18.03.2010

Destrier, carrosse, voiture...

 

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Belgique. Casse de voitures. Cédric Delsaux

Première caisse, j'avais dix-huit ans. C'était une Super Cinq vert bouteille essence à quatre vitesses. Elle était chouette. J'en étais pas peu fier. Et plutôt que de rentabiliser ma carte de bus payée pour le trimestre, je l'utilisais pour aller en cours, histoire d'impressionner. J'ai fait les quatre cent coups avec "sucette" (le surnom de mon auto). Première ballade non autorisée par les parents, je suis allé en Avignon faire un tour. Enfin libre de me promener seul. Une sensation de pouvoir. Oui, tout était possible. En passant devant un cinéma, trois filles me regardaient alors que j'accélérais pour montrer ce que la bête avait dans le moteur. J'en étais stupéfait. Ainsi, le carrosse donnait un charme mâle. Je l'aurais jamais cru... Surtout avec une Super Cinq. Bon sang, cinq mois après, elle m'emmenait en Italie. Je l'ai maltraitée sur le bitume de France. Première panne d'essence. Premier pneu crevé. Premier radiateur à changer. Premiers dérapages contrôlés à minuit sur la place de la Mairie de Sorgues (j'ai pas peur, j'avoue tout). Elle a accepté d'accueillir dans son coffre un caisson de basse de 100 watts qui me permettait d'écouter mon bon son (Erykah Badu déjà) à fond sur l'autoroute. Je vous assure, je baissais le volume en entrant en ville. D'une part parce que je trouvais ridicule les gars qui se donnaeint cet air, d'autre part parce que je ne voulais pas que l'on remarque ma voiture. Cela n'a pas empêché qu'on lui pique deux fois le poste radio sans la façade détachable (bande de cons), qu'on lui abîme les portes avec force violence. Sucette a été cabossée de-ci de-là sans que moi-même je ne commette un seul accident. Les gens peuvent être irrespectueux, mais le regard des filles lorsque j'étais dans ma voiture a toujours été chaleureux. Je la prête à mon père un jour. Il la gare devant chez lui. On me la vole et on la retrouve calcinée deux jours plus tard dans un champ d'un bled voisin. Sucette...

 

 

Deuxième voiture, une Clio blanche deuxième génération. Elle est allée en Espagne. Première clope fumée dans la voiture. Après coup, je trouvais qu'elle puait tellement que je décidais de répandre de bonnes odeurs à l'intérieur de l'habitacle à l'aide d'un bâton d'encens. Moins une et je la brûlais complètement. Je l'ai pas gardée longtemps celle-là et j'ai pas tant de souvenirs que ça avec elle. C'est mon frère qui l'a récupérée.

 

Troisième tire, une 205 blanche pas du tout sport et pourtant, montée sport. Ridicule. Ailerons, pneus épais, pot d'échappement viril, baquet sport, volant F1, boîte de vitesse bleue... Bref, je vais la faire courte : elle était pas tunée comme on dit dans le jargon, mais quand même, c'était pas beau à voir. Le seul intérêt : son moteur diesel. Et puis, faut que je vous raconte quand même : cette voiture, mon frère l'avait achetée à la demande de ma mère. Oui, cette dernière aimait bien cette 205 là. Une fois l'affaire faite (tu parles d'une affaire), elle est restée un mois au garage. Puis mon frère a décidé de l'utiliser. Le problème, c'est que mon frère, au naturel, ne peut pas correctement tourner la tête de droite à gauche. Un vieux handicap. Avec les baquets sports, il lui fut impossible de conduire la voiture. J'échangeais gentiment ma Clio contre sa 205 afin d'éviter les problèmes et me dépêchait de la vendre. Au passage, je vous avoue que les filles adoraient cette voiture. Enfin les filles... Vous voyez le genre de fille ? Et bien celles-là et même les autres. C'est fou le côté attractif de ces engins. Allez hop ! Je la refourguais à un couple de vieux pigeons heureux.

 

Quatrième voiture, mon premier gros investissement : une 206. Mais pas n'importe quelle 206. Moteur éco., HDI, toit ouvrant électrique, grise métallisée, 3.5 l / 100, un pur bonheur de confort. Lecteur CD, siège moelleux... Ah que c'est bon d'être un bourgeois. Dans l'histoire de mes acquisitions motorisées, je n'ai jamais vu autant de filles faire attention à moi que dans cette voiture. Les regards changeaient. J'en étais effrayé. C'est ainsi que fonctionne le monde. Mais je l'aimais cette voiture. Bon, à part qu'elle dormait dehors et que tous les matins je trouvais une nouvelle mini-rayure. Ça me rendait absolument fou, mettre autant de fric et être à la merci des autres... Il n'empêche, je pouvais compter sur elle tout le temps. Aucune galère, aucune frayeur, pas de bruits bizarres et inquiétants. La grande classe. Je me la suis fait ouvrir une fois, pour rien. Puis un an après, on me l'a volé (les salopards).

 

Cinquième voiture, je m'en moque complètement. On me l'a filée. Une Ford Fiesta blanche diesel. Mais comme je m'en fous... Elle est moche, je n'y prête pas attention. Je l'arrange pas, la laisse bien sale et tout ça pour qu'on essaie pas de me la subtiliser. Résultat, on m'a fracassé la vitre arrière, pêté deux fois le rétroviseur droite. On m'a forcé aussi le volant... Mais c'est pas grave. L'essentiel, c'est que je ne béneficie pas des regards féminins sur cette âne des temps modernes. Et ça, ça me fait plaisir.

 

Aïn

13.03.2010

Nouri Koufi, le jasmin, et Mouima

Publié pour la première fois le 4 février 2007, ce texte inaugura le chapitre de ma nostalgie d'un espace arabo-andalou qui m'est cher. Un monde qui coule dans mes veines, autant que le sang de cette grand-mère adoptive, que je trouvais si difforme à l'époque et qui est aujourd'hui ce que seule une princesse peut être. Une princesse de cette ville merveilleuse qu'est Tlemcen.

J'ai désiré remettre en une cette note, parce que c'est la plus visitée de ce blog, jusqu'à aujourd'hui encore ; parce que j'ai eu de nombreux et agréables témoignages par mail ; parce que j'aime ma Mouima et Nouri Koufi plus que jamais alors que d'anciennes douleurs viennent de se réveiller ; parce que je pense à des proches qui peuvent compter sur moi et à qui je donnerai tout ce que ma Mouima m'a laissé en héritage et qui se contient dans mon prénom.

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A chaque fois que j'entends Nouri Koufi, je chantonne en essayant de suivre le rythme, avec toujours des trémolos dans la voix. Le coeur n'est plus à sa place. Il a remonté jusqu'à la pomme d'Adam. Forcément, la gorge se serre et la respiration devient difficile. On va dire que  si les larmes veulent couler des yeux, c'est parce que je m'étouffe. Je les retiens.

La question n'est pas de savoir si j'aime ou je n'aime pas Nouri Koufi... C'est juste la voix de l'insouciance de mon enfance à Tlemcen. C'est une musique qui sent fort et bon le jasmin planté dans des pots de terre cuite, posés sur les dalles blanches et noires du patio, devant les murs jaunes pâles ouvert sur un ciel d'un bleu toujours provocant. C'est la maison de ma grand-mère, ma regrettée Mouima. Celle qui n'a jamais eu d'enfants et qui a élevé une de ses nièces, ma mère, comme sa propre fille. Que tu me manques Mouima, mère de ma mère.

Tu me donnais tous les jours deux dinars que je te réclamais comme un enfant pourri gâté. Moi qui te raillais toujours, moi qui te trouvais vieille et désagréable avec ta mâchoire sans dents.

A dix heures, tous les enfants sortaient dans la rue pour dépenser comme moi ce dinar, lorsque le vendeur avec sa brouette aménagée criait comme un sourd : CARENTICA - CARENTICA. Il nous servait ces quiches aux pois-chiches dans du pain, avec une pointe de harissa liquide. Et on mangeait ça comme des damnés dans ce quartier qui sentait la rose et la menthe âpre. Tout tourbillonnait dehors, dans ma tête. Et les odeurs, et les murs crépis rouges, marrons, verts, oranges, roses, et les rires aigus, et les courses effrénées. Je dépensais le second dinar que je t'arrachais des mains pour m'acheter une crème italienne au citron, le fameux crepone qui se vendait tout en bas de la rue, devant cette grande route que tu craignais.

Et puis les grands repas sur la maida, la table basse. Ma mère coupait le pain rond qu'elle faisait le matin et qu'on trempait tous avec les doigts dans un plat de ragoût unique partagé solidairement. Je me régalais des effluves de cumin, de coriandre et de persil. Pas de verres non plus, seulement un pot à eau que l'on se passait avec respect, comme si justement l'on passait un pacte. Ces tablées étaient sacrées.

Nouri Koufi, c'est aussi les heures où l'on me forçait à faire la sieste à l'étage, ce que je détestais. J'en profitais, une fois tout le monde endormi, pour jouer avec ton antique machine à coudre, ma mouima. Les pieds posés sur cette sorte de plateau en fer joliment forgé, qui basculait d'avant en arrière... En fin d'après-midi, je jouais dehors au ballon, à cache-cache ou au mariage. On désignait une épouse et un époux. Tous les garçons prenaient un bout de carton décoré de fleurs en guise de volant pour préparer un cortège. On partait loin en courant dans l'Antique Tlemcen, au moins jusqu'à la grande mosquée, en imitant les klaxons des voitures, tous en ligne. Les filles, elles, préparaient la mariée avec quelques bouts de tissus multicolores, et des crayons de maquillage.

Enfant, l'appel à la prière me faisait peur. Qui pouvait crier aussi fort dans toute la ville, si ce n'est le ghaoul, un ogre des contes pour enfants ? De peur, je courrais vers ma mère, mais celle-ci me repoussait exprès pour que je me jette sur toi. Tu en profitais pour me serrer dans tes bras, et m'embrasser comme si c'était la dernière fois que tu le faisais. Sur la joue, les yeux, le cou, les lèvres... Tu me mordais les pommettes avec ta bouche sans dents, dans ce moment si sacré de l'Adan.

Alors ensuite, toi qui étais handicapée, plutôt que de t'ablutionner avec de l'eau, tu te purifiais avec tes trois douces pierres qui se trouvaient toujours sous ton coussin. Et tu priais.

Ma Mouima. Ô tendre enfance. Qui pleure sur ta tombe aujourd'hui ? Je ne sais pas où elle est. Ce n'est pas dans l'habitude des musulmans d'aller visiter les morts, ce serait les embêter. Ainsi est la tradition. Mais ce n'est pas grave. Je te trouverai. Je le promets. Tout en chantant Nouri Koufi, je noierai ta tombe de ces larmes que je retiens douloureusement depuis si longtemps. A force, j'y ferai repousser le jasmin.

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Aïn

09.03.2010

Nuits Fictives et ses Mystères...

Des peurs au bonheur.

Fès !!!
Dans cette surprenante medina, deux mondes vivent parallèlement, celui du jour et de la nuit.
Au travers de ces quelques photos et quelques mots, je tente de révéler ces univers encore mystérieux.

C'est une sphère, un microcosme où l'émotion est omniprésente.
La peur littérale comme l'éclair d'une plénitude, c'est enfin un lieu, à une certaine heure, où notre coeur est mis à nu. Il court, tombe et se relève sur le linceul de cette boîte débordante de larmes et de rires.

Parcourant ces ruelles, passages, couloirs, corridors, venelles, moments et morceaux, mon étonnement tourbillonnait, la fiction devint palpable et le désir infini.
Je compris bien plus tard la signification, l'essence même de cet endroit si contrasté. C'est un carrefour, une frontière entre des époques, des façons de vivre.

Paul Biehn.

 

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L'avenir nous le dira. Paul Biehn est un artiste en devenir (pour moi, un artiste tout court). J'ai l'honneur et la fierté de vous proposer en exclusivité une pépite visuelle issue de sa carrière riche en mineraie précieux.
Paul Biehn a déjà exposé lors de la Rencontre internationale de la photographie à Fès (2009) et au Café Clock (2009) de cette même ville. D'autres expositions sont à venir.

Aïn


03.03.2010

Le bon grain de l'ivraie

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L’image ci-dessus tirée d’un livre en arabe élaboré par le ministère de l’Education nationale, sous le titre : Education artistique et initiation à la technologie (2002) 5ème année de primaire. Ici il s’agit d’hommes et de femmes alignés séparément, certains avec des cheveux longs découverts, mal habillés. D’autres avec barbe aussi, mais soigneusement vêtus et aux cheveux couverts. On demande à l’enfant de colorer pour distinguer les musulmans de ceux qui ne le sont pas. Et ceci selon le ministère de l’Education marocaine peut aider l’enfant à s’initier à la technologie. Et on se demande que peut on dire des matières religieuses proprement dites ?

 

La suite à lire sur le blog de Agharass, à l'article Profilage d'un "non-croyant" ou "kafir".

A venir sur Sirocco, une jeune marocaine vivant en France nous livrera son témoignage sur l'éducation qu'elle a reçu enfant dans son pays.

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