Admettons : tu peux faire ce que tu veux Chekib, alors choisis et lance-toi. Patience, tu vas trouver…

Rien. Le vide. Tu es devenu un zombi mon pauvre. Devant ce monde des possibles, limite tu paniques.

Ok, le matériel, tu ne t’en es jamais préoccupé. Ca n’a jamais été ton truc. Acheter, accumuler, c’est pas toi ça. Tu t’es défié de ça, soit par valeur, soit par fierté. Valeur ou fierté ? Non, arrêtes-toi là, sérieux, deux secondes.

Valeur ou fierté ? Bon sang, les deux… Non, avoues, fierté. Ouais, mon con ! Y a de ça. Quand même, pas seulement. T’as jamais aimé amasser. Prétentieux peut-être ? Comme si tu ne voulais pas faire partie de ce monde consumériste que tu dénigres. Et pourtant, tu fais partie du système. Tu bosses, tu gagnes du fric, tu manges ton fric… Comme les autres. Tu pourrais le manger plus intelligemment. Oui, arrêtes, t’es pas bête. Tu peux le faire.

Tu le fais déjà ? Tu penses à la petite égyptienne que tu vas aider ? Charité chrétienne mal placé, non ? Non, pas seulement. Ca te fait vraiment plaisir. Et puis, t’es pas chrétien.

Réfléchis. Laisse-toi aller...

Respire, gars ! Sinon, Marie va remarquer que tu paniques.

...

Bon, ce qui est bien, c’est que ton passé, en quelque sorte tu l’as réglé. Tu sais qui tu es. Enfin, le travail n’est jamais terminé, mais quand même, cette schizophrénie identitaire qui a bouffé une partie de ta vie, tu l’as plus. Tu te poses, là ! C’est drôle comme le hasard peut faire les choses. Les premières pages que du bouquin que tu t’étais pris, Les identités meurtrières, d’Amin Maalouf, t’avaient fait sourire :

… Lorsqu’on incite nos contemporains à « affirmer leur identité » comme on le fait si souvent aujourd’hui, ce qu’on leur dit par là c’est qu’ils doivent retrouver au fond d’eux-mêmes cette prétendue appartenance fondamentale, qui est souvent religieuse ou nationale ou raciale ou ethnique, et la brandir fièrement à la face des autres.

Quiconque revendique une identité plus complexe se retrouve marginalisé. Un jeune homme né en France de parents algériens porte en lui deux appartenances évidentes, et devrait être en mesure de les assumer l’une et l’autre. J’ai dit deux, pour la clarté du propos, mais les composantes de sa personnalité sont bien plus nombreuses. Qu’il s’agisse de la langue, des croyances, du mode de vie, des relations familiales, des goûts artistiques ou culinaires, les influences françaises, européennes, occidentales se mêlent en lui à des influences arabes, berbères, musulmanes… Une expérience enrichissante et féconde si ce jeune homme se sent libre de la vivre pleinement, s’il se sent encouragé à assumer toute sa diversité ; à l’inverse, son parcours peut s’avérer traumatisant si chaque fois qu’il s’affirme français, certains le regardent comme un traître, voire comme un renégat, et si chaque fois qu’il met en avant ses attaches avec l’Algérie, son histoire, sa culture, sa religion, il est en butte à l’incompréhension, à la méfiance ou à l’hostilité…

Bien, donc ça, c’est géré maintenant. Tu t’accommodes de tout ça. Tu as fait le bilan, tu as réglé les problèmes. Mais solutionné tout ça n’est pas une fin en soi. Alors, maintenant, avance, sans barrières.

 

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Voici le résultat de quelques jours de marche dans le désert. Les yeux ont beau chercher un nouvel horizon, une distraction nouvelle, le sable, les nuages… C’est son propre reflet que l’on voit partout, celui que l'’on fuit en temps normal. Pas d’échappatoire. Les grands espaces aliènent l’homme du XXIème siècle. Habituellement, dans la vie de tous les jours, on n’a pas le temps de penser ainsi, on évite même. Le temps, c’est de l’argent ? Le billet de banque à bon dos. Le système aussi. Je suis bien content de pouvoir m’acheter un paquet de clope quand je veux… Sûr que quand je vais retrouver mes amis, je vais leur sembler encore plus étrange. Déjà que je ne regarde jamais la télévision, que je réponds rarement lorsque mon portable sonne, que j’aime regarder la lune lorsqu’elle est nue dans le ciel sans nuage (un véritable associable), alors si je vais boire un coup avec eux au café du coin et que je reste plongé dans mes réflexions… !  

 

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La caravane des temps modernes s’arrête. Pause-pipi pour tout le bonheur de tous. Une aire de repos prévue pour les convois touristiques qui rallient Assouan au Caire. Et inévitablement, un tas de tentations pour les vacanciers. Enfin, des tentations un peu kitsch, mais qui trouvent vraisemblablement un bon nombre de clients. Je m’avance pour acheter une bouteille d’eau à une petite échoppe quand je remarque, tout au fond de l’aire de repos, un magasin qui attire ma curiosité : Un vendeur de cd !

Je consulte ma montre. Il me reste peu de temps pour négocier si je trouve ce que je veux.

Un homme d’une quarantaine d’années m’accueille à bras ouvert, content d’avoir un client. Une vieille stéréo crache de la mauvaise techno italienne, le pire des années 90. Je lui demande si il a un cd de Ruby. Il me fait comprendre qu’il n’a pas ça dans ses bacs, mais que Nancy Ajram, c’est pareil.

-         Nancy Ajram ? Mais j’en ai rien à faire. C’est Ruby que je veux.

-         Mais c’est pareil. Good, good Nancy Ajram. Beautiful !

-         Beautiful ? Bon, vous avez du Ruby oui ou non ?

-         Amr Diab, tu connais ?

-         Oui, mais je m’en moque. Vraiment. Vous avez du Ruby, OUI OU NON ?

Il me répond par la négative, je le salue, et, prêt à sortir, il me retient une dernière fois en criant : Poster, poster !

Qu’est ce qu’il veut que je fasse de son poster ? Je ne suis pas une groupie non plus. Et… Mais, ce n’est même pas Ruby. Je lui fais comprendre que je suis en retard et que le bus va partir sans moi. Il me sort une autre affiche, avec Ruby cette fois. Je regarde deux secondes. Il me demande 50 livres. Je pars en courant.

 

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Aïn

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Commentaires

A quand les suites tant attendues ? ...
Moooooooo

Ecrit par : L | 19.08.2009

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