31.08.2009
Neptune

If only I could see you
This dream wouldn’t be so very hard
Because there’s you in everything known
Désormais, rien ne sert de lutter contre le sommeil. Les paupières deviennent plus lourdes. Et résister devient difficile. La nuit fut magnifiquement blanche, sans doute l’une des plus belles, des plus intenses, des plus fiévreuses de ma vie.
Le jour pointait déjà depuis longtemps derrière le rideau. Elle me tourna le dos, se roula en boule. Je me blottis contre elle, épousant la forme de son corps et glissant une de mes mains contre son ventre. Emu, le vertige me gagna un instant.
* * * *
J’ouvris les yeux presque brutalement, inquiet d’avoir trop dormi. Le sentiment d’avoir perdu trop de temps. J’avais soif. Je me levais et m’approchait du frigidaire. Sur le bord de l’évier, un pot de miel attira mon attention. J’y plongeais un doigt et me régalais de cette gourmandise sucrée et douce. Une fois, deux fois, trois fois… sans jamais être écoeuré. J’en avais partout sur les lèvres, le long du menton, sur le torse…
Abasourdi, j’arrêtai mes enfantillages : derrière le rideau, plus de lumière. Il faisait nuit noire. Une journée était passée. Faisant ce constat décevant, je me mis à me sentir mal, manquant d’air, et ce n’était pas seulement du à la chaleur lourde qui régnait dans l’appartement. J’avais laissé filer tout un jour à juste dormir à côté d’elle, sans voir ses yeux. Il me fallait sortir.
Doucement, j’ouvris la porte et me dégageait de la chambre.
* * * *
Un air frais gifla agréablement mon visage. Je me sentais déjà mieux. Devant moi s’étendait l’immensité de la nuit au-dessus d’une forêt profonde. Je tremblais devant ce spectacle majestueux. La lune, intense de lumière blanche, prenait toute sa place dans le ciel. Elle brillait terriblement à vrai dire, et illuminait tout le paysage avec force. Devant la beauté de l’astre, encore une fois, je tressaillis.
Je fis quelques pas en avant. Mes pieds s’enfonçaient dans la mousse épaisse et humide. Aucune bête ne se fit entendre. Pas un bruit. Un silence qui n’était en rien inquiétant. La vie animale même respectait la magie du moment, comme l’humble émotion des croyants entrant dans un Temple Antique lors d’un jour de fête.
En marchant, je ne pouvais détourner mes yeux de la lune, de peur de la perdre… Je portais mon doigt encore dégoulinant de miel à la bouche. Je m’amusais à le mordiller tendrement. Une vague de plaisir me submergea. A chaque foulée, une odeur douce et entêtante s’élevait du sol, comme une étonnante fraîcheur éternelle. Je me mis à sourire, ayant le sentiment de devenir délicieusement fou. Un courant d’air chaud, comme un vent brûlant du désert, embrassa mon oreille. Je fermais les yeux. C’était Tanit, ou plutôt Salammbô, sa prêtresse, qui m’ensorcelait. Une racine écorcha mon pied, mais je ne ressentis aucune douleur. Il me fallait ouvrir les yeux si je ne voulais pas me blesser à nouveau. Ce que je fis.
La lune, la lune, Ma Lune…
Ma vue se troubla et je la vis, princesse parmi les princesses, sultane de mes nuits : son visage si finement dessiné, ses lèvres charnues, son nez de pharaonne, la peau de ses joues satinées, le regard aussi noir et profond qu’une douce nuit d’été, sa longue chevelure fleurie de mille et une constellations… Ma Lune me souriait… Et je décidais de m’offrir à elle. Je désirais être sciemment son holocauste ; qu’elle me sacrifie, me possède entièrement, qu’elle me brûle d’un feu rédempteur.
Il est dit que Neptune est invisible à l’œil nu. A ce Dieu des océans tumultueux, je décidais de confier le secret de ma passion si douloureuse, afin qu’il l’emporte avec lui, loin des yeux des hommes. C’était les dernières paroles de mon âme condamnée et emprisonnée.
Ma Lune me caressait de ses cheveux. J’étais prêt à lui laisser ma vie. Déjà mon pied droit saignait abondamment.
* * * *
J’ouvris les yeux délicatement. La première chose que je vis fut son doux visage. La première chose que je sentis fut son odeur et son parfum. La première chose que je touchai fut ses cheveux. Elle était aussi belle que le bonheur d’une vie entière.
Après avoir embrassé tendrement ses yeux et sa peau sucrée, j’offrais à son oreille endormie les secrets confiés à Neptune, qu’elle les emporte loin des yeux des hommes.
Aïn
13:52 | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : déclaration, keziah jones, neptune, amour |
|
del.icio.us
|
|
Digg |
Facebook
26.08.2009
Un samedi après-midi à Grochan

Samedi, je ne suis pas en cours. C’est le meilleur moment de la semaine et j’en profite. Je ne suis pas le seul, mes amis m’accompagnent. L’instinct grégaire me direz-vous. Il y a peut-être un peu de ça.
Tous les cinq assis, serrés sur un petit banc, nous guettons.
La lumière douce des néons est réconfortante. Samuel, mon pote renoi, me donne un coup de coude discret pour me faire remarquer une fille d’une vingtaine d’années accompagnée de son homme. Décidément, on n’a pas les mêmes goûts. Il les aime bien grasses, alors que moi ce serait plutôt le contraire. D’ailleurs, à chaque fois qu’il nous en montre une, ça nous fait rire mes potes et moi. Et bon sang comme ça l’énerve. C’est trop marrant de le voir râler Samuel, parce que dans cet état là, même s’il est noir, il rougit : on voit sa peau se foncer encore plus.
Le petit Michael, âgé de sept ans, attend ses parents à l’accueil.
Seule cette voix féminine, claire et cristalline, s’élève de temps en temps au-dessus du brouhaha éternel et réconfortant. On s’est posé en face du Frunch ©. C’est notre coin préféré. Toujours plein de monde dans ce fast-food, même l’après-midi. Au moins, si on a rien à mater, on peut toujours admirer les vendeuses isolées dans leur kiosque à glaces, crêpes et gaufres. Ces malins, ils engagent toujours des canons pour attirer la clientèle. Même si tu n’as pas faim, juste parce que tu vois continuellement du monde devant la cafétéria et les belles filles, tu vas t’acheter un truc à grailler, quelque chose à manger. Certains appellent ça le business. D'autres le baise-nass.
Jaz, il est amoureux de la rousse qui s’occupe de vendre les cafés. Elle s’appelle Mylène. On l’a vu sur la carte qu’elle accroche à son tee-shirt.
Je m’appelle Mylène. Pour vous servir !
Mais bon, Jaz, du haut de ses seize ans, qu’est ce qu’il veut aller brancher Mylène. Il le sait, alors il bouge pas. Il regarde juste.
Pedro se lève. Lui, il arrive pas à tenir en place. C’est une boule de nerf. Je le comprends pas. On est pourtant si bien là, calé comme des rois. Mais Pedro, il faut qu’il bouge. Il est sur ressort. Il tourne, vire, se balance, mange ce qui lui reste d’ongles, à moins qu’il n’attaque la peau. Quand il regarde une fille, il la dévore des yeux presque agressivement. Et si celle-ci ne répond pas à ses œillades, Pedro se retourne vers nous et la traite de vilaine. Il nous fait rire. En fait tout nous fait rire chez lui. Même sa dégaine. Des cheveux noirs gominés, plaqués au maximum, avec une belle raie au milieu. Un long nez coincé entre deux joues creuses et boutonneuses. Trois poils qui tiennent lieu de bouc viril. Une croix kato en argent qui lui sert de boucle d’oreille. Et une maigreur impressionnante. Il s’habille toujours de la même façon. Un sweat à rayures de chez Hache&Aime © rentré dans un jean qui lui remonte jusqu’au nombril et des runnings blanches et roses, parce que cette année, le rose tafiole est à la mode. Sans oublier le must, le petit sac imité Louis Louitton © qu’il porte tout le temps en bandoulière, à croire qu’il dort avec.
Pedro : Keskonf’ lé ga ? On bouj ? C mor ici.
Jaz : On vien just darivé, Pe2ro !
Samuel : Ta bouch Jaz. Tu voa pa le tan pacé kan tu mate ta gazel.
Moi : Ki le voi pacé le tan ici ? Ki è kapabl 2 me dir kel eur il ai ? Et osi kel tan il fè 2or ? Kel jour on è ?
Zef : Allez, on avance !
Zef se lève et pousse Pedro en rigolant. Je vous l’ai pas présenté encore lui, hein ? Zef alias Joseph. Il aime pas qu’on l’appelle par son prénom. C’est le beau gosse de la bande. Secret, on connaît pas ses parents, ni vraiment sa vie. Il parle peu, mais dégage beaucoup de charisme. Je ne sais pas si c’est tactique, mais il donne l’apparence de ne jamais s’occuper des filles. Et ça marche. Elles sont toutes folles de lui. Mais c’est marrant, on est à peine jaloux de Zef. Par sa seule façon d’être, il impose le respect et naturellement, sans que cela ne pose de
problème à qui ce soit, il est le leader de notre bande.
Nous voilà parti le long des galeries. Tout est étudié dans notre façon de marcher, de se tenir, de regarder : on appelle ça le style (avec l’accent américain, s’il vous plaît). Nous nous étalons sur la largeur, histoire d’en imposer. Les nombreux chariots, vides ou pleins, se sentent la plupart du temps obliger de nous laisser passer. Il y a tellement de monde. Il n’existe pas de demi-mesure. Les gens sont majoritairement pressés, sauf ceux qui, comme nous, aiment passer leur temps libre au Grochan ©. Il a grandi le nôtre. L’hypermarché a quadruplé en taille depuis que je le fréquente. De nouveaux magasins ont largement agrandi les galeries marchandes. La fréquentation a énormément augmenté. A l’extérieur, la circulation routière a été chamboulée et mis en adéquation pour développer un centre de consommation à vocation régionale. 'Tain, je parle bien quand je veux.
Deux filles passent à côté de nous. La plus âgée regarde Zef avec insistance et lui, comme à son habitude joue l’indifférence. Pedro a vu la scène.
Pedro : Mais kestuf ZeF ? Vu kom el ta téma, ya + k keuyr. Bon, l è pa top, mai c mieu k rien.
Zef : Pedro, faut vraiment que tu portes des lunettes, où que tu changes de cerveau. Bon, c’est vrai qu’elles étaient habillées toutes les deux gamines, mais puisque tu l’as pas remarqué, je me permets de te signaler que c’était une fille et sa mère.
Pedro : Nooon ? Lé salooooopes.
On se retournait pour mieux les reluquer. De derrière, une seule chose nous permettait de faire la différence, la mère avait le cul un peu plus bas.
On s’approchait du coin stratégique, devant le Kevina ©, boutique pas cher pour les filles. Bien sûr, le banc en bois qui se trouvait juste devant était pris. Mais cette fois-ci on avait de la chance. Trois filles d’une quinzaine d’années habillées comme à la dernière mode, jean moulant enfilé dans les bottes, piercing sur un nombril à l’air, poitrine gonflée par je ne sais quel stratagème (peut-être le désir de plaire), maquillage tapageur et brushing de chez Boréal ©, squattaient là.
Jaz : ‘Tain Lé gas. L zatendè ke nou.
Moi : Tema komen on fè Jaz.
Certain de ma beau-gossité, j’avançais d’un pas sûr. Mon atout principal, ma chaîne en argent sorti du tee-shirt et mon bagou à tout épreuve.
Moi : Ouaich lai fil. Bien ou koi ? Z’ete du Ponté ?
Aucune réponse, même pas un regard. J’entendais les gars qui commençaient à se marrer.
Moi : Ouaich, paske j croa ke je vouzevu laba, é je me sui di k fhksn ksiop, ;coijdop^cni…
Putain, je commençais à avoir les mains moites et je perdais le fil de la conversation. Les filles continuaient à me taper l’ignore comme si je n’existais pas.
Fallait que je me venge. Deux gars de la dernière branchittude moisie passaient par là. Coupe de cheveux débile, tee-shirt ridicule, pantalon slim noir et Zoo York © aux pieds.
Moi : Hey ! Lé tafiole ! Vou la pratiké ensembl la dance vienkjtenik ?
Les garçons baissaient la tête et accéléraient le pas et, miracle, les filles pouffaient de rire. Rassuré, je sortis mon sourire ravageur. Derrière moi un portable sonnait.
Moi : Vou voyé bien kon è dé marran, lé gazèl. Ca vou dirè si on vouz ofre 1 crèp o nutela ?... Alé koa, vené.
Une des filles, la plus mignonne, quelle chance, se retourna vers moi.
Brianna : Ok , Ta VuE ! NoU, oN pArL Pa O gAs KoN cOnE pA. sI tU vE mIeU mE cOnEtR, vIeN sUr MoN sLyBlOg ©, LoL, oU cOnEcT tOi sUr SlYrOcK ©. sALU.
Sur ce, elle se leva avec ses copines, me fournit son pseudonyme slyrock © avec un petit sourire coquin, et elles s’en allèrent. Bon sang, la demoiselle avait un petit accent caillera-bitch qui était pas fait pour me déplaire.
Je me retournais vers mes amis, triomphant. Zef était au téléphone. C’était sa mère qui l’attendait à la maison. Apparemment, elle avait une mauvaise nouvelle à lui annoncer. De toute façon, il était dix-neuf heures, il fallait rentrer.
Dehors, il faisait doux. Dans le parking, la tôle des voitures brillait. Dans l’air, une forte odeur de bitume. Pas moyen de faire du stop, Zef était pressé. La cité n’était qu’à vingt minutes à pied. J’avais hâte d’être à la maison pour me connecter.
Le 11 septembre 2001
Aïn.
12:31 | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : 21ème siècle, 11 septembre 2001, consommation, grochan © |
|
del.icio.us
|
|
Digg |
Facebook
15.08.2009
4 - Enta Aref Leih ? : de Hurghada à Avignon, un vent de liberté.

Rappel : Enta Aref Leih ? : de Hurghada à Avignon, un vent de liberté.
Avant de rejoindre notre minibus, Ali, le fils de notre guide avec qui je m’étais lié d’amitié, m’accompagna dans Hurghada. Il voulait m’emmener dans un magasin à babiole tenu par un de ses cousins.
Choisi ce que tu veux, mon frère.
Proposition sympathique, mais gênante pour moi. Je ne voulais pas prendre un objet trop cher, ni un souvenir ridicule pour ne pas indisposer mes généreux donateurs. Il fallait trouver le juste milieu pour ne froisser personne. Un peu pressé par le temps, je finis par choisir une croix Ankh de taille moyenne. Ali me demanda de l’aider à trouver un cadeau pour Marie, mais je ne fus pas vraiment inspiré. Il me semble qu’il lui prit un scarabée porte-bonheur, assez petit pour pouvoir lui glisser l’objet dans la main discrètement, au moment des adieux.
Une sorte de mélancolie s’empara de mes compagnons de voyage. Assis sur nos sièges confortables, nous passions en revue les moments forts de notre périple. Le minibus remontait vers Le Caire, dans un défilé d’autocar impressionnant, le tout encadré par les forces de l’ordre. C’était une mesure prise par le gouvernement pour protéger et rassurer les touristes depuis les attentats d’avril 2006.
Il faisait chaud. La route était longue et monotone. Aline, l’épouse de Jean, révisait son arabe. Marc continuait ses croquis. Thomas, comme lors de toute la durée du voyage, dormait. Marie et moi, nous observions le Sinaï, de l’autre côté de la Mer Rouge. J’étais absorbé par mes pensées. Les questions défilaient aussi vite que la route. Je ne me suis jamais senti ainsi, aussi lucide. Je jugeais ma vie passée, mon présent, mes projets. Je m’avouais à moi-même que j’étais dans le vague ces derniers temps, que je me laissais porter par la facilité, que je m’encroûtais quelque peu…
Un travail, une copine, un appart, un chat… Et comme seul horizon, le lendemain. Même pas du carpe diem romantique. Non, plutôt de la fainéantise. Qu’est ce que je veux ? Toutes les cartes sont entre mes mains. Je pourrais être libre de mouvement, de pensée alors que je m’entrave moi-même.
Là… calme-toi.
Tu as eu des rêves, à une époque. Souviens-toi… Souviens-toi parce que tu peux les réaliser là, maintenant.
Voyager, lire…
Ouais, bon, rien que de très banal. Non, va plus loin. Admettons : tu peux faire ce que tu veux Chekib, alors choisis et lance-toi. Patience, tu vas trouver…
Rien. Le vide. Tu es devenu un zombi mon pauvre. Devant ce monde des possibles, limite tu paniques.
Ok, le matériel, tu ne t’en es jamais préoccupé. Ca n’a jamais été ton truc. Acheter, accumuler, c’est pas toi ça. Tu t’es défié de ça, soit par valeur, soit par fierté. Valeur ou fierté ? Non, arrêtes-toi là, sérieux, deux secondes.
Valeur ou fierté ? Bon sang, les deux… Non, avoues, fierté. Ouais, mon con ! Y a de ça. Quand même, pas seulement. T’as jamais aimé amasser. Prétentieux peut-être ? Comme si tu ne voulais pas faire partie de ce monde consumériste que tu dénigres. Et pourtant, tu fais partie du système. Tu bosses, tu gagnes du fric, tu manges ton fric… Comme les autres. Tu pourrais le manger plus intelligemment. Oui, arrêtes, t’es pas bête. Tu peux le faire.
Tu le fais déjà ? Tu penses à la petite égyptienne que tu vas aider ? Charité chrétienne mal placé, non ? Non, pas seulement. Ca te fait vraiment plaisir. Et puis, t’es pas chrétien.
Réfléchis. Laisse-toi aller...
Respire, gars ! Sinon, Marie va remarquer que tu paniques.
...
Bon, ce qui est bien, c’est que ton passé, en quelque sorte tu l’as réglé. Tu sais qui tu es. Enfin, le travail n’est jamais terminé, mais quand même, cette schizophrénie identitaire qui a bouffé une partie de ta vie, tu l’as plus. Tu te poses, là ! C’est drôle comme le hasard peut faire les choses. Les premières pages que du bouquin que tu t’étais pris, Les identités meurtrières, d’Amin Maalouf, t’avaient fait sourire :
… Lorsqu’on incite nos contemporains à « affirmer leur identité » comme on le fait si souvent aujourd’hui, ce qu’on leur dit par là c’est qu’ils doivent retrouver au fond d’eux-mêmes cette prétendue appartenance fondamentale, qui est souvent religieuse ou nationale ou raciale ou ethnique, et la brandir fièrement à la face des autres.
Quiconque revendique une identité plus complexe se retrouve marginalisé. Un jeune homme né en France de parents algériens porte en lui deux appartenances évidentes, et devrait être en mesure de les assumer l’une et l’autre. J’ai dit deux, pour la clarté du propos, mais les composantes de sa personnalité sont bien plus nombreuses. Qu’il s’agisse de la langue, des croyances, du mode de vie, des relations familiales, des goûts artistiques ou culinaires, les influences françaises, européennes, occidentales se mêlent en lui à des influences arabes, berbères, musulmanes… Une expérience enrichissante et féconde si ce jeune homme se sent libre de la vivre pleinement, s’il se sent encouragé à assumer toute sa diversité ; à l’inverse, son parcours peut s’avérer traumatisant si chaque fois qu’il s’affirme français, certains le regardent comme un traître, voire comme un renégat, et si chaque fois qu’il met en avant ses attaches avec l’Algérie, son histoire, sa culture, sa religion, il est en butte à l’incompréhension, à la méfiance ou à l’hostilité…
Bien, donc ça, c’est géré maintenant. Tu t’accommodes de tout ça. Tu as fait le bilan, tu as réglé les problèmes. Mais solutionné tout ça n’est pas une fin en soi. Alors, maintenant, avance, sans barrières.
Voici le résultat de quelques jours de marche dans le désert. Les yeux ont beau chercher un nouvel horizon, une distraction nouvelle, le sable, les nuages… C’est son propre reflet que l’on voit partout, celui que l'’on fuit en temps normal. Pas d’échappatoire. Les grands espaces aliènent l’homme du XXIème siècle. Habituellement, dans la vie de tous les jours, on n’a pas le temps de penser ainsi, on évite même. Le temps, c’est de l’argent ? Le billet de banque à bon dos. Le système aussi. Je suis bien content de pouvoir m’acheter un paquet de clope quand je veux… Sûr que quand je vais retrouver mes amis, je vais leur sembler encore plus étrange. Déjà que je ne regarde jamais la télévision, que je réponds rarement lorsque mon portable sonne, que j’aime regarder la lune lorsqu’elle est nue dans le ciel sans nuage (un véritable associable), alors si je vais boire un coup avec eux au café du coin et que je reste plongé dans mes réflexions… !
La caravane des temps modernes s’arrête. Pause-pipi pour tout le bonheur de tous. Une aire de repos prévue pour les convois touristiques qui rallient Assouan au Caire. Et inévitablement, un tas de tentations pour les vacanciers. Enfin, des tentations un peu kitsch, mais qui trouvent vraisemblablement un bon nombre de clients. Je m’avance pour acheter une bouteille d’eau à une petite échoppe quand je remarque, tout au fond de l’aire de repos, un magasin qui attire ma curiosité : Un vendeur de cd !
Je consulte ma montre. Il me reste peu de temps pour négocier si je trouve ce que je veux.
Un homme d’une quarantaine d’années m’accueille à bras ouvert, content d’avoir un client. Une vieille stéréo crache de la mauvaise techno italienne, le pire des années 90. Je lui demande si il a un cd de Ruby. Il me fait comprendre qu’il n’a pas ça dans ses bacs, mais que Nancy Ajram, c’est pareil.
- Nancy Ajram ? Mais j’en ai rien à faire. C’est Ruby que je veux.
- Mais c’est pareil. Good, good Nancy Ajram. Beautiful !
- Beautiful ? Bon, vous avez du Ruby oui ou non ?
- Amr Diab, tu connais ?
- Oui, mais je m’en moque. Vraiment. Vous avez du Ruby, OUI OU NON ?
Il me répond par la négative, je le salue, et, prêt à sortir, il me retient une dernière fois en criant : Poster, poster !
Qu’est ce qu’il veut que je fasse de son poster ? Je ne suis pas une groupie non plus. Et… Mais, ce n’est même pas Ruby. Je lui fais comprendre que je suis en retard et que le bus va partir sans moi. Il me sort une autre affiche, avec Ruby cette fois. Je regarde deux secondes. Il me demande 50 livres. Je pars en courant.

Aïn
10:00 | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : egypte, ruby, voyage, hurghada, avignon, les identités meurtrières, amin maalouf |
|
del.icio.us
|
|
Digg |
Facebook
13.08.2009
O
10:00 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : performance, olivier de sagazan, nef des fous |
|
del.icio.us
|
|
Digg |
Facebook
12.08.2009
It's a Woman's, Woman's, Woman's World

10:00 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : femmes, feminisme, homme, castration |
|
del.icio.us
|
|
Digg |
Facebook
11.08.2009
Les forcenés

J'ai rarement lu un texte, en l'occurrence un recueil de nouvelles, aussi emprunt de désespoir. Une écriture si noire et si amère qui n'en est pas pour autant fataliste. De cette monstrueuse plume, l'accablement est tel qu'il apparaît, ça et là, de l'espoir, aussi abérrant que cela puisse être, lorsque se succèdent les récits proposés par Abdel-Hafed Benotman dans Les forcenés..
Benotman est né à Paris en 1960. Il est pourtant sans-papiers puisque ses parents, installés en France dès le début des années 50, ont décidé que toute la famille serait algérienne en 1962, à l'issue de l'Indépendance. Ce qui lui cause apparemment quelques soucis ubuesques. Cet homme aura passé dix-sept ans de sa vie derrière les verrous d'une prison et il y puisera la matière de ses nouvelles qui traitent de l'enfermement, de l'aliénation, aussi bien dedans que dehors. Ce recueil n'est pas une suite de textes sans rapports mais d'une cohérence étonnante où il vomit littéralement la nourriture spirituelle qu'il aura ingurgité lors de sa peine, dans le chiotte de la société. C'est une violence contemporaine qu'il décrit, intime, sondant les recoins sombre de l'âme quand elle ne trouve plus refuge dans la structuration établie par la société. Lorsque l'homme, abandonné, marginalisé, se retrouve confronté à son propre déperissement, perdant sa sixième dent en prison, ou devenant un viel homme esclave de son désir servile envers une trisomique adolescente. La claustration, c'est l'expérience chimique de la liberté et de ses limites, qui permet à l'auteur de condenser son propos, de former le cristal dans le liquide : l'art du précipité littéraire.
Aïn
10:16 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : les forcnés, abdel-hafed benotman, litterature |
|
del.icio.us
|
|
Digg |
Facebook
08.08.2009
Adios Muchachos
Daniel Chavarria est un drôle de bonhomme. On le dit écrivain cubain, il se dit citoyen uruguayen. C'est avant tout un homme dont la vie mérite à elle seule un roman, à moins que ce ne soit déjà une fiction colportée par l'auteur.Chavarria naît en Uruguay en 1933. Il voyage en Europe entre 19 et 23 ans, passe par l'Afrique du nord, et multiplie les expériences : mineur à Essen, docker à Hambourg, infirmier à Londres, professeur de langues au Maroc, vendeur de ceinturons en Italie, modèle à Cologne, plongeur à Paris, guide au musée du Prado de Madrid.
De retour en Amérique, il vit et travaille en Argentine, au Pérou, en Bolivie, au Brésil (où il sera chercheur d'or) et en Colombie. Là, en 1964, alors qu'il participe activement à la logistique des groupes armés communistes de la guerilla colombienne, il se retrouve obligé de fuir. Une autre version raconte qu'il se serait engagé avec les guerilleros castristes en Bolivie et, traqué par la police, se serait réfugié en Amazonie en se faisant passer pour un prêtre. La légende dit qu'il acheta tous les billets d'un petit avion et le détourna de sa destination prévue pour se rendre à Cuba, république socialiste menée par Fidel Castro depuis 1959. Là, il travaillera comme traducteur et professeur de grec et de latin, enseignera la littérature classique à l'Université de La Havane avant de commencer une carrière d'écrivain qui le positionnera comme l'une des voix originales de la littérature sud-américaine contemporaine.
Il touche à tous les genres, mais son domaine de prédilection reste le roman noir. Reconnu, il sera le seul latino a être distingué par le prestigieux prix américain Edgar Allan Poe en 2002, pour Adios Muchachos, dans la catégorie meilleur roman de poche.

10:25 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : adios muchachos, jinateras, roman policier, littérature, daniel chavarria, cuba |
|
del.icio.us
|
|
Digg |
Facebook
04.08.2009
Massage !?
Le massage, c'est du sérieux.
Non mais vraiment.
Parce que... bah, le lieu commun, c'est ça :
Bon, on rigole, on s'amuse. C'est mignon. Mais juste un cliché. Comme le dit la dame sur cette vidéo : La plupart des hommes pensent que quand une femme demande un massage, elle veut du sexe !
Mais non, mesdames. C'est faux. Vis à vis du massage, l'homme est consciencieux. Il est d'ailleurs consciencieux pour toute chose, d'un naturel posé et réflechi. Ne le suppliez pas si vous savez qu'il ne sait pas faire. Parce que vous pointez alors du doigt une de ses faiblesses. L'homme ne voudra jamais opérer sur une partie de votre charmant corps un semblant de friction ridicule et dérisoire. Pourquoi ? Parce qu'il vous respecte et parce qu'il a en tête l'Histoire de cette science sacrée, de cette sagesse thérapeutique qui s'est transmise d'année en année, de civilisation en civilisation... Être masseur est plus qu'un métier, c'est un savoir-faire millénaire.
Les chinois utilisaient des techniques somatiques, ou massothérapie, dès 5000 ans av. J.-C. Le texte médical le plus ancien que l'on ait retrouvé, le Nei Jing, écrit entre 200 av. J.-C. et 100 ap. J.-C., fait référence à l'utilisation du massage en tant que thérapie. Tout comme d'autres formes de médecine traditionnelle chinoise, les Japonais ont hérité leurs techniques de massage des chinois, il y a mille cinq cents ans. Les premiers praticiens, pour la plupart non-voyant, avaient, depuis des années, recours au massage pour soigner les maladies.
Certes, tous les hommes sont experts en matière de toucher. Mais ils ne sont pas tous aveugles, sauf pour vos dépenses concernant sacs, chaussures, produits de beauté inutiles (parce que vous êtes toujours belles, même le matin au réveil !), Kinder... (Bah oui, il vous aime quand même) Et vous voulez que nous, nous ignorions des milliers d'années de Tradition pour satisfaire vos envies passagères ? Tsss... L'homme est humble.
Laissez-nous le temps d'étudier la chose, d'expérimenter, d'apprendre. Et ensuite, vous pourrez profiter du meilleur des massages qui soit.
Sachez que ce métier - que dis-je ? Cette vocation !... n'est pas reconnue de nos jours, ni financièrement, ni statutairement. Tout cela parce que vous pensez que masser est aussi simple que... lire un magazine Elle !!!
A dire vrai, nous nous refusons même de vivre le quotidien de ce pauvre homme, que Dieu le prenne en pitié dans son immense miséricorde...
17:56 | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : massage, travail, 35 h |
|
del.icio.us
|
|
Digg |
Facebook
02.08.2009
Haaaalf !?
10:00 | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : humour, comédie, eddie murphy, show, mariage, divorce |
|
del.icio.us
|
|
Digg |
Facebook
01.08.2009
Silence dans la bibliothèque !
Oui, je sais, ça vole pas très haut. Mais j'adore les jeux japonais débiles, en l'occurence, celui-ci se passe dans une bibliothèque. Je vais peut-être m'en inspirer pour le boulot !
Le principe du jeu est simple, les candidats doivent relever des défis loufoques le tout en gardant le plus grand silence.
En même temps c'est l'été. On peut rire un peu, non ?
Et puis, c'est tellement drôle que j'ai regardé les sept à la suite sans interruption, avec un mouchoir pour me sécher les larmes.
C'est long peut-être, mais c'est vraiment drôle. Je me suis même attaché à certains d'entre eux, fine équipe animant l'emission Gaki no tsukai.
La dernière vidéo de la série étant la plus amusante puisqu'à ce jeu est invité une star du kick-boxing au Japon.
Il s'agit juste d'une récreation estivale. Amusez-vous bien !
Aïn
10:00 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : gaki no tsukai, humour, été, japoniaseries, bibliotheque, silent library, japon |
|
del.icio.us
|
|
Digg |
Facebook





