03.10.2009

5 - Enta Aref Leih ? : de Hurghada à Avignon, un vent de liberté.

 

۝ ۝ ۝

 

Rappel : Enta Aref Leih ? : de Hurghada à Avignon, un vent de liberté.

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

۝ ۝ ۝

Notre caravane poursuit son long périple. La plupart des passagers de notre minibus sont à moitié endormis. Le trajet semble interminable. Les paysages ne changent pas, et le temps passe, inexorablement. J’ai comme le sentiment que nous perdons une après-midi entière.

Et puis finalement, surgissant sans crier gare, la beauté s’invite au milieu de cette monotonie. Alors que le soleil se couche derrière les vallées rocailleuses, le ciel, en plus de prendre les couleurs de la nuit tombante, semble passer au filtre du sépia. Le crépuscule n’est pas la seule raison provoquant ces lumières mordorées. D’imperceptibles grains de sables, par millions, formant un flot orangé, balayent l’air, jusqu’à l’habiter entièrement. Une tempête de sable, un sirocco… Doux, léger et surtout merveilleux.

Le front collé à la vitre, j’observe attentivement cet évènement qui reflète finalement assez bien la nostalgie que j’éprouve souvent lorsqu’un voyage touche à sa fin. Avant d’entrer au Caire, nous traversons plusieurs villages, et le spectacle n’en est à chaque fois que plus surréaliste. Toujours cette même scène : au milieu des palmiers aux branches harmonieusement dissipées par le vent, un minaret long et fin, au dôme en forme de goutte, s’élève, en apparence fragile, et pourtant impassible. Fière même. N’en déplaisent à certains, ces minarets typiquement égyptiens sont d’une sensualité toute féminine. Et le ciel indocile rajoute des voiles safranés à ces mystérieuses Shéhérazade, tenant de leurs mains graciles, le soleil mourant à l’occident, et un croissant de lune ambré à l’orient.

egypte-paysage-soleil-couchant.jpg

۝ ۝ ۝

Il serait faux de dire qu’il fait nuit noire, même si il est vingt heures, et que la nuit est bel et bien tombée sur Le Caire. Mais elle n’est pas noire. En sortant du minibus stationné devant l’hôtel, je reçois un souffle chaud sur le visage, agréable. Levant la tête, entre les immeubles se découpe un drap étrange, noir et à la fois arénacé.

Nous prenons nos bagages et investissons l’hôtel, un palace vieillissant. Deux grooms, âgés, cernés, édentés, aux tenues rouge terne et cramoisies, nous accompagnent, Thomas et moi, jusqu’à notre chambre. Après avoir posé nos maigres bagages, l’un d’eux reste à la porte et je mets un laps de temps, comme dans les films, à comprendre qu’il attend un pourboire. Je lui donne quelques pièces et il repart en nous souhaitant une bonne nuit.

Thomas s’allonge sur son lit, et sort de son petit sac une petite bouteille en verre.

 

- Regarde ce que j’ai trouvé !

- De l’absinthe ?

- Ouais, je vais la ramener.

- Mais tu sais que c’est interdit en France.

- Ouais mais j’ai l’habitude, t’inquiètes. Elle est jolie cette bouteille. Je crois que je vais l’entamer.

 

Il débouche le flacon. Je le regarde faire, hébété par son absence de crainte. Je lui fais remarquer aussi que ça risque d’être compliqué de passer à la douane, avec son crâne de chameau trouvé dans le désert et bien enfoui dans son sac. J’essaie de lui expliquer que ça serait gênant de mettre tout le monde en danger pour son caprice, surtout en pleine folie médiatique sur la grippe aviaire. Il sourit et porte la bouteille à la bouche. Il s’en moque comme de son dernier falafel englouti. Un court instant, je l’imagine se faire attraper à la douane et avoir un destin à la Midnight express.

C’est vrai qu’il est beau ce crâne.

۝ ۝ ۝

L’envie me prend de rendre visite à Marie qui avait l’air bien fatigué. Je sors de la chambre et me dirige vers la sienne. Dans le couloir sombre, assises sur des sofas, quatre jeunes japonaises discutent à bâtons rompus. En m’apercevant, elles s’arrêtent de parler. Je passe. Je sens qu’elles me suivent du regard, et je les entend pouffer de ces rires de femmes asiatiques si distinctifs. Apparemment, ma peau bronzée, ma barbe de 3 jours et le sable dans mes cheveux fait de l’effet sur ces demoiselles. A moins, qu’elles se moquent de moi ?

Non, pas possible !

 

Marie est allongée sur son lit, exténuée. Le petit Hugo chante sous la douche.

 

- Marie, tu viens avec nous faire un tour en ville ? J’ai vu ta mère, elle veut aller au vieux souk , à Khan Al-Khalili.

- Non, franchement, là je suis morte. J’en peux plus. Et demain on se lève tôt pour prendre l’avion. Et j’ai mal aux pieds. Et je me sens sale. Et je suis pas bien…

- Arrête ! Allez viens, je vous invite tous à manger.

- Si tu me prends par les sentiments alors là je vais venir. Parce que j’ai la dalle et j’ai rien mangé depuis deux jours. Et j’espère que je ne vais pas vomir après… Au moins on va pas marcher longtemps hein ? Et qu’…

- Bon, une fois ta douche prise, rejoins-nous au hall d’entrée de l’hôtel.

 

J’ai bien besoin de me laver aussi. Je vais même me faire un shampoing tiens !

En retournant à la chambre, je ne remarque même pas Thomas, assis sur le sofa au milieu des midinettes japonaises.

 

Thomas : Hey Chek – Chek. Regarde comment je suis en bonne compagnie ! Et j’ai pensé à toi, je t’en laisserai une sur les quatre.

Une des japonaises : Chek – Chek ? Aaaa ? Hihihihihi !

Moi : Euh… T’es un frère toi, mais je capte Z au japonais et j’ai pas l’impression qu’elles parlent anglais. De toute façon, j’ai très envie d’aller me perdre en ville ce soir. Je file sous la douche. Tu viens ?

Une des japonaises : Chek – Chek ?

Moi : Konbanwa, Hajimemashite ! (Bonsoir, enchanté)

Une des japonaises : Anoo ! Dozou yoroshiku. (hey ! Moi de même.)

Moi : Ogenki desu ka ? (Comment allez vous ?)

Une des japonaises : Genki desu. Ogenki desu ka Chek – Chek san ? (Je vais bien, Comment allez-vous M. Chek – Chek ?)

Moi : Kyou wa konna ni genki desu. Doumo arigatou ! Itte kimasu, odaijini. (Je vais très bien aujourd'hui. Merci beaucoup. A bientôt, je reviendrai, portez-vous bien.)

Une des japonaises : Iie ! Chek – Chek san… ? (Non ! M. Chek – Chek... ?)

Moi : Mata ne ! (A plus tard)

 

Thomas n'en crois pas ses yeux.

Alors que je prend le chemin de la chambre, il se lève et me hèle.

 

- Mais je croyais que tu savais pas parler japonais. Attends, reste avec moi, s'il te plaît. Je te dis ce qu'il faut dire, toi tu traduis, et c'est dans la poche.

- Je ne sais pas parler japonais. C'est juste un reste que j'ai gardé de mes années étudiantes, quand je donnais des cours de français à une japonaise.

- Bah ok, mais donne-moi une astuce, un truc, je sais pas moi.

- Ok, juste parce que t'es un frère.

 

Je me penche à son oreille et lui susurre un mot.

 

- Bon, ce que je viens de te dire, bah tu le répètes mais pas n'importe comment. Il y a des codes de séduction au Japon, qui ne sont pas les mêmes que chez nous. Alors, ce mot, intraduisible en français, c'est « le » mot des lovers là-bas. Et il faut le dire avec emphase. N'aies pas peur d'exagérer, de le dire fort même. Et je peux t'assurer que si t'avais déjà un ticket avec l'une d'entre elles, alors ce mot, ça fera le reste. Fais-moi confiance.

- Ah ouaiiis, ok ! T'es un frère, vraiment. Bon j'y vais là ok... Mais j'ai compris pourquoi tu restais pas, hein ! Elles sont passez rubyesques, c'est ça ? Malin va.

 

Je lui souris, lui souhaite bonne chance et fais mine de retourner à la chambre. Lui rejoins les filles et n'attends pas longtemps pour faire sa déclaration :


AKIRAMENAI !

 

Un grand et beau akiramenai... qui signifie : Je n'abandonnerai jamais !

Il ne fallut pas attendre une seconde pour entendre, alors que j'ouvrais la porte de nos appartements, le rire aigu des filles, ponctué par quelques interjections choquées.

۝ ۝ ۝

 

3201451138_a28bdee44f.jpg?v=0

Faten Hamama

۝ ۝ ۝

L'eau coulait drue sur ma nuque, chaude et revigorante. Entre mes pieds, j'observais les grains de sables qui se déposaient sur le bac à douche. La fenêtre de la salle de bain ouverte, les rumeurs de la ville envahissaient le petit espace où je me trouvais. Passer du silence du désert au bourdonnement de la ville aussi rapidement, ajouter à cela la fatigue... Je me sentais étrange, hors de moi-même. Je repensais à la remarque de Thomas : Elles sont pas assez rubyesques. Ca veut dire quoi ? Rien, parce qu'il n' a pas compris. Il ne peut pas comprendre d'ailleurs parce que tout ça se passe dans ma tête. Cette réflexion bizarre sur le monde égyptien et, par extension, sur lr monde arabe. Mon étonnement sur ce mélange de puritanisme traditionnel et de sensualité communiquée, marketée, commercialisée... Et cette espèce de tradition egyptienne qui fait que depuis longtemps les femmes de ce pays apparaissent occidentalisées dans les vieux films, alors qu'aujourd'hui, dehors elles portent, pour la plupart, le voile. Ce retour à la tradition après la période Nasser...A moins que ce paradoxe aie toujours existé ?

Je me rappelle de ces images lointaines...

۝ ۝ ۝

 

gaza_hamas_demonstration.jpg

۝ ۝ ۝

1995...

Dans la bande de Gaza, au lendemain d'une fusillade mortelle, entre partisans du Hamas islamiste et partisans du Fatah du millionaire Yasser Arafat, alors encore vivant et tout puissant dans les territoires palestiniens. Un cortège de partisans du mouvement de la résistance islamiste, cagoulés, drapeau vert en tête, sillonne les rues de Gaza city pour exprimer sa colère. Sa colère de quoi ? De s'être battue contre d'autres palestiniens ?

Passant devant le seul cinéma du territoire qui venait de rouvrir ses portes dans la foulée de la mise en œuvre des accords de paix israélo-palestiniens, les militants islamistes n'hésitent pas une seule seconde : ils pénètrent dans le bâtiment rénové et saccagent tout. Un groupe de partisans du Hamas découvre alors le trésor de bobines de vieux films égyptiens achetés par le propriétaire du cinéma, et en fait un gigantesque autodafé dans la rue. Une danse macabre d'hommes armés s'improvise autour des flammes dégageant une odeur acre, tandis que d'autres hommes emportent les fauteuils tout neufs du cinéma.

۝ ۝ ۝

Drôle d'Egypte que celle de Ruby...

۝ ۝ ۝

 

Aïn

 


Trackbacks

Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://www.lesirocco.net/trackback/2399820

口コミ 美顔器 980円

エステなどに通うと、費用も時間も掛かってしまいますよね。また、美顔器の種類も多々ありますから、悩みによって美顔器を使い分けることも出来ます。自宅で美肌ケアとして、マッサージを行ったり、様々な化粧品を使用している方も多いかと思いますが、美顔器を使用すると、マッサージなどでは得られない効果を得ることもできます。美顔器というのは、エステで行うような美容技術を自宅でも行えるように開発された商品です。自宅で...

Trackback par : 芸能ニュース | 23.10.2009

Commentaires

Ah oui, je m'en rappelle bien de la japonaise à qui tu donnais des cours. Je suis sûre qu'elle prenait des cours de français rien que pour rester 2h en tête avec toi. Remarque, on aurait été plusieurs à vouloir prendre des cours de français avec toi :/

Écrit par : Gwenola | 06.10.2009

Répondre à ce commentaire

Ma foi, elle payait bien... Et en plus, j'ai appris d'elle deux ou trois mots en japonais et tout le cinéma de Kurosawa.

Écrit par : Aïn | 06.10.2009

Répondre à ce commentaire

Partant de là, tu connais tout le cinéma suédois, croate, ukrainien... et quelques expressions dans ces langues, hum ?

Écrit par : Gwenola | 06.10.2009

Répondre à ce commentaire

:)

Écrit par : Aïn | 12.10.2009

Répondre à ce commentaire

Quelle aventure Voyage étonnant. Je me tiens à Voyage à ces endroits exotiques.

Écrit par : thesis | 02.03.2010

Répondre à ce commentaire

C'est drôle le trackback à la suite de ce billet. Quelqu'un lit le japonais ?

Écrit par : Aïn | 08.04.2010

Répondre à ce commentaire

Écrire un commentaire