27.02.2010
Né trois fois, le retour...

Les ruines de Babylone en 1932
Oh what a rough ole life Babylone ! chantait Sugar Minott. Comprenne qui pourra cet intermède musical...
Ma prétention vous énerve, n’est-ce pas ? Il va falloir faire avec.
Vous savez, ce n’est pas aisé pour moi de me mettre en valeur. Je ferais apparemment preuve d’une humilité exagérée. Mes proches m’accusent souvent de vouloir rester trop en retrait, de minimiser ce que je fais ou ce que je suis. L’exercice auquel je m’adonne ici est contraignant, mais je commence à goûter cette nouvelle approche. Ce n’est pas si désagréable que ça de dire qu’on est le meilleur !
Plus sérieusement, j’ai des défauts, comme tout le monde. Ca aussi, mes proches pourront le confirmer. Mais une des qualités que je me reconnais… Si tant est que l’on puisse appeler ça une qualité (remarquez comme je suis finalement infatué de ma propre supériorité par rapport à mes semblables !), c’est que j’ai eu très tôt, comme je vous l’ai raconté dans les épisodes précédents, une certain réflexion sur la vie et le monde qui m’entoure. A cinq ans, je me demandais si ce que j’étais existerait toujours. Je ne parle pas de mon corps, que je savais périssable, mais de mon raisonnement, de ma conscience, de mon esprit, de mon âme. Y a-t-il une vie après la mort ? L’éternité me donnait le tournis… surtout si elle n’existait pas. Vous imaginez bien qu’avec ce genre de méditation, la course à l’excellence en cours ne m’intéressait pas plus que ça. Participer à ce jeu que nous imposent les adultes me semblait être une trivialité. Pire : une bassesse. Ce qui me passionnait, ce n’était pas d’avoir dix sur dix, c’était d’avoir la note que je voulais.
Au CP, j’avais un cahier d’écriture. Un cahier muni d’une couverture verte en plastique. Ce jour où je me suis rendu compte de ce pouvoir, je m’en souviens comme si c’était hier. Assis à mon bureau en bois, penché sur ce cahier, je m’appliquais à écrire la lettre « t ». J’essayais de le faire correctement pour avoir… une huit et demie sur dix. Pas facile de calculer suffisamment bien pour obliger la correctrice à mettre cette note. C’était cette idée de l’excellence que je me faisais : ne pas faire ce qu’on attend de moi, mais obtenir ce que j’attends de moi. Le lendemain, la maîtresse nous rendit les cahiers. Ma ligne de « t » fût gratifiée du symbole que j’attendais. Je pris ça comme un signe de la vie, et je traçais ma voie scolaire ainsi, m’astreignant à cette pratique qui impliquait toute une théorisation esthétique et pragmatique. Rendez-vous compte, pour arriver à mes fins, je devais connaître le profil de mon instituteur, sa psychologie, jauger ses faiblesses, deviner ses marottes… Au CM2, malgré un épisode douloureux un an auparavant (je vous raconterai ça !), j’omettais volontairement le point final d’une dictée pour n’avoir qu’un neuf et demi, et ce afin d’assouvir ma quête. Le maître, en me rendant cette note, esquissait un sourire, bien content de trouver le détail qui ne me permettrait pas d’avoir la note suprême. Alors, ma malice me procurait une satisfaction troublante. J’étais seul à tracer ma voie, un prophète… Rien que ça.
Aïn
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| Tags : mesli chekib, enfance |
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